‹ Histoire de la communeChapitre 162 sur 178 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

et d'une saleté repoussante gardaient les portes et recevaient l'argent. Ils n'avaient pas l'air de se douter que la fin de leur règne était proche, ou, si quelquesuns le savaient, ils songeaient sans doute aux bâtiments qui seraient les premiers livrés aux flammes. Le pétrole était prêt, les fils destinés à mettre le feu aux barils de poudre étaient posés. Les hommes de l'Hôlel de ville avaient organisé dans l'ombre la destruction de Paris.

Après une série de combats, dont les iH*emiers, livrés le 3 avril, avaient eu pour résultat de refouler, dans la banlieue l'armée fédérée marchant sur Versailles, les troupes de l'Assemblée s'étaient successivement emparées de toutes les positions des insurgés.

La destruction du fort de Montrouge, l'occupation de ceux de Vanves, d'issy et des villages de mômes noms, avaient eu pour résultat d'amener l'armée régulière jusqu'au glacis des fortifications. Les fédérés tenaient bien encore de ce côté le hameau connu sous le nom de Petit-Vanves ou Malakofî, mais, craignant d'être tournés,ilsrévacuèrent le21mai, à neuf heuresdu matin.

Naturellement les journaux de la Commune ne parlèrent point de ces pertes. On se contenta de fermer les portes au sud de Paris, d'armer les bastions et les barricades intérieures. Sur l'ordre du ministre de la guerre, on arrêta tous les hommes au-dessous de quarante ans qui se trouvaient sur l'avenue d'Orléans à Montrouge. C'était un des derniers exploits de la Commune aux abois. Elle ne voulait rien avoir à se

reprocher; quoique se sentant perdue, elle devait faire tuer le plus d'hommes possible pour sa cause.

Ainsi le 21 mai, les fédérés n'avaient plus un pouce de terrain au-delà des fortiûcations depuis Montrouge jusqu'à la porte Maillot. Les bastions du Poini-du-Jour à Neuilly ne pouvaient plus tirer ; la batterie de Montretout, les prenant en enfilade, tuait les artilleurs, démontait les pièces, et ses projectiles énormes détruisaient le rempart.

Les fédérés se massaient dans Passy et Auteuil, s'attendant à un assaut devenu imminent. Leurs généraux continuaient cependant d'envoyer des bulletins de victoires.

« Versaillais repoussés avec pertes énormes. Un homme blessé de notre côté. Tout va bien, » L'honnête Delescluze faisait imprimer ces fameux bulletins, leur donnant la garantie de sa signature. Mais personne ne croyait plus à la parole du délégué civil à la guerre. Ses officiers se moquaient de lui et disaient tout haut que, comme hâbleur, il était de première force.

Si, à l'extérieur, c'est-à-dire aux fortifications, les affaires de la Commune prenaient une mauvaise toiu*nure, on se vengeait à l'intérieur en envahissant des églises, fouillant des tombeaux et enlevant les objets destinés au culte. Après les églises, les athées de l'Hôtel de ville voulaient saisir tous les magasins renfermant des étoles, des chapes, des ostensoirs, des calices, des burettes, des encensoirs. Ce qu'ils considéraient comme

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