CHAPITRE XXVIII
voyer une sommation aussi insolente que votre lettre autographe d'hier, je ferai fusiller votre parlementaire, conformément aux usages de la guerre.
Votre dévoué camarade,
ROSSBL,
Délégué de la Commune de Paris.
Les fédérés qui se payaient de mots prirent ces insolences pour de Ténergie et crurent que Rossel allait forcer les troupes du gouvernement à opérer leur retraite.
La situation se tendant de plus en plus, les membres de la Commune prouvèrent une fois encore qu'ils ne savaient rien et n'étaient capables que d'imiter leurs prédécesseurs révolutionnaires. Le pharmacien Miot déposa, le 28 avril, sur le bureau du président, cette proposition :
Vu la gravité des circonstances et la nécessité de prendre promptement les mesures les plus radicales, les plus énergiques,
La Commune
DÉCRÈTE
Art. 1*'. Un comité de salut public sera immédiatement organisé.
Art. 2. Il sera composé de cinq membres nommés par la Commune, au scrutin individuel.
Art. 3. Les pouvoirs les plus étendus sur toutes les commissions sont donnés à ce comité, qui ne sera responsable
qu'à la Commune.
J. Miot.
Après trois jours de discussion, cette proposition étrange était adoptée ; le comité fut voté par 34 voix contre 28. Les premiers individus qui en firent partie, Ant. Arnaud, Léo Meillet, Ranvier, Félix Pj^at et C. Gérardin, entrèrent aussitôt en fonctions. Il n'y eut qu'un rouage de plus à une machine déjà fort compliquée; aussi ne fonctionna-t-elle pas mieux.
Une minorité assez considérable des membres de la Commune protesta contre la création du Comité de salut public.
Les troupes fédérées avaient en Rossel une certaine confiance. Cluseret leur déplaisait, parce qu'il les passait en revue et faisait ses tournées d'inspection en paletot et coiffé d'un chapeau de soie. Ce sans-gêne froissait les gardes nationaux. Ils s'imaginèrent qu'un commandant couvert de galons serait plus brave, les conduirait mieux. Rossel leur plut.
Cependant, dès le début de son ministère, l'armée enlevait la ferme de Bonnamy, en avant de Châtillon, s'emparait des carrières, des tranchées et du parc d'issy, position qui la rapprochait du fort.
Voulant- qu'on s'occupât de lui, le nouveau délégué écrivit au directeur du Times :
Sir,
Il court dans les journaux une certaine calomnie, qui ne m'aurait nullement inquiété si votre honorable feuille n'en avait endossé la responsabilité.
On assure que j'ai demandé un grade à M. Thiers, qui