CHAPITRE XXXI
choses superstitieuses devait disparaître et ne plus offusquer le regard des citoyens.
Derrière ces persécutions idiotes, le véritable but qu'on poursuivait, c'était d'avoir de l'argent. On spoliait les temples sous le prétexte que contenant et contenu appartenaient à la Commune. On voulait dépouiller les fabricants ou les marchants d'objets religieux. En échange de ce qu'on leur eût pris, ils auraient reçu ces fameux bons que prodiguaient les délégués à la guerre et aux finances ou leurs représentants.
Plus on approchait du dénoûment , plus la terreur cherchait à s'organiser. Mais personne ne croyait à ces menaces d'ambitieux féroces.
Le soir du 21, vers cinq heures, les habitants de la , rue Saint-Charles à Grenelle furent surpris de voir des soldats appartenant à l'armée régulière s'avancer du côté du viaduc du chemin de fer de ceinture. Aussitôt les gardes nationaux se sauvèrent, changèrent de vêtements pour ne pas être reconnusses femmes sortirent des caves où elles se tenaient cachées et reçurent les soldats comme des sauveurs. En effet, ne venaient-ils point les délivrer des fédérés qui attiraient depuis si longtemps les obus sur leurs maisons !
Les oflSciers de l'armée régulière ne croyaient point entrer sitôt dans Paris. Ce fut M. Ducatel , piqueur des ponts et chaussées, qui monta sur les fortifications au milieu d'une grêle de balles et avertit les chefs versaillais que les fédérés s'étaient repliés derrière les bar-
ricades. Aussitôt les marins franchirent le fossé , les soldats les suivirent. Des ponts improvisés, dont les piles étaient des soldats debout, et le tablier une planche ou un madrier, joignaient le glacis à la crête du mur. Un à un, marins et lignards franchirent comme de véritables équîlibristes ces passerelles branlantes. La présence d'esprit de M. Ducatel * sauvait Paris d'une destruction absolue.
En apprenant que l'armée avait franchi le rempart et s'avançait vers le faubourg Saint-Germain, Delescluze quitta le ministère de la guerre ; ses collègues installés dans les hôtels ministériels de la rive gauche suivirent son exemple.
Razoua, commandant de l'École militaire, abandonna cette position à huit heures du soir; la prison du Cherche-Midi fut évacuée ainsi que l'arsenal de Saint-Tho-, mas-d'Aquin. N'ayant pas le temps nécessaire, pour emmener les prisonniers de la garde nationale, on les mit tout simplement en liberté.
Sur la rive droite les troupes ne restaient pas inactives. Elles occupaient presque sans lutte le Point-du- Jour, Auteuil, Passy, les Ternes, une partie des Batignolles, l'Arc de Triomphe, le parc de Monceaux.
Quoique prévue et attendue avec crainte par les chefs fédérés, avec espoir d'une délivrance prochaine par les victimes de l'odieux despotisme de la Commune, l'entrée des troupes fut si brusque que les établissements
1. Ce courageux citoyen fut décoré, et le Figaro organisa en sa faveur une souscription qui produisit une somme importante.