FONDATIONS
Asile Ste Darie
(prison des femmes, rue fullum.)
La communauté dont les commencements avaient été si pénibles, qui pendant longtemps avait manqué de sujets, fit des progrés si rapides, qu'en 1870 elle était en état de faire des fondations même en pays étranger et ne pouvait recevoir toutes celles qui s'offraient comme novices.
Le 3 mai de cette année, les Sœurs du Bon-Pasteur étaient appelées par Mgr de Montréal à remplacer les Sœurs de la Mi séricorde dans la direction d'une œuvre importante ayant pour but de recueillir les femmes et les filles qui en sortant de prison désiraient faire pénitence.
Les Révdes. Soôurs Philomène Larivière dite Marie de Ste Hélène ; Marie Martin, dite de St Célestin ; Marie de Ste Domithilde, dite Larose ; Marie de S. André, dite Corbeil ; Marie des Anges, dite Deschambault et Marie de Ste Perpétue, dite Guilbault, entreprirent cette mission et allèrent fonder sur la rue Fullum un établissement qui a déjà fait un bien incalculable. N'ayant pour soutenir cette maison que le produit de la couture d'une dizaine de pénitentes, elles eurent beaucoup à souffrir dans les commencements. Il faisait tellement froid, que trois poêles réchauffaient à peine les appartements de la maison. Dans plusieurs occasions, il arriva que celle qiH n'était pas
prompte à se rendre au son de la cloche au réfectoire y trouvait sa soupe à demi gelée»
Plus tard leur situation s'améliora, le gouvernement vint à leur secours, fit faire des réparations à la bâtisse, y plaça des fournaises et leur fournit du charbon.
MM. Benjamin Comte,* A. C. Larivière,t et Hardouin Lionnais, père furent aussi très bons pour elles et leur firent parvenir beaucoup d'ouvrage, etc.
Il y avait près de vingt-cinq ans que les bonnes Sœurs désiraient ardemment avoir le soin des femmes condamnées
(*) Le 22 janvier 1876, la mort enlevait à la. population catholique de Montréal un citoyen des plus remarquables dans la personne de M. God^ froi Benjamin Comte, décéda à l'âge de soixante-onze ans et cinq mois. On trouvait en lui le type complet du parfait gentilhomme et du vrai chrétien. Bon et généreux envers les pauvres, il encourageait efficacement et largement les institutions catholiques de Montréal et des. environs.
Occupant une foule de positions honorables, il n'épargna jamais rien pour se conserver la confiance de ses concitoyens qui n'oublieront de sitôt, les excellentes qualités qui le distinguaient.
Le regretté défunt était célibataire, et frère de feu messieurs Louis Paschal Pierre et de Messire Joseph Comte, ancien procureur du Séminaire S. S.
tSecourable sans intérêt, M. A. C. Larivière, après une vie honnête et laborieuse, décéda à Montréal, de la dyphtérie, le 6 novembre 1875. ^1 fut un de ceux qui se distingua d'une manière admirable, pendant les pre* mières années de la fondation de l'asile Ste Darie.
Très souvent, il fit parvenir aux religieuses de cette Institution les choses les plus indispensables et leur aidât à payer plusieurs dettes.
Son caractère franc et honnête le fit toujours estimer et respecter de ses nombreux amis et compatriotes.
par 'les Cours de justice. Aussi, par rentremise de Mgr l'Evêque de Montréal et la maternelle sollicitude de la mère prieure, la communauté se décida à faire l'acquisition du terrain nécessaire. En cette occasion plusieurs généreux bienfaiteurs leur vinrent en aide ; entr'autres les Révds MM. V. Arraud, S. S., A. J. Martineau, Chs. Beaubien et M. Huberdeault, (aux E. U.), l'Hon. Gédéon Ouimet, alors procureur-général et M. L. L. L. Desaulniers, ci-devant inspecteur des prisons. Avec le bienveillant concours de ces Messieurs, Madame la supérieure fut autorisée à céder au Gouvernement, par un acte en date du 3 mars 187 1, le terrain de la rue Fullum, qui mesure deux arpents de large sur cinq de profondeur, sous la condition expresse qu*il y construirait une prison plus vaste pour les femmes dont elles auraient la direction. Les plans de M. J. R. Poitras, architecte, de Montréal, ayant été approuvés par le Gouvernement, l'entreprise fut donnée à M. Cyrille Content, sous la surveillance de M. Aubertin pour la somme de $144,000, sans compter les extras. Dès le 20 août, les travaux commencèrent et furent poussés avec prudence et vigueur.
Ce fut le 27 novembre 1876 que les religieuses entrèrent dans leur nouveau monastère pour y commencer l'œuvre des prisonnières. La cérémonie fut présidée par Sa Grandeur Mgr E. C. Fabre (*), assisté des Révds MM. L. Sentenne, S S,, curé
* Sa Grandeur naquit le 28 février 1827, du mariage de Edouard Raymond Fabre, Ecr., et Délie Luce Perreault. Placé au collège de S.
de St. Jacques de Montréal, C. Martin, curé de la Longue- Pointe, Lavallée, curé de S. Vincent de Paul de Montréal et MM. Zotique Racicot et J. Charette, vicaires de cette importante paroisse. En cette -occasion la maison S. Joseph prit le nom d'Asile de Ste Darie.
