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CHAPITRE V. LA COMÉDIE D'ARISTOPHANE

faisaient corps avec elle, étaient altérées sans vergogne en vue d'un effet de théâtre (1). Le malheur n'était plus un mystère dont le Ciel se réservait le secret, et la vie future, le dernier mot: c'était un châtiment, la conséquence logique d'une faute, et les inculpés plaidaient non coupables^ même quand ils étaient condamnés par la conscience publique. Ils s'autorisaient de l'exemple de héros dont on avait enseigné le respect au peuple, glorifiaient la passion dans tous ses excès, confondaient audacieusement les limites du bien et du mal (2), initiaient les esprits honnêtes aux faux* fuyants avec soi-même, leur apprenaient à transiger avec le devoir, à capituler avec le crime, et accusaient le Destin, la loi suprême des dieux et des hommes, d'aveuglement ou d'injustice. La Patrie lui semblait un accident et un préjugé, qu'il n'acceptait que sous bénéfice d'inventaire (3) : en cas de conflit il se tenait pour plus obligé envers l'Humanité (4), et déniait à la volonté passagère d'une foule ignorante et passionnée, à la Loi, le droit de diriger la conscience et le pouvoir de réglementer la vie (S).

( 1 ) Eschyle lui disait dans les Grenouilles, ▼. 1062 :

et le peuple applaudissait. Ainsi, par exemple, il ayait si capricieusement altéré les traditions relatives à Hélène, qu'un de ses admirateurs a supposé que la tragédie dont elle est le centre n'était pas une œuvre sérieuse , mais un drame satyrique ; Fimhaber ; dans Zimmermann , Zeitschrift fur Alterthum , 1839, t. I, cah. 2. Voy. E. Curtius, Griechische Geschichte^ t. II, p. 316, 512 et suivantes.

(2) Aristophane le lui reprochait par la bouche d'Eschyle : «mai&'Aîav iSiSa^a^ • Banae, V. 1069. Quelquefois même le cynisme de ses personnages dépassait toutes le» bornes et révoltait le public : voy. Sénèque, Epistolœ , let. cxT.

(3) Il est souvent difficile d'apprécier la signification réelle d'un fragment, et presque toujours impossible d'attribuer à un auteur dramatique les sentiments qu'il a donnés à

ses personnages. Ce jugement sur l'influence politique d'Euripide s'appuie donc surtout sur les tendances morales et les habitudes de sa pensée. Nous indiquerons cependant quelques vers où la forme doctrinale de l'expression semble donner un sens précis et général à la pensée.

Incerla Fabula j fr. (xxxu) 867, éd.

de Wagner.

Il a même dit, Phaethon, fr. (iv) 765 :

Voy. aussi Incerta Fabula y fr. (xxx) 86r.

(4) A la première citation de la note précédente et à la seconde de la note suivante , nous «coûterons. Supplices j v. 506 :

^tXtlv \ùv oLy jjfnn TOÙ( voçov; icpfitovvixya, ciceixa toxfaç, icat^lia xt*

Yoy. aussi Hercules furent^ v. 574.

Toy yX'i ^àp oùVif àv 9ta«Tpi<{)ai icoxl

Dans ses hardiesses de libre penseur il avait devancé de plusieurs siècles ses contemporains, et réprouvait dédaigneusement les vieilles coutumes sanctionnées par la sagesse des ancêtres, qui servaient de base à la civilisation d'Athènes. Il voulait qu'on consultât pour se marier, non les prétendus intérêts de la Société ou la convenance de sa famille, mais ses convenances personnelles et ses propres sentiments (1). Les enfants n^étaient pas dans sa pensée de petits citoyens dont la propriété appartenait officiellement à TÉtat; il les croyait vraiment fils de leur père et lui reconnaissait le droit de les élever à sa guise, selon sa condition et son amour palernel (2). Il ne voyait pas dans la femme une créature inférieure, née pour tenir la maison de son mari comme une femme de charge, et couver des poussins comme un animal de basse-cour (3) . Enfin, il n'admettait pas que le malheur eût dépouillé Tesclave de sa dignité d'homme, et l'eût livré pieds et poings liés aux caprices et au fouet impitoyable d'un maître (4). Malgré toute son honnêteté de philosophe, c'était, en un mot, un poète très-romantique et

çf^Tup iûvavto, tôv i* &t*é xt xal *irv> Xjjoif tapéffouv iGoX\àxt{ lit>(iaiye-itti *

Pirithous, fr. (rra), 598.

Oùx oiî' 6xtf x?<l xov^i tàf ^porfiw t^qj^i

Eurystheus, fr. (m) 379.

(1) Non-seulement il veut que l'amour n'attende pas le mariage (oùx «ùOal^-rai ^^ovoïç l^vm^- Dictys, fr. (ix) 34o); mais il dit, Fabula incerta^ fr. (clv) 984 :

et condamne en termes aussi positifs que pourrait le faire un Anglais les mariages de convenance :

"Oooi Y«|AoCvt ^' ^ T<vst «ftltfoQiK féfLmn , ^ «0^^ jj^f^iMT*, oùx liHvTonrcai ^oiulv •

MeUmippa vineia, fr. (xzxi) 51 8i

(2) Il disait, Fabula incertaf fr. (u) 884 : Tù Opti^i ¥ h ^fOToTn «oX\dxK

et Toulait qu'on songeAt plutôt à développer l'intelligence des enfants qu'à suivre l'usage grec , à fortifier leur corps pour en faire de bons soldats :

vixA • «ùv oj^Xttf ê* à|â«9l« tcXtlOTOv x«x6v •

Ântiopa, fr. (xxx)205.

''H ^jj» -COI otivoç dvifoç ■

AeoluSf fr. (xm) 27.

(3) Yottiant peindre l'épouse idéale, il fait dire à Andromaque :

Tôv ii vo3v Ji&^urxaXov o'xoStv é]^ou«a x(^otàv i^i^pxouv l{fcol ■

TroadeSf v. 647.

(4) *^v féf Tt tolf 8oiikoi9tt tXajj^ fip»i « to6vO|ia • iA y JLXXft «dvnt tfiv IXculipiM où^dç »9xUiM SoOXo( , imç M\h% ^ •

Ion, V. 854.

Yoy. aussi Iftftontjspa «tncto, fr. (xxiv) 506, et PhrysMS, fr. (xm) 823.

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