‹ Histoire de la comédieChapitre 67 sur 116 · CHAPITRE IV. LÀ COMÉDIfi A ATHÈNES · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LÀ COMÉDIfi A ATHÈNES

Bourse, en écoutant aux portes et en gardant par-devers soi la facahé de se faire reporter; on supputait la dot et Ton soupesait la parenté, sans s*inquiéter autrement des sympathies particulières ni même de cet attrait général qu*exerce la beauté, au moins sur Tesprit et sur les yeux. Mais si les Athéniens oubliaient le jour de leurs fiançailles qu'ils avaient reçu du Ciel une imagination poétique, passionnée pour le beau (1) et amoureuse du plaisir, ils s*en souvenaient le lendemain. Leurs simples demeures ne pouvaient satisfaire leurs besoins d'élégance, et y eussent-ils accumulé toutes les richesses de TÂsie, le prosaïsme de leur ménagère les leur eût gâtées. Tour à tour intellectuelle et sensuelle, leur nature remuante aspirait après tous les genres de jouissance, et ils lui cédaient avec emportement (â). Aussi se forma-t-il bientôt une classe de femmes sans préjugés et sans famille, qui se faisaient de Tart de plaire une industrie et une vertu. Recrutées dans toute la Grèce parmi les jeunes filles comblées par la nature de tous les charmes de Tesprit et du corps^ elles ajoutaient encore à leurs séductions par Téducation et par Tétude. Les questions philosophiques les plus ardues leur étaient familières, et elles portaient dans la politique l'ardeur de conviction, la persistance de volonté et l'esprit d'intrigue qui faisaient alors les hommes d'État, et feront toujours les chefs de la foule. Si élevés par l'intelligence que fussent leurs admirateurs, si préoccupés et si découragés qu'ils fussent des embarras du gouvernement, ils trouvaient chez elles des idées

(1) Four défendre Phryné d'une accusa- Cette sensualité s'étendait à tout : Platon se tien capitale, Hypéride , à bout de raisons , croyait même obligé de bannir les pâtissiers lai arracha sa robe et la montra toute nue à et les confiseurs de la République , mais il ses juges, qui, raTis de sa beauté, la trouvé- ne cachait 4pas que, tout philosophe qu'il fut, rent innocente. il en était bien fâché, et les Athéniens aecor-

(2) PMlétairos disait dans son Corinthiasta dèrent les droits de citoyen aux fils de Chai- (le Corinthien d'Athènes) sans craindre qu'il se réphile, en reconnaissance du service qu'il trouvât dans tout le peuple assemblé personne leur avait rendu en leur apprenant à faire pour te démentir : Le temple de la maîtresse une nouvelle conserve au vinaigre ; Alexis , est partout, mais celui de l'épouse n'est nulle Epidawriwt ; dans Athénée, l. m, p. 1 1 9 F. part en Grèce; dans Athénée, l.xm, p. 559 A.

au niveau de leurs pensées et des illusions assorties à leurs passions , du sérieux à leur gré dans leurs heures sérieuses et du plaisir à leur goût dans toutes les autres. C'étaient à la fois d*adorâbles maltresses et des amis très-pro8(abIes, dont on attendait tout le charme, quelquefois même Téclat de sa vie(l). En retour de tant d'agréments et de quelques complaisances, elles obtenaient tout ce que peut ambitionner une femme dont la pudeur est sans scrupules, et le cœur sans remords : la fortune (2), l'influence (3) et la renommée. Mais il leur manquait le respect : la loi, plus sévère en cela que la morale publique, les frappai t dans leur vanité. Dans la crainte que des Athéniennes ne fussent humiliées par le luxe insolent d'une étrangère, elle interdisait aux filles déclassées de se parer en public de leurs bijoux (4), et avait fait de Téclat trop voyant de leurs riches luniques un signe de leur métier, nous dirions maintenant une marque, qui en indiquait l'origine impure aux passants (5). L'opinion elle-même leur avait infligé en un point son mépris : elle ne permettait pas aux dignitaires de la République de se montrer en public avec elles (6).

Loin d'apprendre la civilité à leurs poursuivants d'amour et d'en exiger au moins quelque semblant de respect, un langage moins impudent et des gaietés moins grossières, les Hétaires accueillaient à bras ouverts leur sans-géne et leurs manières dévergondées : elles savaient que le cynisme faisait la

(1) Les philosophes eux-mêmes étaient sur ce point de la foule. La mort seule put séparer Aristote de Herpyllis , et, en perdant sa jeunesse, Archéanasse sut conserrer l'amour de Platon : il la chantait même encore sans craindre de paraître ridicule.

(2) Phryné eut le caprice de rebâtir les murailles de la ville de Thèbes, que les Macédoniens Tenaient de détruire, et la Grèce reconnaissante lui érigea à Delphes, dans le temple même d'Apollon, une statue d'or.

(3) Il suffit de nommer Aspasie.

(4) Voy. Meursius, Theatrum atticum , 1. 1, ch. 6, et Ferrarius, De Re vesHaria, 1. i, ch. 3 et 23.

(5) Elles étaient obligées de porter des Tètements bigarrés : xà^ ixai^ âvtiva ?op<lv** Petit, Leges alticae, 1. VI, tit. y, p. 576, éd. de Wesseling : voy. Suidas, s. v. Italpa i ; Artémidore, 1. ii, ch. 3, et Cuperus, Observationes, 1. III, ch. viii, p. 289

(6) Térence, Eunuchus, act. Ilfj'sc. ii, V. 42.

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