Les pieuses directrices éprouvèrent une bien grande joie, lorsquelles reçiuent la bonne nouvelle que le Conseil des Ministres de la Province de Québec venait de sanctionner Tordre de transport des prisonnières catholiques dans leur maison.
Ce fut pendant l'après-midi du 7 novembre suivant, que ces malheureuses leur furent envoyées, au nombre de quatre-vingtcinq. Le même jour, M. L. J. Lauzon*, chapelain de l'Hospice, et
Hyacinthe, dès Tâge de neuf ans, le jeune Ed. C. Fabre, fit d'excellentes études. Sorti du collège, il fit un voyage en Europe, où il prit la soutane, à Chatenay (France), et entra au Séminaire d'Issy ; ce fut dans cette maison qu'il se rencontra avec plusieurs des hommes qui ont illustré Pépiscopat français.
De retour au Canada, il fut ordonné prêtre par Mgr Prince, le 23 février 1850, devint vicaire à Sorel et plus tard curé à la Pointe-Claire. En 1869, Mgr Fabre fit un second voyage en Europe, lors du Concile du Vatican. En 1873, M* ^^ chanoine Fabre fiit nommé évêque de Montréal et remplaça Mgr Ig. Bourget.
• M. Louis Joseph Lauzon naquit le 17 février 1843, ^ Terrebonne, du mariage de François Lauzon et d'Angélique Martin. Après un cours d'études complet et remarquable, M. Louis Joseph Lauzon fut ordonné prêtre à Montréal, le 26 mai 1866 ; devint vicaire dans sa paroisse natale, *puis professeur et économe du Collège Terrebonne. Après l'inoendie de cette excellente maison d'éducation^ il fut appelé à ven\r prendre la
42 ttlSTOIRË DE tk COMMUNAUTÉ
M. La vallée, curé delà paroisse de S. Vincent de Paul, de Montréal, se rendirent auprès d'elles pour les encourager à devenir respectueuses, obéissantes et bonnes chrétiennes. Peu de jours après, le Rév. P. Raynel, S. J., vint leur prêcher une retraite générale.
Quelques détails sur cet établissement intéresseront le public.
Sous la forme d'une croix, le corps principal de l'édifice mesure 206 x 55 pieds, et a quatre étages. Les ailes ont chacune 100 X 53 pieds, à trois étages avec mansardes.
C'est avec la politesse la plus exquise que l'étranger est admis à visiter l'intérieur de la prison des femmes, qui est sous la direction spirituelle du Rév. M. L. J. Lauzon, chapelain. Vingt-huit religieuses, plusieurs pénitentes et quatre hommes de garde composent le personnel et font le service de l'établissement. Au premier étage, qui donne sur la cour, sont les appartements suivants : la dépense, la cuisine, la boutique du menuisier et l'appareil de chauffage pour la buanderie et toute la maison, puis le réfectoire des prisonnières canadiennes qui mangent séparément des irlandaises. Les mets, qui sont des plus subsantiels, sont placés dans des assiettes, pots et terrines en métal. A l'étage suivant, plusieurs des condamnées s'occu-
direction spirituelle de T Asile Ste Darie. On ne pouvait faire un meilleur choix ; M . Lauzon, à des talents distingués et à une instruction de premier ordre, joint le zèle et le dévouement nécessaires pour remplir effi* cacement ses délicates fonctions.
pent à la fabrication des étoffes qui servent à la confection de leur costume ; tout vis à vis est le séchoir, et la chambre où Ton repasse le linge qui, aussitôt, est numéroté et disposé sur des tablettes. Au centre de la bâtisse où sont logées les prisonnières catholiques, existe une très jolie chapelle entoiuée d'un jubé, avec grillage à Tarrière du chœur ; c'est là que se placent les religieuses du monastère.
Pourvus du meilleur système de ventilation et de chauffage, les salles de couture, les dortoirs et Tinfîrmerie sont vastes, bien éclairés et aérés. La cour des récréations est entourée par un mur en pierre de douze à quinze pieds de hauteur. On ne peut se lasser, d'admirer la propreté, Tordre et la vigilance qui régnent dans cet établissement, et l'habileté avec laquelle les courageuses et intelligentes Sœurs domptent les caractères les plus rebelles.
Lors de notre visite à cet établisement en août 1879, Madame la directrice, Sœur Marie de Ste Hélène, dite Larivière, voulut bien nous faire connaître les détails qui suivent :
Décédées.
Entrées en Prisonnières Pénitentes. Pénitentes Prisonnières*
44 lasTôîM tm LA c^mmu^àutê
Décédées.
Entrées en Prisonnière** Pénitentes Pcnitentes Prisonnièreâ.
'Du icr Jan.
au ler Août 1879 397 4
FONDATIONS A UÉTEANGER.
