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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

n'était dispensé qu'après avoir donné une preuve irrécusable de sa capacité en remportant sous un autre nom un succès officiel (1). On n'était admis à soumettre une pièce à Texamen de l'Archonte que sur la présentation d'une tribu, et elles étaient toutes trop désireuses de paraître avec honneur dans le concours pour disposer légèrement de leur patronage (2). Puis enfin, les droits de l'Archonte étaient assez restreints ; si méritantes que fussent les comédies soumises à son choix, il n'en pouvait agréer que cinq (3). La faveur arbitraire qu'il eût accordée à un des concurrents serait souvent devenue une exclusion pour un autre et aurait provoqué le mécontentement et le mauvais vouloir d'une tribu entière. Les frais de la représentation étaient une dépense d'utilité publique à laquelle on était tenu de pourvoir, dès qu'on y pouvait subvenir (4), et le désir ne venait à personne de s'y soustraire. L'homme riche désigné par le magistrat, acceptait la fonction de Ghorége comme il eût accepté celles d'ambassadeur et de général ; il y voyait une heureuse occasion de s'acquérir les bonnes grâces de ses concitoyens, et savait servir réellement sa patrie en hono-

(1) c'est ainsi que Ménandre fit jouer sa première pièce avant d'être sorti de l'éphébie (Anonymus, Dcpi xwtAu^iaçf p. 538, éd. de Meiueke), et Eupoiis, avant d'y être entré ; Suidas, 8. T. EûicoÀiç.

{%) Voy. Àves, v. 1404, et le Scoliaste, Ibidem. Quelquefois même elles consacraient le prix qu'elles avaient obtenu dans un temple ou un édifice élevé tout exprès : voy. Taylor, Marmor Sandvicensej p. 67, etChandler, Ifucriptionea antiquoe^^ip. 48.

(3) L'histoire littéraire nous a conservé le nom de plusieurs pièces qui n'ont pas été représentées (à^î^outTa) : les Sirènes , de Nicofihron ; les Perses impétwwc (eou^ioit«p(rat.\ de Métagène, etc.

(4) À l'origine, c'étaitnaturellementle poëte ou ses amis qui faisaient les frais du Chœur (voy. Harpocration, s. v. Ài^dvxaXoç), et il serait îort intéressant pour l'histoire pragmatique de la comédie grecque de con-

naître l'époque et les circonstances dans lesquelles l'État y est intervenu. Le premier exemple connu est celui de Thrasippus subvenant à la représentation d'une comédie d'Ëcphantidès (Aristotc , Politique , 1. vni, ch, 6), et il^mble que la fonction de Ghorége ne fut jamais aussi obligatoire pour la comédie que pour la tragédie : voy. Àristote, Poétique, ch. v, par. 3. Quand Aristophane fit jouer ses Chevaliers , la Ville fut oiE>ligée de prendre les frais à son compte (i^i^â/^fti)-. $i)((,o<ria) : sans doute la crainte de Cléon empêcha les citoyens riches d'en accepter la charge, et nous attribuons aussi à des refus tolérés par la loi plutôt qu'à toute autre raison l'absence du Chœur dans VAeolosicon d'Aristophane, ['Ulysse de Cratinuset beaucoup des plus vieilles comédies : car, ainsi que ledit Platonius, p. 532, éd. de Meineke,

rantles dieux (1). C'était d'ailleurs au Ghorége que revenait surtout Thonneur de la pièce dont la représentation lui avait été confiée (2), et en cela, malgré l'apparence, le peuple montrait son intelligence et sa justice. Des comédies inédites ou délaissées dans la poussière de quelques bibliothèques n'ajoutaient rien à la pompe ni à la- puissance du culte; il fallait les produire sur le théâtre pour leur donner une existence publique et une valeur religieuse : alors seulement leur gaieté ne restait pas une lettre morte, et elles associaient les spectateurs aux divertissements obligés de la fête (3). Aussi n'était-ce point le mérite littéraire de la pièce que couronnaient les juges chargés d'exprimer l'opinion du peuple (4), mais son rapport réel à la solennité du jour, le plaisir qu'avait témoigné l'assistance, en un mol ses résultats pour Bacchus (5). Les Dionysiaques du printemps, celles où l'on glorifiait le dieu de la fécondité, non pour le moût bouillonnant dans les cuves, mais pour le vin nouveau paraissant enfin sur les tables, appartenaient plus spé-

(1) Dans un temps où l'intérêt à plaire au Habituellement ils étaient cinq (Hésychius, peuple était déjà bien amoindri, Démosthènc s. y. nim xçiTai ; Schol. ctd Aves^ t. 445) : disait encore qu'il ne craignait pas que l'on Les cinq tribus qui ne concouraient pas, en manquât deChoréges; Adversus Leptinem, fournissaient, chacune, un; Lysias, p. 168, p. 241. et Schômann, Antiquitates juris publici,

(2) Les quatorze inscriptions, gravées à p. 260. C'était plutôt un usage qu'une loi l'occasion de victoires de ce genre, qui sont rigoureuse, puisque après la victoire de Cimon parvenues à notre connaissance (dans Spon, sur les pirates de Scyros, l'Arcboate Aphép- Chandler^ Bôckb), ne permettent pas d'en sion lui décerna l'honneur d'être seul juge douter. du concours, et qu'il accorda le prix à la

(3) On trouve encore dans la seconde première œuvre de Sophocle; Plutarque, édition du Bhythmica de Caramuel, impri- Cimon, ch. vni : voyez la dissertation de mée en 1668 : Autor de Comedias apud Hermaïua., De quinque Judicibus poetartm f Hispanos non est qui illas scribit aut récitât, dans le t. YII de ses Opuscula.

sed qui comicos alit et singulis solvit conve- (5) Le peuple av^it raison de crier, quand

nientia stipendia. il ne riait pas suffisamment, qu'on négligeait

(4) Probablement ainsi que l'ont déjà Bacchus : voilà pourquoi Ménandre fut si souavancé Sauppe [De Electione judicimi in vent vaincu par Philémon, et Euripide ne certaminibus mu$tct5)et Schultze {DeChori remporta que cinq fois le prix; Aulu-GellCi Graecorum tragici Habilu extemo, p. 14), 1. xvn, ch. 4. L'Archonte jugeait d'après le Is n'étaient désignés qu'après la représen- même point de vue, et naturellement ce n'étation par un tirage au sort auquel présidait tait pas celui des lettrés qui s'étonnaient celui des deux premiers Archontes qui n'avait que l'on refusât à Eschyle le Chœur que l'on pas choisi la pièce, et ils prononçaient accordait à Cléomachus; Athénée, 1. xiv, séance tenante après avoir invoqué les dieux, p. 638 F.

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