CHAPITRE XXVII
nécessaires. Les plans des barricades en projet ou en cours d'exécution étaient donnés par le citoyen Ziégler, employé aux travaux des fortifications. Ces plans étaient aussitôt envoyés à Versailles.
On avait le mot d'ordre de l'Hôtel de ville par le commandant du 8« bataillon fédéré et son adjudantmajor. Quant au mot d'ordre spécial des Tuileries et du Louvre, un adjudant-major du palais le livrait.
M. Charpentier et ses amis se réunirent au passage des Princes, puis à la Taverne anglaise, place de TOpéra-Comique. Les réunions des derniers jours avaient lieu chez M. Desinge, rue du Faubourg-Saînt-Martin, no H7.
Le chef du 8« bataillon n'ayant plus donné le mot d'ordre de l'Hôtel de ville, ce fut le fourrier d'ordre de M. Galimard qui l'apporta jusqu'au dernier moment.
Le vendredi et le samedi, veille et avant-veille de l'entrée des troupes, on avait acheté chez différents armuriers ce qu'il leur restait de revolvers en magasin. Ces achats, faits par M. Morache, du U9<^, et M. Lantelme, du 90®, avaient été soldés par M. Colmain, officier payeur du 228«. On recommandait sans cesse au colonel Charpentier de se tenir prêt à agir lorsque les troupes entreraient dans Paris; on comptait sans la difficulté d'avertir un si grand nombre d'hommes, et sans la rapidité avec laquelle seraient construites les barricades.
Dans tous les cas, cette conspiration rendit de très-
grands services pour les renseignements qu'elle fournit au gouvernement, et par Tinquiétude qu'elle jeta parmi les fédérés, qui la devinaient, la sentaient, latente et invisible, étendre son réseau, pénétrer partout, menaçant de les prendre tous. La mort du commandant Durouchoux, la lutte que lui et ses amis soutinrent dans son quartier prouvèrent que Versailles avait à Paris des amis dévoués, braves et intelligents*.
A côté de la conspiration Charpentier, s'en était organisée une autre sous la direction du colonel de Beaufont et de M. Lasnier. Le colonel avait commandé ua fégiment de mobiles pendant le siège; puis, revenu à Paris, il s'était, après le 18 mars, mis "en rapport avec l'état-major du maréchal de Mac-Mahon.
M. Lasnier, négociant de la rue de Maubeuge, servait d'intermédiaire commercial et touchait, par l'entremise de M. Troncin du Mersan, l'argent que le gouvernement de Versailles mettait à sa disposition pour recruter des adhérents. Mais moins habiles que le colonel Charpentier, ou n'ayant pas eu la chance de mettre comme lui la main sur des hommes intelligents, MM. de Beaufont et Lasnier ne disposaient pas d'un assez grand nombre de gardes nationaux pour tenter un mouvement à Tintérieur.
Le colonel Charpentier, au moment d'entrer en relations avec eux, aûn de donner plus de force au coup de main qu'il préparait, apprit que M. Lasnier venait
i. M. Charpentier a été nommé depuis officier de la Légion d'honneur.