‹ Histoire de la comédieChapitre 73 sur 116 · CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES. 3.So · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES. 3.So

permetlaient de montrer avec plus d'autorité le Destin dominant la volonté des hommes et les poussant irrésistiblement dans sa voie. Pleines de merveilleux, parce qu'elles se rattachaient à des traditions religieuses, ses données ne relevaient ni de la logique ni de la vraisemblance : on les savait étrangères aux enseignements de l'expérience, et on y croyait les yeux fermés, sur la foi des prêtres et des bonnes femmes qui les racontaient depuis des siècles. A son exemple, la Comédie ne s'embarrassa pas des conditions de la vraisemblance; elle s'affranchit comme elle des timidités et des circonspections du bon sens, et, faute de légendes à reproduire, mit la bride sur le cou de la fantaisie. Quoiqu'ils fussent créés à l'image des originaux du temps, ses personnages eux-mêmes n'avaient point à vivre de la vie naturelle des personnes humaines: c'étaient des pantins, imaginés pour les besoins de la pièce , dont il suffisait de tirer convenablement les fils , et la scène put se passer sans étonner personne dans un monde impossible. La représentation n'avait rien de réel à représenter que l'esprit et les opinions de Fauteur. Tous les sujets de tragédie étaient si parfaitement connus, que l'exposition des faits était superflue. Certain d'être compris avant d'avoir parlé, le poète supprimait l'action elle-même comme une perte de temps inutile ; il arrivait d'emblée à la situation capitale, à l'ithos et au pathos, et il n'en sortait plus : sa pièce ne marchait pas, elle posait dans une situation, et les personnages, hissés sur des piédestaux, se livraient aussitôtau surhumain etau sublime. La Comédie n'admit pas davantage la préparation du comique et la mise en œuvre d'un sujet; elle voulut montrer dès l'abord des caractères complets et un comique poussé à l'extrême. C'était renoncer à la finesse des aperçus, à ces demi-teintes qui donnent plus de précision aux contours et créent la perspective , à ces développements successifs qui distinguent l'homme vivant, formé par sa propre action, de la statue coulée d'un seul jet et grimaçant à per-

3n»; LIVRE IV. COMÉDIE GRECQUE.

péluité. Il fallut que le ridicule fût tout en arêtes et restât jusqu'au bout en plein soleil. Au lieu de railler en souriant les ridicules innocents de vrais Athéniens, Tauteur était obligé de flageller les vices politiques d'un bouc émissaire : quelle que fût son envie de se détendre les nerfs et de modérer sa manière, force lui était de grincer invariablement des dents et d'ombrer avec colère de grosses caricatures au crayon rouge.

Avant la complète sécularisation de la Tragédie, le Chœur en était la partie essentielle; il glorifiait Bacchus, et, en commentant les différents épisodes (1), en leur restituant un sens religieux, il les rattachait réellement à la fête. Dans la Comédie, au contraire, les dialogues des Phallophores avaient insensiblement usurpé la scène et relégué les chants bachiques à la cantonade, comme interrompant le rire et introduisant dans la pièce des éléments sérieux contraires à sa pensée. Lorsque, devenue enfin plus littéraire, la Comédie ne compta plus exclusivement sur les hasards de l'inspiration et prépara un sujet, elle voulut reprendre ces anciens hymnes et leur servir aussi de cadre. Elle se, donna une troupe d'acteurs inutiles à l'action, disciplinés comme un seul homme, qui côtoyaient toujours la pièce et s'y mêlaient quelquefois; mais quand on ne bornait pas leur rôle à de simples intermèdes, ils restaient un embarras ou devenaient un contre-sens. Le Chœur delà Tragédie n'était pas seulement un groupe de figurants bien exercés, qui chantaient à l'unisson et se livraient à des passes suffisamment régulières : on en avait fait une conception philosophique. Il représentait la conscience des témoins du drame (2), jugeait les principaux personnages sur place, les conseillait avec intérêt, sympathisait

(1) C'est le nom que l'on donna d'abord (2) Cela est expressément dit par Aristo-

aux récitatifs, et il prouve mieux que les phane dans un passage (i4c/iame7LS0<^v. 442-

plus ingénieuses raisons leur caractère d'in- 445), dont les savants qui se sont occupés

termède et leur subordination aux chants du Chœui* n'ont pas suffisamment apprécié

dans la conception première de la fête. l'importance. Voilà pourquoi le Chœur trftgi-

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