‹ Histoire de la comédieChapitre 58 sur 116 · CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES. 32f · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES. 32f

et au premieF rang dans leur estime figuraient les gaietés et le spectacle inaccoutumé des fêtes de Bacchus (1). La Comédie devait donc tenir compte des exigences naturelles aux jeunes gens et pactiser [avec leurs exagérations de sentiment et leurs emportements d'idées, leur souverain mépris du mal et leur haine impitoyable des mauvais citoyens. Ces représentations, plus fameuses chaque année, excitèrent bientôt la curiosité de toute la Grèce : au jour marqué par le calendrier, les campagnes envahissaient la ville , et quand le printemps ramenait les plus solennelles, les étrangers y accouraient en foule (2). Il fallait se préoccuper aussi de ce public de seconde classe^ moins vif, moins lettré, moins initié aux cancans de TAgora, beaucoup moins sensible aux petites passions de la politique intestine, et lui donner çà et là un comique plus à son usage, des ridicules moins exclusivement athéniens, de grosses caricatures fortement enluminées et bien voyantes. Après une attente fiévreuse tous s6 pressaient tumultueusement aux portes du théâtre, lorsqu'elles étaient enfin ouvertes, et s'asseyaient péle-méle, sans distinction de fortune, d'éducation et probablement de patrie (3). Désarmée comme elle l'était devant la royauté du peuple, la police n'in* tervenait que par sa présence : une fois même les bancs de peu-plier rompirent sous la foule des spectateurs imprudemment amassés (4), et il fallut emporter avec les débris des blessés et des morts. Mais ce qui sans doute eût paru bien autrement grave aux directeurs d'une démocratie si ombrageuse, c'est que

(i) NuheSi T. 530 ; Pax^ v. 50 ; Ecclesia^ par. 44, les étranger sauraient cependant siégé

zuscte^ y. iii^ : le Sco\iBi&ie ad Aves, y. 19 A t sur le dernier gradin; mais en supposant

et PoUux, 1. iv , par. iii, disent même qu'on doive le prendre à la lettre et y yoir la

qu'il y avait une partie de la salle , i if i)$'> preuve d'un usage , il ne s'appliquerait pas

xâç -oiicot, réservée aui jeunes gens entrés dans sans doute au temps de la Comédie ancienne^

leur dix-huitième année qui n'avaient pas II n'en était pas ainsi partout, notamment à

encore atteint la vingtième. Syracuse : voy. le Duc de Serradifalco, Le

SÀchamensea, v. 503. Antichità di Sicilia, 1. 1 Y, pi. 20.

A en croire un fragment de la Gynai" (4) Dans la première année de la lxx^ 01ym>

cocratie d'Alexis, conservé par Pollux, 1. ix, piade; Suidas, s. v. kitxidXo^ et n^aiiva^.

32t LIVRE IV. COMÉDIE GRECQUE.

des citoyens fassent exposés à ne pas jouir à leur gaise des plaisirs de la fête, et ne se trouvassent pas suffisamment libres. Si compromise que fût la religion par les formes grossières qui en voilaient Tidée, l'État croyait vraiment dans TÂntiquité grecque et faisait un devoir politique de la foi à ses dieux. A Athènes, moins encore que partout ailleurs, la loi elle-même n'eût pas osé se permettre d*aristocratiser les croyances, et de frapper le culte d'une taxe qui en eût fait une sorte de privilège pour les riches. Il falhit donc que, malgré Tirrégularité et la pauvreté de son budget, le Gouvernement pourvût aux frais de la Comédie et en assurât la pompe : il confiait les dépenses de la mise en soène et tous les embarras de la représentation à Tamour-propre ou à Tambition des Ghoréges, et chargeait de Tinstallation du théâtre et de l'arrangement de la salle des entrepreneurs qui se remboursaient par un droit d'entrée perçu indistinctement sur tous les spectateurs (1). Mais il en remettait auparavant l'argent aux citoyens actifs que cette dépense eût gênés (2), et l'impôt n'atteignait réellement que les femmes et les mineurs, les étrangers et les esclaves, toutes gens sans état politique qu'on pouvait, par conséquent, taxer et mécontenter sans scrupule. L'Archonte qui présidait à la fête, intervenait sans doute d'une manière occulte dans la fixation du prix d'entrée : c'était une charge indirecte pour quelques citoyens en pleine possession de tous leurs droits, et les orateurs, toujours à la recherche d'abus dont la réforme les rendit populaires, n'auraient point laissé des spéculateurs trop avides l'aggraver sans nécessité. On voulait seulement concilier Ta-^

(i) Voy. Orolc, History ofGreicet t. YIII, temps de Démosthène tous les dtoyans ias-

p. 438. crits sur le registre dTil (Xi)|iapxix^ yp^F^H^^

(2) Lucien, Tifnon, par. xux; Suidas, Ttloy) recevaient indistinctement le prix de

s. V. etupixi'; : ce fut Périclès qui établit cette leur billet de spectacle; M PAiitppum , iv,

distribution; Plutarque , Pericïes, ch. ix; p. HO'y Àdversus Leochartm, p. 571, éd.

Vitçteyt. II, p. 187. Cette différence finit Didot ; Plutarque , Dtf (tMnda <antlai« Pra«<-

par blesser la vanité des plus pauvres : du cepta , p. 146, éd. Didot.

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