CHAPITRE V
La Comédie â.*Aristopbane.
Des nombreuses productions de la Comédie ancienne, onze pièces, appartenant toutes au même auteur, ont seules traversé les révolutions de croyance et de goût, de mœurs et de langue, qui ont si entièrement renouvelé le monde littéraire. Mais le hasard n'est ni aussi aveugle ni aussi intelligent qu'on lui en a fait la renommée : ses préférences les plus déraisonnables en apparence ont une raison ; ses caprices les plus inexplicables, une cause. Ce poëte privilégié entre tous est Aristophane (1), et nul autre n^obtint des succès plus considérables et plus glorieux (2). Les hommes supérieurs dont il avait provoqué l'inimitié reconnaissaient eux-mêmes l'éminence de son esprit (3) et l'autorité de ses jugements (4), et la postérité a prononcé son verdict : lorsque les pièces de ses émules existaient encore, elle a cru qu'en l'appelant simplement le Comique, elle lui donnait une qualification assez caractéristique pour rendre une autre désignation plus personnelle superflue (5).
(1) On lui a souvent attribué cinquantequatre pièces ; mais il en est au moins quatre qui semblent ne pas lui appartenir , et MM. Dludorf et Bergk n'en admettent que quarante-trois : voy. 0. Miiller, Geschichte, t. II, p. 208. Si l'on excepte le nom de son père, Phi.Uppus, sa calvitie et son talent, tout est malheureusement bien incertain dans sa vie : les différentes notices des grammairiens et la Vie de Thomas Magister ne méritent aucune confiance. L'opinion qui le fait naître 455 ans avant l'ère chrétienne nous paraît la plus probable : voy. Ranke, Âristo'phanis Vita, p. 192.
(2) Il le dit lui-même au peuple Athénien, dans la parabase des Guêpes, v. 1123, et à en croire l'auteur assez suspect de sa Vie
(p. xii), le Peuple lui aurait décerné une couronne de l'olivier sacré.
(3) Platon le fait figurer avec Socrate dans son Banquet.
(4) On attribuait à ses critiques de la Mtdée les changements qu'y fit Euripide : voy. Bôckh, Graecae tragoediae Principes, p. 1 3 , et Osann, Analecta critica , ch. v.
(5) '0 xwntxôç : voy. Bernhardy, Grundriss der griechischen Litteratur , t. II , p. 971. C'était un usage assez général pour avoir induit en erreur des Savants considérables : ainsi Fabricius, Bibliotheca graeea, t. I, p. 469, et t. II, p. 982, lui a attribué ce qui appartenait à Ménandre, et Villoisoo l'a confondu avec Anaxandride; ProUgomena in Iliadem, p. xzxra.