‹ Histoire de la communeChapitre 171 sur 178 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

et une trentaine de leurs complices franchirent la porte de Romainville et gagnèrent les avant-postes allemands, où ils furent reçus comme des amis.

Beaucoup de gardes fédérés avaient voulu suivre leurs chefs, mais les Prussiens les refoulèrent aux Lilasi où ils furent pris.

Pendant toute la journée du samedi, une foule de chefs fédérés s'étaient rendus aux Prés-Saint-Gervais, au milieu des Allemands. Ce qui empêcha tout le monde de suivre cet exemple, ce fut le mouvement de l'armée qui refoulait vers le centre de Paris les forces insurrectionnelles. Enfin le dimanche 28, à deux heures, les derniers défenseurs de la Commune étaient pris dans la rue d'Angoulême-du-Temple.

Mais le long du canal, aux Buttes-Chaumont, sur les hauteurs de Belleville, au Père-Lachaise, la lutte avait été terrible, et il avait fallu la valeur des troupes pour surmonter tous ces obstacles. De ces endroits élevés, les fédérés tiraient sur Paris, choisissant pour objectif les édifices incendiés. Ils supposaient avec raison qu'on cherchait à éteindre le feu, et ils lançaient leurs obus dans les flammes. Par un bonheur providentiel, personne ne fut atteint, et le général Eudes, qui donnait ces ordres féroces, en fut pour une tentative criminelle de plus. On a retrouvé sur un cadavre d'insurgé un écrit de cet assassin disant de tirer dans tous les sens sur Paris. Le quartier de la Légion d'honneur n'était plus qu'un monceau de ruines, les palais et les maisons particulières brûlaient, les Tuileries, le Louvre étaient en

flammes, et, sans l'arrivée du général Douay, la plus riche collection artistique du monde disparaissait. L'Hôtel de ville, le Palais de justice, le grenier d'abondance, les entrepôts de la VilletteS les Gobelins* et une foule de maisons formaient dés foyers gigantesques d'où les flammes s'élançaient en tourbillonnant et rougissaient le ciel.

Ce fut le samedi, à huit heures du soir, que le général Vinoy entra dans le Père-Lachaîse, dont les défenseurs étaient ivres ou sauvés. Pour les récompenser de la justesse de leur tir sur Montmartre, le délégué à la guerre Parent leur avait fait remettre une somme de 250 francs. Ils profitèrent de cette aubaine pour abandonner leurs pièces, coururent chez les marchands de vin et s'enivrèrent. Le plus grand nombre ne retourna pas à son poste ; le reste, épuisé de fatigue et de boisson, n'ayant plus conscience du danger, s'étendit sur le gazon, sous les ifs, au pied des tombes, où il fut pris et fusillé.

Le 18, la Fédération artistique avait donné une représentation au Théâtre-Lyrique. Après les frais soldés, il restait une somme de 1,200 francs^ que M. Monpiôt refusa de donner aux agents de l'Hôtel de ville. Le 23,

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