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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

cialement à la religion de la Yille, et la loi en avait expressément réservé les devoirs et les honneurs aux citoyens (1). Dans les Lénéennes, destinées à célébrer la fm des vendanges et importées des campagnes, moins par une reconnaissance dévote sans cause actuelle que par amour du plaisir (2), TËtat n'avait point à conserver un caractère municipal à la fête et n'excluait plus les étrangers du concours. Il leur permettait de participer aux frais de la représentation et même de figurer en personne dans le Chœur (3). La loi qui avait prononcé la peine de mort contre l'orateur assez mal inspiré pour proposer comme un moyen de salut public de détourner le fonds théâtral de sa destination (4), n'est point, ainsi qu'on Ta si bénévolement supposé, un monument de la frivolité du peuple athénien et de son affolement de plaisir : elle attestait, au contraire, par une nouvelle sanction, la volonté de subordonner la politique courante à la religion, et proclamait hautement que dans les plus pressantes nécessités le culte restait le] premier devoir et le plus instant besoin de la République. C'est ce caractère religieux de la Comédie qui l'investissait, même envers les dieux (5), de ces licences inouïes que les savants prenaient naguère encore pour des impiétés. Plusieurs fois, l'intérêt par-

(1) Démosthène, In MicUam, p. 532; Scholiasta ad Plutum^ t. 954 ; le Ghorége. qui avait employé un étranger dans le Chœur était puni d'une amende de dix marcs pour chaque contrayention : voy. Plutarque, Phociony eh. xu, par. 2; Vitae, p. 901, éd. Didot.

(2) Les Dionysiaques n'en étaient pas , moins célébrées aussi dans les campagnes et

an Pirée avec des représentations dramatiques : Démosthène nous a même conservé la loi d'Euegorus qui l'avait positivement ordonné; In Midiam, p. 269. Quant aux Anthestéries ou Anciennes Dionysiaques (Thucydide, 1. n , ch. 1 5) , les représentations , semblent n'y avoir jamais été régulières (voy. Bôekh, Vom Unttrsckiede der Àttiachen LenOen, Àntheêterwn und l&néUichen Dio-

ny8ien)y et prirent un caractère beaucoup plus mystique : voy. Démosthène, In Ne<uram^ par. Lxxn, p. 721, éd. Didot, et 0. Millier, Die Etrusker, t. II, p. 98.

(3) Scholiasta ad Plutum, v, 954. Il suffisait alors que le Chorége fût domicilié légalement dans l'Attique.

(4) Le décret fut rendu sur la proposition d'Eubulus, et Ulpien nous en a conservé le texte : Oavàiu Qn^iwvian, il Tt; cicij^tipolfi {inaiMuXy xà fttuçuà tn^xwmxi. ; dans Petit, Leges atticae, 1. VI, tit. v, p. 576, éd. de Wesseling .

(5) Bacchus lui-même n'était pas épargné, au moins en apparence : voy. Ranae^ v. 45- 48,etp(M«tm. Il semble aussi avoir été assez lestement traité dans les Heures de Cratinus : voy. Pbotitts, Lexicony p. 369.

tieniier on ramoor-propre des démagogaes se considérai eonune une raison d État sapérieare el vonlat en prévenirles eicés (i) ; mais le peuple, surpris d*abord, ne lardait pas à lai rendre tonte son indépendance et ses intempérances de langage (2;. Sa liberté ne périt déûnitivement qn avec la constitnlion de TÉtat, par rintervention violente d'une force étrangère, qni probablement ne connaissait pas les rouages intérieurs d'une démocratie si radicale et, dans son hostilité contre la grandeur d'Athènes, lui eût dénié volontiers les conditions organiques de sa vie.

Désignés par le sort, sans autres conditions d'éligibilité que leur inscription sur la liste des citoyens, ces juges, élevés comme la foule, vivant et gouvernant tonte la journée avec elle, ne se distinguaient par aucune faculté spéciale des autres spectateurs. Ils partageaient leurs émotions, riaient de leur rire et se seraient inspirés des mêmes idées, lors même que la crainte d'avoir à répondre d'un jugement entaché d'erreur (3) ne leur eut pas conseillé d'être plutôt un écho sans initiative des appréciations du peuple que son organe indépendant. Il n'y avait point an

(i) Cette responsabilité n'est positiTemeiit 319), et nous partagerions son opimon si affirmée par aucun écrivain ancien , mais les raisons morales pouvaient avoir quelque d'était une garantie nécessaire puisqu'ils ju- force quand il s'agit d'une républitpie anssi geaient sans appel, et on lit dans Eschine, passionnée et aussi inconséquente. Jn Ctesiam^ p. 625, éd. de Reiske : Kol (2) Fuit etiam lege eoncessum, ut,quod «oiif (ilv xfixàfcoitf U Àiovtwiuiv, Uw |xy) ^ixaiuç vellet comoedla, dequo vellet nominatim ditoùf «uK^iovç x°P*^ «fwwffi, Ci|jAiovTt. Dtpt Toû jtTi ceret ; Cicéron, De Republica, 1. iv, ch. 10, àto^Mon xuliuJcTv Ttva. Cette loi fut portée et (dans saint Augustin, De CivitcUe Deit !• n, rapportée plusieurs fois : voy. Meineke, His- ch. 9), et ce témoignage est confirmé par torta critica comicorum graecorum, p. 40- Thémistius, Orationest dise, vm, p. ilO B. 43. D'abord, les termes en furent pris dans Les Archontes seuls étaient protégés paria un sens littéral, et la défense de nommer législation contre les rancunes et les mauvais personne était absolue ; mais lorsqu'elle fit vouloirs des poètes comiques ; Cicéron, 1. 1 ; définitivement partie de la législation, sa si- Schol. ad Ranas, v. 501, et Nubes, v. 31. gnification devint plus restreinte : elle n'in- (3) Voilà sans doute pourquoi les bas-reterdisait plus que l'exposition sur le théâtre, liefs des théâtres représentaient si souveat la représentation sous son propre nom d'une le supplice de Harsyas ; c'était un avertissepersonne vivante. Voy. passim les frag- ment et une menace: voy. Estrangin, AWiee ments de ce qu'on appelle la Comédie sur les ruines du théâtre antique d'Arles, moyenne t et Clinton, Fcwtt Hellenici, t. II, p. 89, et B^ttiger, dans le Magasin encyp. xzxTi. M. Bergk a même soutenu que cette ' clopédique, ive année, t. V, p. 299 et suiioi n'avaK jamais eu d'autre sens (dans vantes. Fritnche, Qmtestioneê Àristophemeoe , p.

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