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CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

les citoyens pour vouloir détourner de l'État les dangers (iont elles le menaçaient, et à la vivacité particulière d'esprit qui les avait fait poètes, les Comiques ajoutaient le sentiment d'un devoir spécial à remplir : ils se tenaient pour préposés par la Nature à l'éducation des adultes (1). Aussi affectaiènt-ils, môme dans leurs farces les plus grotesques, des intentions graves (2), et se vantaient-ils avec orgueil de mêler des idées sérieuses aux pliis folles plaisanteries (3). Si bouffonne qu'en fût la forme, leur indignation était sincère et honnête; ils se croyaient vraiment obligés de veiller aii salut de la République, de montrer les dents aux inauvais citoyens et de courir sus aux révolutionnaires. Par conviction, et un peu aussi par métier, ils faisaient de la fiolitique, comme en font les plus honnêtes gens quand ils ont mis leur conscience au service de leurs opinions; ils ne regardaient que le but à atteindre, et s'associaient auxmécontents sans trop s'inquiéter des nuances. En politique, le passé ne se résigne jamais à avoir fait son temps : le plus définitivement mort se suppose encore plein de vie et à la veille d'entçrrer ses héritiers. Celui d'Athènes avait laissé dans l'Aristocratie une arrière- * garde nombreuse et puissante, très-irritée du prései^l très-désireuse d'un meilleur avenir, et pour s'assurer son cSticours les poëiès comiques demandaient la restauration en bloc de toutes léâ ariti^jûailles, sauf à choisir le lendemain de l'exhumation, à rejeter dans la fosse celles qui auraient senti trop mauvais et à tirer sur leurs troupes. De plus philosophes qu'eux n'auraient pu d'ailleurs donner à leur politique des bases plus larges et y portef plus d'élévation ni de véritable indépendance. Nul ne se dotiiait encore qu'au lieu d'errer à Ta venture, selon l'impulsion

(1) RanaejY. 1054. Tô fàp^UatoyoUexaltpui-iy^M,

Pj*) Vespae.y.U.

^(3) Ecclesiazusae^ y. 1155. Aristophane

disait même , Âchwmen$es , v. 50 0 : Va' li^tï^ coi i^i tot' iç^O* c«,- x«|*«5i5«c rà 5Uaia '

fortuite des circonslances et la force des gros bataillons, Thistoire marchait par monts et par vaux à un but invisible, sans jamais s'arrêter sur la route, et suivait, à sou insu, une loi logique dont elle s'inspirait toujours. Les plus avancés ne pressentaient point la fraternité des hommes de tous les pays et la solidarité de tous les siècles. Platon lui-même, le philosophe de Tidéal, ne devinait pas que l'avenir tournait nécessairement le dos au passé : sur ce point Tintelligence des penseurs ne devançait pas la mythologie populaire des bonnes femmes. Trompé par les souvenirs si colorés de son enfance et les désillusionnements qu'avait amenés Texpérience, on plaçait comme elles dans le passé un âge d'or de fantaisie, et l'on ne croyait pouvoir devenir véritablement réformateur qu'en se faisant réactionnaire. Ce n'était donc pas seulement par la forme traditionnelle et, pour ainsi dire, consagrée de leurs œuvres que se ressemblaient les poètes de la Comédie ancienne ; ils professaient la même foi politique, se grisaient tous de leur esprit et voulaient également intervenir, le fouet à la main, dans le gouvernement du pays. Informaient uhe véritable École, sans programme, il est vrai, et sans maître, mais constituée par la force des choses : les traditions du théâtre, le goût du public et la pression de circonstances semblables. Si diverse qu'elle fût des autres par la nature du sujet et le caractère des détails, chaque pièce s'ajustait à la tradition comme sur un patron commun, poursuivait les mêmes mérites et exagérait également la gaieté. Comme toutes les poésies sorties de la pensée d'un peuple et restées, par une sorte de cordon ombilical, en communication directe avec ses entrailles, elle appartenait à un genre encore plus qu'à un poète. Le talent n'en conservait pas moins tous ses droits et ses conditions d'existence : cette parenté littéraire des œuvres n'empêchait point la personnalité des poètes de s'y manifester avec leur physionomie plus ou moins accusée, mais bien caractérisée et

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