CHAPITRE XXXI
rangèrent dans la galerie qui œnduit au chemin de ronde du nord, et, peu d'instants après, un brigadier de surveillants alla ouvrir la cellule de l'archevêque et rappela à voix basse. Le prélat répondit : Présent!
u Puis il passa à la cellule de M. le président Bonjean ; puis ce fut le tour du R. P. Allard, du P. Du Goudray, supérieur de l'école Sainte-Geneviève, et du P. Clerc, de la Compagnie de Jésus ; enfin le dernier appelé fut M. l'abbé Deguerry, le curé de l'église de la Madeleine. Â peine leur nom éiait-il prononcé, que chacun des prisonniers était amené dans la galerie et descendait dans l'escalier conduisant au chemin de ronde ; sur les deux côtés, autant qu'il me fut permis de le juger, se tenaient les gardes fédérés, insultant les prisonniers et leur lançant des épithètes que je ne puis reproduire.
« Mes infortunés compagnons furent ainsi accompagnés par les huées de ces misérables jusqu'à la cour qui précède l'infirmerie ; là il y avait un peloton d'exécution. Monseigneur Darboy s'avança, et, s'adressant à ses assassins, il prononça quelques paroles de pardon ; deux de ces hommes s'approchèrent du prélat, et, devant leurs camarades, s'agenouillèrent et implorèrent son pardon ; les autres fédérés se précipitèrent vers eux et les repoussèrent en les insultant ; puis, se retournant vers les prisonniers, ils leur adressèrent de nouvelles injures. Le commandant du détachement en fut outré : il fallait donc que ce fût bien exagéré. 11 imposa silence à ces hommes, et après avoir lancé un épouvantable j uron :
<( Vous êtes ici, dit-il, pour fusiller ces gens-là et non pas « pour les eng... » Les fédérés se turent, et sur le commandement de leur lieutenant ils chargèrent leurs armes.
« Le P. Allard fut placé contre le mur et fut le premier frappé; puis monseigneur Darboy tomba à son tour. Les six prisonniers furent ainsi fusillés, et montrèrent tous le plus grand calme et le plus grand courage. M. Deguerry seul eut un moment de faiblesse, passager, il est vrai, ei qu'il fallait attribuer à son état de santé plutôt qu'à la frayeur.
« Après cette tragique exécution, faite sans qu'il fût rédigé de procès-verbal, et en présence seulement de quelques bandits, les corps des malheureuses victimes furent placés tout habillés dans une voiture de la Compagnie de Lyon, réquisitionnée à cet effet, et conduits au Père-Lachaise, où ils furent déposés dans la dernière tranchée de la fosse commune, à côté les uns des autres, sans même qu'on prît soin de les couvrir de terre. »
11 y eut beaucoup d'autres victimes de la Commune, gendarmes, sergents de ville, soldats et citoyens.
Le commandant Cerisier, l'incendiaire des Gobelins, avait, le jeudi, fait assassiner sur l'avenue d'Italie, neuf Pères dominicains d'Arcueil. Boudin, avant de mettre le feu aux Tuileries, avait entraîné dans la cour du palais plusieurs otages qu'il fit tuer. Parmi ces malheureux se trouvait M. Koch, pharmacien de la rue de Richelieu.
Le chef fédéré Rousset, qui commandait la caserne