CHAPITRE XXVII
terdite; on ne pouvait lire que le Cri du Peuple, le Mot d^ordre, le Père Duchêne et autres feuilles de même nuance. On ne savait donc à Paris que peu de chose sur l'Assemblée et l'état des départements ; cette ignorance augmentait l'inquiétude de la population.
Quand la lutte fut engagée, le gouvernement de Versailles appela à lui les amis de Tordre qui étaient restés dans Paris. Le 2 avril, M. Corbin, chef d'étatmajor de la garde nationale, écrivit au colonel Charpentier, qui avait pendant le siège commandé le 25« régiment de marche, de réunir les forces éparses et de se mettre à leur tête lorsque le moment serait venu. Il était difficile à M. Corbin de faire un meilleur choix. M. Charpentier, qui avait été en Afrique et en Crimée, s'était fait remarquer comme professeur à l'Ecole de Saint-Cyr. Travailleur infatigable, il avait collaboré a la géographie de Théophile Lavallée et publié sous son nom un ouvrage remarquable : Études sur Farmèe française. Ses travaux historiques et ses services militaires lui avaient valu la croix de la Légion d'honneur. Il donna sa démission de professeur, se maria ; mais lorsque les Allemands investirent Paris,le 228* bataillon le plaça à sa tête. Plus tard, quand on forma' les régiments de marche, M. Charpentier, comme nous l'avons dit, fut nommé colonel du 25«, où il établit une discipline sévère. Il fut envoyé à Nogent-sur-Marne et assista ensuite à la bataille de Buzenval.
, Réorganiser rapidement les forces disséminées , enrôler environ 20,000 gardes nalionaiîx, fut l'affaire
de quelques jours. Sur ces 20,000 hommes, 6,000 étaient décidés à agir ; mais il fallait payer les autres et les empêcher d'entrer dans les rangs des fédérés. Un lieutenant de M. Charpentier, M. Geoffroy, avait enrôlé une compagnie de commissionnaires de place. Il fallait entretenir les relations avec Versailles ; M. Roulez, commandant d'état-major, fit trente-sept fois le voyage de Paris à cette ville, du 2 avril au 19 mai.
M. Durouchoux, chef du 17« bataillon S 7« arrondissement, allait à la Société générale, rue de Provence, chercher l'argent nécessaire pour payer les gardes nationaux de Tordre qui avaient besoin de secours.
Après M. Durouchoux qui commandait le 7® arrondissement, il y avait M. Demay, chef du 6*, et M. Galimard, du 11®. Les réunions des conjurés eurent lieu dans des endroits différents ; il fallait se méfler de la police de Rigault, et un papier signé de lui, trouvé sur le cadavre d'un insurgé, prouva que le procureur de la Commune se doutait de quelque chose, car il dit : Charpentier conspire, le faire arrêter.
Pour obtenir les passe-ports indispensables à ceux qui voulaient aller à Versailles, il fallait avoir quelqu'un à l'Hôtel de ville. Le colonel Domalain, qui conspirait avec M. Charpentier, fournit un de ses officiers de la légion bretonne, M. Truyen, qui accepta une place de secrétaire au palais municipal et fournit les laisser-passer
1. M. Durouchoux, blessé le lundi 22 mai, rue du Bac, mourut des suites de sa blessure. H fut décoré.