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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

théâtre d^Àthënes de partie réservée à des spectalieiirs pias éelairés et plus délicats (1), qui pussent, sinon imposer magistralement leurs sentiments, au moins avertir et tempérer les impressions des autres, et même dans les choses de Tesprit la démocratie était complète : chacun croyait naïvement à son propre goût, admirait véritablement ce qu'il trouvait réellement beau, et ne riait qu'à bon escient de ce qui le faisait vraiment rire. Pour obtenir les suffrages de leurs juges, les poètes étaient obligés de s'adresser au public tout entier, et de se faire peuple comme lui des pieds à la tète : libre à eux ensuite de lui suggérer les meilleurs sentiments et de l'initiera des idées plus saines et plus élevées. Mais il fallait d'abord affecter sa gaieté débraillée et rire du môme gros rire, devenir à son instar violent, aviné, polisson, en un mot, se mettre en sympathie avec lui et gagner sa confiance.

Ta»! que le» fêtes de Bacchus gardèrent leur premier caractère, qu'on y vit des solennités religieuses où s'épanouissait bruyamment la joie populaire, tous les habitants des campagnes s'associèrent à leurs turbulences : les plus réservés se pressaient, l'oreille tendue, autour des échafauds, oubliant leur pudeur de tous les jours et au besoin en faisant le sacrifice au dieu. Dans leur transport à Athènes, sur une scène plus élevée et plus solennelle, ces grossières représentations perdirent sans

(1) Il y avait cependant des sièges d'hon. ûeuT en avant des gradins ; mais Us étaient réservés aux prêtres de Bacchus {Ranae, V. 297), aux sénateurs {Âf>es, v. 794), aux magistrats {Equités, v. 704) et à quelques personnes qui avaient bien mérité de la République; Equités i v. 575; Bôckh, Corpus Inscriptionwn graecarumj n" 161 , et Suidas, s. V. n^ot^pia : vo^. Casaubon, ad Théophrasti Characteres, p. 84-86, éd. de Lyon, 1593, et K. F. Hermann, De Proedris optMi Àthenienses, Grœttingue, 1843. Un peuple aussi essentiellement démocrate n'aurait pas toléré l'aristocratie des places dans une fête publique. Le siège de Marcua

Ulpius Félix (? EùSloTo?) que les fouilles de M. Strack ont dernièrement remis au jour, n'avait pu être réservé è son usage et à celui de sa famille que sous, la domination romaine , lorsque la démocratie d'Athènes n'existait plus que de nom. Si, dès les plus beaux temps de Id Comédie ancienne, il y avait différentes espèces de places , les plus chères ne coûtaient qu'une drachme (Platon, Apologia pro Socrate, p. 26 E; Bôckh , Staatshaushaltung der ÀtheneTj 1. 1, p. 235), et ce prix n'était pas assez élevé pour les réserver parle fait à la partie la plus intelligente du public : les plus pauvres avaient le droit et la faculté d'aller s'y asseoir.

doute leurs rosticiiés les plus comprometlanles : les uns continuaient à être attirés par le but religieux de la fête; les autres par le besoin de la distraction et Tamour de la nouveauté ou des joies bruyantes, et Taffluence y fut d abord aussi générale. Mais des sentiments plus délicats, l'habitude d'une vie plus retirée etplus pudibonde, en éloignèrent insensiblementlesfemmes honnêtes (1), et, si minime que fût le droit d'entrée, il arrêtait les plus osées et les plus pauvres. Quelques-unes ne craignaient pas beaucoup cependant d*y venir encore, même du temps d'Âristophane (2) ; mais elles n'étaient plus assez nombreuses pour comprimer les hardiesses des poètes et forcer le gros du public à sentir au moins la pudeur des autres. Peut-être même leur présence donnait-elle plus dépiquant aux équivoques licencieuses, et leur embarras ajoutait-il une nouvelle saveur aux mots le plus fortement pimentés de la pièce. Si beaucoup des gens de métier ne pouvaient saisir toutes les allusions politiques ni apprécier Tatticisme du style, ils se refaisaient sur les obscénités, et on en mettait assez pour qu'ils s'amusassent tout à leur aise. Ils avaient d'ailleurs un dédommagement accessible aux moins intelligents, qui joue encore un rôle considérable dans les grands succès de théâtre : ils riaient bêtement de voir rire les autres (3). Les parents se préoccupaient beaucoup trop des affaires de la République pour s'inquiéter suffisamment de leur famille ; le temps et peut-être aussi le sentiment d'un devoir à remplir, leur manquaient : les enfants s'élevaient un peu euxmêmes, comme un arbre planté au soleil ; ils se formaient à la politique en gaminant dans la rue, et au beau style en écoutant les disputes des marchandes d'herbes, apprenaient à honorer les dieux en suivant d'un œil avide toutes les cérémonies du culte

(1) Voy. à l'Appendice le n** ix. xal fvmHK&v xa\ dv$pOy, xal ^<t\m xaX Ueuftipwv;

(2) Nous ne citei;ons ici qu'un passage du par. lth; Opéra, t. I, p. 368, éd. Didot. Qorgitu de Platon : NOv Ap* i^mtç elpi|xajiev ^ ■ (3) Voyez la note précédente.

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