L. ROSSEL
Délégué de la Commune à la guerre.
Cette lettre porte la date du k mai. Le 5, il s'adressait aux habitants des communes rurales exposées aux feux de Tartillerie de la Commune ;
Citoyens, *
J'ai reçu, depuis que je suis à la délégation de la guerre, plusieurs avis m'informant que des obus avaient frappé des personnes inoffensives dans vos villages.
En attendant que la guerre prenne un terme, je ferai tou- . jours mon possible pour empêcher toute souffrance inutile.
Mais, pour que je puisse arrêter le feu des batteries dirigé sur tel ou tel point par les commandants particuliers, il faudrait que je pusse être informé en temps utile et d'une manière certaine que l'ennemi n'occupe pas les points indiqués. Il faudrait, en revanche, que j'eusse les informations ; contraires, lorsqu'il les occupe.
Les communes ou hameaux qui pourront m'offrir de sem-
blables garanties seraient assurés contre ces regrettables et inutiles cruautés. |
Vous voyez que ce que je demande ce n'est pas la simple neutralité, mais une sorte d'alliance.
Salut et fraternité.
C'était une prime offerte à la trahison et à l'espionnage. Du reste, les habitants des villages suburbains n'aimaient pas les communeux qui les pillaient et brûlaient leurs maisons. Dombrowski avait écrit au maire de Neuilly :
Citoyen,
Veuillez avoir l'obligeance d'annoncer aux habitants de votre commune d'évacuer Neuiily dans les vingt-quatre heures.
Veuillez en même temps les prévenir que, faute par eux de se conformer à cette prescription, je ine verrai forcé d'employer les moyens de rigueur.
Le général en chef, Dombrowski.
Ce Polonais exposait ainsi de sang-froid toute une population composée en partie de femmes et d'enfants à une mort à peu près certaine en la forçant de quitter les caves où elle s'était réfugiée. Les troupes de Versailles, n'étant pas prévenues, ne pouvaient suspendre leur tir, et les fédérés, moins scrupuleux, tiraient à toute volée sur les maisons et les habitants.
Rossel fit, comme son prédécesseur, beaucoup de j phrases, se donna, en apparence du moins, énorme- '
CHAPJTRR XXVIII. 'iil
ment de peine; mais il trouva la division partout et chacun voulant agir à sa guise. Il destitua le colonel Wetzel, qui commandait à Issy, parce que cet officier prenait ses ordres et envoyait ses rapports à THôtel de ville, oubliant que son chef était le ministre de la guerre. 11 tenta aussi de rétablir l'harmonie entre le Comité central et lui. L'administration fut donnée au Comité; la direction des mouvements militaires était dévolue à Rossel que le Comité de salut public invitait à faire, dans le plus bref délai, la répartition des commandements militaires.
Landowski, ce chef de légion qui avait à Asnières, le 17 avril, fait détacher le pont de bateaux et empêché la retraite d'une partie de ses troupes, fut nommé commissaire de police de la navigation. Cette récompense lui était due pour avoir fait tuer et noyer quelques centaines de fédérés.
Le général Dombrowski dirigeait les opérations sur la rive droite et avait son quartier à la place Vendôme ; Bergeret commandait la 1" brigade de réserve et résidait au Corps législatif; Eudes commandait la 2** brigade de réserve et s'établissait à la Légion d'honneur ; La Cécilia, général commandant le centre, demeurait à rÉcole-Militaire. Le danger s' accroissant, ces messieurs se tenaient autant que possible à distance respectueuse des projectiles. Le capitaine Dumont du 101® bataillon, — homme froidement énergique, disait Rossel, — prenait le commandement du fort d'Issy. Ce Dumont devait, peu de jours après, donner l'exemple de la fuite aux
hommes placés sous ses ordres. Le fort était abandonné; le délégué à la guerre annonça le fait qui était prévu depuis longtemps, puisqu'une partie des canons avaient été placés en batterie derrière la forteresse, tout près des fortifications. Rossel écrivit à la Commune une longue lettre où il récapitulait ses griefs et faisait ressortir la nullité des vaniteux bavards des comités. Delescluze fut nommé à sa place.
L'ex-délégué avait demandé une cellule à Mazas; on s'empressa de lui accorder cette faveur et il fut arrêté. Le 12 mai, le Comité de salut public, s'adressant au peuple de Paris , disait :
Citoyens,
La Commune de Paris vient d'échapper à un péril mortel.
La trahison s'était glissée dans nos rangs.
Désespérant de vaincre Paris par les armes, la réaction avait tenté de désorganiser ses forces par la corruption. ..
L'abandon du fort d'Issy, annoncé dans une affiche impie par le misérable qui Ta livré, n'était que le premier acte du drame; une insurrection monarchique à l'intérieur, coïncidant avec la livraison d'une de nos portes, devait le suivre et nous plonger au fond de l'abîme...
Pendant qu'on rédigeait de longues phrases, le citoyen Gérardin, membre de la Commune, qui s'était chargé de la garde de Rossel, s'échappait avec son prisonnier.
Les troupes n'étaient plus, le 16 mai, qu'à quelques centaines de mètres des remparts. Le fort réarmé croisa