Non contente de répandre ses bienfaits dans notre pays, la Maison du Bon-Pasteur de Moiltréal, fut autorisée dés 1846 à fonder plusieurs missions à Tétranger, Ne craignant pas plus les ardeurs du soleil de l'Amérique du Sud qu'elles n'avaient redouté les glaces et les froids de l'Amérique du Nord, les héroïques Sœurs n'hésitèrent pas à entreprendre les difficiles missions dont Mgr de Montréal, qui les connaissait, les avait chargées avec la plus grande confiance.
Le nombre des Religieuses parties pour des Missions étrangères depuis leur fondation se divise comme suit :
Pour Lcraisville (E. U.),.,., , En 1846 — i
*« «liladclphie (E. U.) ,w. " 1852—1
** Chicago « , " 1364 — a
Ewj BON-PAsraim. 46
Pour New-York (E. U.) .....En 1866 -^ 4
•< Cincinnati " - '* 1866 — 3
« La Nouvelle-Orléans (E. IT.) •.....• • ^ " 1867 — 5
*< Chicago (E. U.) .V >.....•* 1867 — 3
•* Angers (France). .*. .....^.. ...-». *..♦ • ^ 1868 — 1
<« Quito (Equateur) ...^ . *• 1871.— 6
*< Lima(Pérou) .....•.«* 187» — 7
<« Quito (Equateur) .....••....., .w. . " 1872 — 4
«•' Uma(Pérou) ...;..... ^ 1872 — 2
Voici les noms des Sœurs qui allèrent fonder la mission de Quito :
Aufidie Petit, dite Marie de S. Jean de la Croix, de Stc Anne de U Poca- • tière, âgée de 43 ans.
Eîiza Smith, dite Marie de Ste Dosithée, âgée de 3» ans. Marie A. Gladu, dite Marie de S. Arsène, de S. Hyacinthe, 19 ans. Julie Ouellet, dite Marie du Bon- Pasteur, 27 ans. Sophie Guilbeault, dite Marie de Ste Perpétue, de S. Henri de Mascouche,
25 ans.
Marie Durochcr, dite Marie de Ste Agathe, de S. Hyacinthe, 26 ans»
Le voyage dura trois mois, il fut long et pénible, les bonnes Sœurs eurent beaucoup à souffrir durant le trajet et éprouvèrent de grandes fatigues. Pour comble de malheur, plusieurs furent en arrivant atteintes des fièvres, et douze jours après son arrivée, la petite colonie avait la douleur de perdre sa Prieure, Marie de S. Jean de la Croix.
Les missionnaires de Lima furent :
Sœur Marie Malvina Larose, dite de Stc Domithilde,
" ** Clémentine DeGonzague, ** S. Raphaël,
** Lumina Gadbois, Vitaline Champoux, Sophie Gervais, «' Paméla Thibeault, " Aurelie Robidoux,
tt
et
s. Zotique, " s. Gabriel, ** s. Paul, *^ Ste Léocadie, " S. Alexis. ♦
Embarquées à New- York le 15 mai 187 1, elles arrivaient à Lima après une heureuse traversée, le ler septembre de cette même année.
A Lima et à Quito, comme dans toutes les principales villes du monde, il n'y a qu'une voix pour proclamer le bien fait par
les Sœurs du Bon-Pasteur, pour louer leur charité et leur dévouement inaltérables. Partout où elles vont, les bénédictions du Ciel les accompagnent.
VŒUX, RÉGIME, COSTUME, &c.
Outre les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, les religieuses du Bon-Pasteur en font un quatrième, qui est de travailler à la conversion et à Tinstruction des filles et des femmes pénitentes. Rien de plus solennel et de plus touchant que le cérémonial de leur profession. Après qu'elles ont prononcé leurs vœux perpétuels, Tofficiant leur adresse les remarquables paroles suivantes :
" Mes sœurs, maintenant vous êtes mortes au monde et à " vous-mêmes, pour ne plus vivre qu'en Dieu, dans la solitude " comme dans un tombeau." Aussitôt on déploie le drap mortuaire sur les nouvelles professes, qui demeurent prosternées pendant qu'on chante le Libéra et autres prières des morts.
I.es religieuses du Bon-Pasteur sont cloitrées, c'est-à-dire qu'elles ne sortent jamais du monastère, excepté que par une permission toute spéciale de l'évêque, elles vivent donc complètement séparées du monde, dans le silence, la prière, le jeûne, les privations et le travail. Debout à cinq heures, l'été, et à cinq heures et demie, l'hiver, elles consacrent trois ou quatre heures par jour à la prière, aux méditations, à divers exercices spirituels, et le reste du temps au travail.
L^ çoinmui^auté ne se compose que de personnes dont la vie a été irrépi'Qch^ble, et sç divise en Sœurs de Chœur et en goeurs Gonyçrse^ ou Domestiques, La Congrégation conserve
48 HISTOIBE DE LA COMMJJNATJTÉ
Tancicn costume du Monastère du Refuge. Les habits^des religieuses sont blancs, et sur le cœur d'argent qu'elles ont adopté est gravée une image du Bon-Pasteur.