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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

prier le langage impudent de cet avocat de la débauche. Mais lors même qu'ils croyaient naïvement à la mythologie, les Athéniens avaient trop d*esprit et de goût pour ne pas garder quelque scepticisme : beaucoup faisaient un choix dans le Pan-* théon et maltraitaient sans scrupule les divinités de qualité inférieure, qu'ils n'avaient pas trouvées de leur goût(l). Les peuples eux-mêmes se choisissaient des patrons, plus particulièrement sympathiques, auxquels ils déféraient des honneurs officiels (2). Si élevés que fussent les autres dieux dans la hiérarchie céleste, la loi ne leur garantissait le respect de personne ; elle n'était ni canonique, ni croyante : elle veillait à la religion comme la police veille à la propreté des rues, et se bornait à maintenir les divinités nationales dans la jouissance des droits à la dévotion publique que l'État leur avait accordés. Ces liens intimes des dieux avec les différents peuples, les associaient en quelque sorte à la direction des affaires et les rendaient solidaires d'une politique le plus souvent injuste parce qu'elle était toujours intéressée; ils provoquaient chez

(l) lorsque les troupeaux ne prospéraient pas suffisamment en Arcadie» les pasteurs s'en prenaient au Dieu Pan, et rouaient sa statue de coups de bâton : Toy. Suétone , Âugustus, eh. xxv, et Théocrite, Idylle Tii, Y. 106 et sulyants. Pendant le moyen âge, on traitait avec le même sans-façon les objets de son culte. Ainsi dont un des plus anciens jeux dramatiques qui nous soient parvenus, un dévot à saint ï(ioolas, très-irrité que le Saint eût mal répondu à sa confiance , s'écriait :

Te, ni reddas meum, flagellabo reum

{Origines latines du ihêâire moderne, p. 274),

et le Saint arait peur. Yoy. aussi Boemus, Omnium §ên9him mores, 1. m, p. 318, éd. de 1535, et noi Études archéologiques, p. lS0-i32i De nos jours encore, àBahia, chaque famille se choisit pieusement un patron et reite en oompte ouvert avec kti. On

le récompense des événements heureux en lui allumant des cierges ; mais quand il ue remplit pas exactement ses devoirs de patrcm^ quand , par exemple, un esclave vient à prendre la fuite , on le fustige sans merci, et s'il persiste dans sa négligence ou sonmau* vais vouloir, on brise ignominieusement sa statue à coups de pied, et l'on donne sa confiance à un autre Saint ; Revue des Deux-Mondes , seconde période^ t. XLYt, p. 78.

(2) On les appelait içaTpOoi, et ils jouissaient d'une tout autre vénération que les dieux «Arpioi, qui avaient seulement une existence légale i voy. K. Hermann, QottesdienstUche Àlterthiimer, par. rit, note 5. C'était à Athènes Minerve et Apollon. On a supposé à tort que Jupiter l'était aussi : Le Jupiter moqué (Ztù^ nazod^oq) du poëte comique Platon ne serait pas une raison suffisante, mais bn lit dans VEuthydème de son homonyme; Opéra, p. 302 C : Eit« tol« «Uoiç,

les nations voisines des malveillances et des rancunes, qui devenaient facilement des impiétés. Ainsi, par exemple, au fond des plaisanteries violentes sur la voracité d'Hercule, si fréquentes dans les poètes comiques pendant la guerre du Péloponèse (1), il y avait sans doute le souvenir du retour des Héraclides et le plaisir d'outrager des ennemis dans le plus célèbre de leurs ancêtres. La mythologie grecque n'était d'ail lears qu'une succession de désaccords et de conflits, dont la signification réelle avait complètement disparu. Les guerres intestines del'Olympe étaient entendues dans un sens littéral, et la poésie les racontait avec toutes leurs conséquences : l'injustice et l'orgueil des uns, l'impuissance et l'humiliation des autres. Les dieux amoindris et battus en brèche par le souvenir de ces lattes, se prêtaient, pour ainsi dire, canoniquement au manque de respect et à la plaisanterie (2). Ils avaient dès l'origine représenté des forces quelquefois bratales, des passions souvent immorales : c'était Neptune qui soulevait méchamment les tlois et poussait les navires sur ses écueils ; Vénus protégeant comme un hommage rendu à sa divinité les amours infidèles et souriant aux plus criminelles ardeurs. Ceux-là même qui ne divinisaient point des tendances essentiellement mauvaises, n'avaient pu se personnifier qu'en se rapprochant assez de l'Humanité pour devenir accessibles aux passions et aux faiblesses inhérentes à sa nature, et en les leur imputant on ne commettait pas même une irrévérence (3). Par la logique naturelle des

(i ) Aristophane l'appelait dans Tileotojtcon quoique Aristophane n'ait sans doute pas été

YaoTpiiiapTOf (Schol. eûi Pacem, v. 740) et ci- le seul à parler fort irrévérencieusement de

tait comme une plaisanterie banale dont il s'é- Minerve ; Equités^ v. 1172 et suivants : mais

tait bien gardé , de le renvoyer sans souper; pour les autres on tolérait tout, sauf leur

Ve8p<ie,\. 69. Les tragiques eux-mêmes fai- négation absolue et la mutilation de leurs

salent de la poésie à ses dépens : voy. Euri- statues.

^ide^ Alcestis, v. 747-60; Ion, Omphale y (3) Dans les Oiseavx d'Aristof^iaiie, v.

dans Athénée, 1. x, p. 411 B, et PoUux, 1508, Prométhée échappait aux regards dtf

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