CHAPITRE IV. LA COMÉDIE A ATHÈNES
titude du dénoûment, et mit tout le plaisir de la représentation dans les détails : dans Tesprit du dialogue, la vivacité des moqueries, et des allusions continues aux débats de la place publique qui les transportaient sur la scène. Sa liberté sur tous ces points ne connaissait aucun frein ni aucune borne. Inventée pour célébrer un dieu qui ne se trouvait bien fêté que par une gaieté exubérante, elle ne s'inquiétait que d'exciter et d'entretenir le rire : la loyauté de la satire, la vérité des peintures, la pudeur des personnages n'entraient point Jans le programme des Bacchanales ni par conséquent dans ses obligations. Sa morale était la religion de Bacchus avec toutes ses turbulences et tous ses excès : aux philosophes de pérorer à jeun sur le bien et sur le mal dans les jardins d'Académus ; à elle dé crier Évohé! en chancelant sur ses jambes, d'agiter de gros phallus et de corner de son mieux après les adversaires de sa politique, même quand ils avaient nom Socrate ou Périclès (1). Elle sacrifiait à la glorification de son patron jusqu'à ses mérites littéraires : ce n'était pas un succès d'estime qu'elle ambitionnait, mais un de ces succès de folle gaieté qui sont plutôt un entraînement qu'un jugement, et que la réflexion ne sanctionne presque jamais. A de véritables nouveautés, toujours un peu hasardeuses, elle préférait des inventiojis éprouvées et déjà applaudies ; elle aimait à recommencer les mêmes satires, à repeindre les mômes portraits et à réguiser les mêmes épigrammes. Malgré ses semblants d'originalité, le caractère de cette comédie étai t donc beaucoup plus général que personnel : ce n'était pas tant l'œuvre individuelle d'un auteur que la représentation d'un peuple. Elle rappelle ces ingénieuses machines qui reproduisent indifféremment en les concentrant et en les enlaidissant toutes les figures qui posent devant elles : seulement la lumière était en ce temps-là l'imagination des poètes.
(1) Elle n'épargnait personne : voy. 'pertinuisse ferunt, annali, p. 19-22, et G. Haupt, De Lege quam ad poetas comicos Grauert, De Aesopo, p. 23.