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CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES

lent des obscénités dont la pudeur de notre temps est révoltée, même à travers le grec ; mais les poêles du siècle de Périclès ne se doutaient seulement pas qu'en prenant ces libertés effrontées ils dépassassent les bornes d'un honnête enjouement (1).

Un costume plus que léger, à peine composé d'une courte tunique à demi flottante et d'un manteau mal attaché, familiarisait dès Tenfance les yeux avec les nudités et désapprenait la pudeur même à l'innocence. Si par hasard il en restait encore quelque dernier sentiment, il s'affaiblissait de plus en plus dans la promiscuité des bains publics et disparaissait sans retour dans les déshabillements éhontés et les luttes corps à corps delà palestre. L'Impudeur (2) avait son temple et un autel (3), dont les sacrifices nous feraient sans doute monter la rougeur au front, et les moralistes eux-mêmes reconnaissaient que la loi ne devait pas se montrer plus rigoriste que la religion et défendre les représentations obscènes de certains dieux (4). La célébration des Dionysiaques ramenait plusieurs fois chaque année, au milieu des éclats de rire, l'exhibition de signes impudiques (5), et des chants d'une licence cynique (6) auxquels s'associaient les jeunes filles (7], au grand contentement des matrones qui montaient sur les toits (8), pour mieux jouir du spectacle. Peut-être d'autres solennités , imparfaitement connues , étaient-elles encore plus obscènes : telles étaient même, selon toute apparence, ces Cotyttia, consacrées à la déesse de l'impudicité (9), et cette fête

({] Aristote ne les blâmait pas, même dans tote, PoliUca^ 1. VII , ch. xv, par. 8 ; Opera^

un traité de morale; il en expliquait l'em- t. I, p. 623. Tels étaient Aphrodite, Konis-

ploi comme si le fond des choses lui eût été salos, Triphalès. Eubulus ayait même donné

indifférent : -col; (les poètes de la Comédie, à une comédie le nom du plus effrontément im-

ancienne ) v^^t "(à^ ^ ^iXotov i aXay^^'ko-fia. , toîç pudique de tous , Orthaaès : voy. Strabou ,

(les poètes de la Comédie nouvelle) il (tàX- l. xiii, p. 588, etAthéuée, 1. m, p. 108 A.

Aov il i>«ôvoia; Elhica Nicomochea f 1. iv, (5) Voyez Aristophane, Achamenses ,

ch. 8; Opéra, t. II, p. 51, éd. Didot. y. 243.

(î\ 'AyaiJua; Suidas, S. T. et6ç. ^6) Ibidem, V. 263 et suivants.

(3) Pausanias, 1, I, ch. xxvm, par. 5. W Ibidem, v. 242 et 253,

(4) MijOlv jjiiiw i-^ak^a ]v^ TP*?V "^ai toio6- ^8) Ibidem, V. 262.

Twv «fàÇtciw jAÎjtKiffiv , t\ jiîj icapâ Tiffi Ototç xoioO- (9) Cotytto : voy. Strabon, 1. x, p. 470 ; Hé-

Toiç oîçxal TÔv Tw9a9|iÀ/ Aico^i^w^iv 6 vdjioç . Aris- sychius, s. v, Kôwç , et Juvénal, sat. ii, v. 92.

de Gérés, la Mère aux beaux enfants (1), où, pour manifester plus visiblement son pouvoir, des jeunes gens d'élite s'exposaient tout nus sur un théâtre, aux regards du peuple. Les habitudes plus réservées des femmes, le désir de leur plaire en les imitant, el le gracieux despotisme qu'exercent, même à leur insu, leur exemple et leur goût, auraient ailleurs comprimé ou du moins atténué bien des grossièretés. Mais à Athènes il n'y avait plus de mères de famille pour les fils le jour qu'ils sortaient du gynécée, et quand l'amour ne se trompait pas de sexe, c'était une passion furieuse qui ne se faisait sentir que par sa violence. La poésie elle-même ne connaissait pas ce mélange empressé de dévouement et d'amitié, de vénération pieuse et d'ardent désir que depuis le christianisme on appelle l'amour : c'était dans l'Antiquité grecque une aveugle et fatale impulsion infligée par les dieux en punition de quelque forfait. On se mariait à son corps défendant, parce qu'on devait des enfants à la Patrie el que malheureusement la Nature n'avait pas laissé le choix des moyens (2). Mais de futiles créatures, sans éducation et sans expérience (3), doublement étrangères, par incapacité et par indifférence, aux sentiments politiques et aux idées de leurs époux (4), ne pouvaient avoir, même sur leurs manières, la moindre influence. Au dire de Xénophon, ils leur parlaient moins qu'aux femmes qu'ils ne connaissaient pas (5). En ce temps-là, d'ailleurs, les mariages se calculaient par mines et par drachmes, comme on a calculé depuis les opérations de

(2) Euripide, Meà^a, y. 573-575; Hippolytus, V. 618-624.

(3) Elles étaient fiancées dès leur enfance et mariées dans leur quinzième année : Toy. Xénophon , Œconomicus, ch. xvii , par. v, p. 628.

(4) Naturellement il y axait quelques exceptions toutes personnelles : ainsi, par exemple, ce fut Elpiniké, sœur de Cimon, qui le réconcilia aTecPériclès; Plutarque, Pericles,

ch. X, et Cimon j ch. xit. Les femmes remplissaient même quelquefois des fonctions de prêtresse (voy. le pseudo - Démosthène , In Neaeram , dans les Oratores graeci , t. V, p. 564, et Jakobs, Vermischte Schriflen, t. IV, p. 245j ; mais c'était une bizarrerie de la religion qui ne modifiait en rien la mésestime dont elles étaient atteintes.

(5) *EffTt Si Stw IXdaffOya ^laXi-pj î t^ yuv«uI ; — El ii jA^j , où itoyXoïç , Iç^ • (JËconomicus , p. 481.

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