CHAPITRE XXV
habitants avaient dû abandonner leurs logements. Mais les fédérés moins timides et plus rapaces s'y étaient installés , et tous les jours on voyait des mobiliers splendides enlevés sur des voitures à bras, prendre le chemin de Belleville et de Ménilmontant. C'était un pillage en règle renouvelé du système prussien.
Les canonnières sur lesquelles on avait compté ne pouvaient plus manœuvrer. Les commandants versaillais ayant baissé le barrage de Suresne, le tirant d'eauétait devenu si faible que, malgré leurs petites proportions, ces navires n'étaient plus en état de marcher. Il fallut attendre les pluies qui ne tombèrent qu'au commencement de mai.
L'ex- amiral Durassier, arrêté pendant quelques jours, avait été nommé au commandement de Tartillerie à Levallois-Perret. Bergeret, arrêté également, reprit sa place à la commission militaire, et Assi, mis en état d'arrestation pour avoir vendu les secrets de la Commune, fut trouvé innocent, et rentra à l'Hôtel de ville.
Du côté de Vanves et d'Issy, l'armée continuait ses travaux de tranchées. Le fort était à peu près isolé, les balles des troupes arrivaient jusqu'à ses remparts ruinés, sa prise n'était plus qu'une question de jours. Ses bâtiments étaient démolis, ses casemates effondrées. La gare de Clamart, le village d'Issy allaient se trouver isolés, et ce n'était déjà plus qu'avec peine que le délégué à la guerre y faisait arriver des renforts. Eudes avait été destitué de son grade de commandant des
forts du Sud; cependant comme il tenait à ses galons, il accepta le titre d'inspecteur du matériel de ces positions.
Le comité central d'artillerie présenta sur cette arme un rapport à la commission executive. On s'apercevait que les artilleurs de 1871 ne pouvaient pas manœuvrer comme leurs prédécesseurs de 1793. En soixantedix-huit ans la science avait progressé. Malgré MM. Deïescluze et Pyat, il fallait renoncer à la tradition révolutionnaire et admettre que sous les gouvernements qui s'étaient succédé le progrès avait marché. Nous citons ce rapport plein de réticences, d'allusions, de phrases creuses :
Dans la grande révolution qui vient de s'accomplir, l'artillerie a joué un rôle que vous n'avez pas méconnu, quoique bien imparfaitement organisée encore. Elle a encore une bien belle mission à remplir, celle de sauvegarder l'œuvre de la révolution.
Gréé dans ce but et bien pénétré de l'importance de cette mission, le comité central d'artillerie, sans ressource aucune, grâce à son énergie et à ses aptitudes diverses, est arrivé à des résultats qui, vu le point de départ, sont immenses.
Par suite de la honteuse capitulation de Paris, de l'ineptie et de la trahison de l'Assemblée nationale, complétant l'infâme marché passé avec la Prusse, l'artillerie auxiliaire a été licenciée. Par suite encore de la défection à la cause démocratique par les chefs supérieurs de l'ancien légion de l'artillerie de la garde nationale, celle-ci est tombée dans une impuissance absolue et un désarroi complet.
Mais le peuple, toujours vigilant et jaloux de la souve-