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CHAPITRE XXI

Du côté de Neuilly l'armée et les fédérés élevaient des barricades, se retranchaient dans les maisons, au sud on ne restait pas inactif. Les Versaillaîs opéraient avec lenteur, s'établissant solidement dans les positions qu'ils avaient une fois prises; les gardes nationaux, au contraire, se contentaient de faire beaucoup de bruit. Chassés successivement de Clamart, de Châtillon, de Fontenay-aux-Roses, de Bourg-la-Reine, de Bagneux, ils s'étaient repliés dans les forts d'Issy, de Vanves, de Montrouge. Comme postes avancés ils avaient encore la gare de Clamart et le village des Moulineaux. .

Dominées par les hauteurs de Châtillon, de Clamart et de Meudon, ces positions ne pouvaient résister qu'un temps limité. Les trois forts avaient été abîmés pendant le siège par les Prussiens. Les Versaillais s'établissant dans les positions des Allemands devaient évidemment achever la destruction de ces citadelles, si les généraux de la Commune s'entêtaient à les garder. Avec les moyens dont dispose aujourd'hui l'artillerie, il était certain que les assiégeants ne tenteraient pas un assaut, qu'ils démoliraient à distance, rendraient les positions intenables et n'essayeraient d'y entrer que lorsqu'elles seraient totalement évacuées.

Eudes commandait les forts du sud. Militaire aussi inepte qu'homme de lettres incapable, sa manie consistait à faire canonner continuellement les plateaux qui ne répondaient pas. Tous les jours on lisait dans YOfficiel des dépêches dans le genre de celle-ci :

J'ai couvert Châtillon — ou Clamart — de mes feux. Royalistes en fuite. Tout va bien.

Les commandants particuliers des forts, aussi ignorants et non moins vaniteux que leur chef, tiraient toutes les nuits sur des ainemis imaginaires. Du centre de Paris on entendait le bruit de la fusillade , le crépitement des mitrailleuses et le retentissement sourd du canon. L'horizon était en flammes, de sanglants éclairs sillonnaient l'espace, et des boites à mitrailles éclataient en Tair, comme les fusées d'un feu d'artifice gigantesque.

On croyait à une lutte terrible, on regardait VOfficiel, et les dépêches des commandants annonçaient qu'ils avaient repoussé les Versaillais. On sut bientôt la vérité sur ces fameux combats. Jamais les troupes n'avaient tenté une attaque, c'était pour les tenir à distance que les fédérés tiraient avec une telle frénésie.

Aussi le délégué à la guerre, justement effrayé d'une pareille dépense de munitions, avertit-il les chefs des forts qu'ils n'eussent à l'avenir à tirer que quand ils seraient attaqués.

Il se fait depuis quelque temps, dit M. Cluseret, u::e consommation excessive de projectiles dans les forts; celui de Vanves en a consommé à lui seul 46,000. Outre l'inconvénient de brûler inutilement de la poudre, de dépenser en pure perte l'argent du peuple et de faire naître l'inquiétude dans les esprits, cette pratique prouve plus d'entraînement que de sang-froid.

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