‹ Histoire de la communeChapitre 112 sur 178 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Les troupes de Versailles ayant déjà à plusieurs reprises tenté d'enlever Bécon par surprise, et s'étant aperçues que la position était bien gardée, leurs chefs avaient décidé qu'une attaque sérieuse aurait lieu. Le général Ladmirault avait mis une brigade sous les armes. Le 17 avril au matin, tout le monde était prêt Le canon tonne, les mitrailleuses font entendre leur bruit sec, la fusillade crépite. Le colonel Davout, duc d'Auerstaed, commandant du 36« de ligne, s'élança à la tête de son régiment dans les rangs des fédérés qui après une courte résistance lâchèrent pied et battirent en retraite vers la Seine.

Les locomotives blindées ne leur furent d'aucune utilité. L'un de ces engins dérailla, ayant eu sa machine brisée, soit par un obus versaillais, soit parce que, ayant un chauffeur inexpérimenté, l'excès de vapeur l'aurait fait éclater.

Les fuyards s'engagèrent sur le pont du chemin de fer, dont le tablier n'avait pas encore été rétabli. Ils couraient sur les énormes traverses en fer, enjambant les vides à travers lesquels on apercevait le fleuve. Beaucoup perdirent l'équilibre et furent précipités dans la Seine, où ils se noyèrent.

Le chef de légion Landowski essaya de ramener ses hommes au combat; ne pouvant y parvenir, il fit couper le pont de bateaux et arrêta momentanément la retraite. Le général Dombrov^ski accourut sur le champ de bataille, mais il ne put que constater la défaite des siens. Tout retour offensif était impossible avec des troupes

démoralisées et fatiguées. L'armée de Versailles, satisfaite de son succès, s'installa solidement dans les positions conquises.

Paris ne sut rien oflSciellement de ce combat. Les journaux de la Commune parlèrent d'avantages brillants remportés sur les royalistes. On annonça la prise de deux drapeaux, vendéen et pontiûcal , mais on sut bientôt que ces étendards appartenaient l'un à M. Harney, correspondant du New -York- Herald ^ qui le plaçait sur son yacht, l'autre à l'église des Petits- Pères,

Du reste, la Commune sentait le terrain manquer sous ses pas. Si quelques naïfs avaient un instant cru à ses prétendues victoires, ils étaient revenus de leurs illusions. Le délégué à la guerre ménageait sa prose et le papier. Désormais les troupes de Versailles, maîtresses du pont et d'une partie du village d'Asnières, battaient avec leur artillerie de Bécon les positions que les fédérés occupaient à Sablonville et à Levallois-Perret. Les fameuses locomotives blindées sur lesquelles la Commune avait fondé tant d'espérance étaient devenues à peu près inutiles. Il n'y avait plus un seul garde national sur la rive de la Seine du côté d'Asnîères, ce qui n'empêcha pas Dombrov^ski de dater de cette localité tous ses télégrammes. Mais ces grossiers mensonges ne trompaient personne, sauf les imbéciles qui allaient se faire tuer pour la défense d'un principe qu'ils ne comprenaient pas, mais qu'on leur assurait être une panacée universelle.

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