CHAPITRE XXXI
Si le Journal officiel était muet sur les événements de la nuit, les autres feuilles dévouées à la Commune niaient hardiment le fait. Le Cri du peuple affirme, d'après Delescluze, que la ligne des remparts appartient aux fédérés. Le Paris libre, lé Vengeur, ne sont pas moins affîrmatifs. Pierre Denis, dans le Cri du peuple, aniaonce, dans un long article, la défaite des troupes de l'Assemblée. On ne parle que de victoires remportées par les généraux de THôtel de ville. Le Père Duchêne fait une grande motion aux citoyens Ferré et Rigault ; il se plaint qu'ils ne vont pas assez vite en besogne. Le môme jour, Humbert, un des rédacteurs propriétaires de cette feuille, se trouvait sur la place de la Bourse avec deux mille francs dans sa poche, cherchant un moyen de quitter Paris. Son collaborateur, Vermesch, avait déjà disparu.
Le mardi, à quatre heures, les buttes Montmartre étaient prises; le mercredi, les troupes occupaient le faubourg Saint-Germain, et les habitants coupèrent aussitôt les fils télégraphiques qui communiquaient aux barils de poudre placés dans les égouts.
La lutte fut terrible au carrefour de la Croix-Rouge, rue Taranne et place Saint-Germain-des-Prés. Les jeudi et vendredi, les fédérés, toujours refoulés, abandonnaient les 14% 13® et 12* arrondissements. Delescluze, tué sur la barricade du Château-d'Ëau, fut remplacé à la délégation de la guerre par Du Bisson, qui ne fut ministre que quelques heures; Parent lui succéda. Ce Parent voulut incendier le quartier de la Bourse. Varlin le
relieur fut le dernier ministre de la guerre de la (Commune.
Les débris du triste gouvernement de l'Hôtel de ville fuyaient devant Tarmée, assassinant, volant, mettant partout le feu. De la mairie du 11* arrondissement, ils se transportèrent à Belleville, à Thôtel de la municipalité, puis rue du Uaxo, dans lés bâtiments occupés pendant le siège par Tétat-major du secteur, à dix pas de la porte de Romainville.
Quarante otages environ , sergents de ville et gendarmes, furent massacrés dans cette rue. Les exécuteurs étaient en partie des femmes ivres qui déchargeaient leurs fusils sur les victimes, leur brisaient la tête à coups de crosse, les piétinaient lorsqu'elles étaient tombées *.
Ce fut à peu près au môme moment que Passedouet ', délégué de la Commune au 9« arrondissement, vint avertir Parent, délégué à la guerre, qu'il disposait de douze bataillons, mais que les hommes et les officiers | exigeaient de l'argent pour marcher. Parent donna \ 12,000 francs au maire, qui les empocha, partit et ne j reparut plus. '
Enfin, le samedi, les troupes ayant franchi le canal, j à la Viilette, pris les Buttes-Chaumont, le secteur fut j abandonné. Parent, Du Bisson, J.-B. Clément, Varlio I
1. Les cadavres précipités dans des caves furent retrouvés après rentrée des troupes.
2. Passedouet fut un des plus féroces représentants de la Coni" mune.