CHAPITRE III
fatalement accélérer la catastrophe et rendre toute lutte impossible.
Le lieutenant de vaisseau Charles Lullier, qui s'occupait de conspirations quelque temps avant la chute dé TEmpire, raconte ainsi la prise de possession, dans la nuit du 18 au 19 mars, de FHôtel de ville et des ministères :
a Dans la journée du 48 mars, à peine de retour à Paris, dans cette ville dont m'avait éloigné une insigne fourberie, le Comité central de la garde nationale me fit rechercher partout et me remit, rue de Barroy, 44, tous ses pouvoirs pour lui assurer, le plus rapidement possible et par tous les moyens que je jugerais convenables, la possession de Paris. Toutefois les forces disponibles de la garde nationale étaient, par deux ordres que j'ai encore en main, placées sous mon commandement immédiat.
(T Parti avec douze gardes nationaux et trois ordonnances seulement du siège du Comité, je ralliai tous les bataillons épars sur ma route, et,- après avoir perdu deux de mes ordonnances tuées à mes côtés et avoir vu vingt fois ma vie menacée, je m'emparai successivement, dans la nuit du 48 au 4 9 mars, de l'Hôtel de ville, de la préfecture de police, de la place de Paris et des Tuileries, que je fis occuper aussitôt et où je laissai un commandant militaire.
« Nommé le lendemain, par le Comité, général de division et commandant en chef de la garde nationale de Paris, je fis occuper le jour même et les jours suivants les ministères et les portes de l'enceinte. L'Hôtel de ville, siège du nouveau gouvernement, fut, par mes soins personnels, transformé en camp retranché et abondamment pourvu d'artillerie
et de munitions ; ses trois souterrains furent occupés et ses abords gardés au loin.
« Les sept points stratégiques de la rive droite et les quatre points stratégiques de la rive gauche furent également mis à l'abri de toute surprise.
« Le service des subsistances, organisé par mes soins, mit, dès le 20 mars, 60,000 rations d'excellents vivres de campagne (pain, vin, conserves anglaises) à la disposition de la garde nationale et des troupes cantonnées dans les casernes ayant fait leur soumission au nouveau gouvernement. »
Dans ces différentes expéditions M. Lullier n'était évidemment que le bras chargé de Texécution, les vrais directeurs se tenaient cachés, organisant leurs forces et jetant partout le désarroi le plus complet.
Nous parcourûmes une partie du centre de Paris pendant cette nuit néfaste. A onze heures du soir, la rue Dauphine jusqu'à la rue Christine, le Pont-Neuf, le quai des Grands-Augustins, la place et le pont Saint-Michel, sur la rive gauche, étaient gardés par les fédérés, et I le public ne pouvait y circuler. Les environs de l'Hôtel j de ville, le pont d'Arcole, la rue de Rivolî, le pont au Change, l'avenue Victoria, la place du Châtelet, étaient également occupés. I
Beaucoup de gardes nationaux ne savaient pas de j quoi il s'agissait et s'imaginaient faire un service obligatoire.
Aussitôt installé à l'Hôtel de ville, le nouveau gouvernement crut devoir faire afficher des proclamations pour expliquer ses vues à la population parisienne. On