CHAPITRE XXXI
le bataillon se trouvait réuni à la mairie du Temple, n'ayant que trente hommes armés. On entendait retentir la fusillade, le commandant s'opposa avec ses hommes à l'entrée des bonbonnes de pétrole et des poudres dans la cour. Quelques gardes du 145«, qui se trouvaient là, voyant ce qui se passait, crièrent à la trahison, se formèrent en tribunal et, après une délibération fort courte, condamnèrent à mort M. Monplot et ses artistes. Ceux-ci, plus nombreux que leurs adversaires, s'étaient emparés des fusils en faisceaux, ils chassèrent les fédérés de la mairie, et eux-mêmes, sur l'ordre de leur chef, se dispersèrent.
L'armée put entrer dans l'hôtel de la municipalité du 3* arrondissement, et le quartier échappa à l'incendie grâce à la présence d'esprit de M. Monplot, qui, outre la mairie du 3^, avait également placé ses hommes au palais des Archives, à l'école Turgot, et empêché la destruction de ces deux monuments.
Le 23, Chaudey avait été fusillé à Sainte-Pélagie, où Raoul Rigault s'était présenté à onze heures du soir et avait fait descendre Chaudey, auquel, sans autre préparation, il avait dit :
— Je vous annonce que vous êtes arrivé à votre dernière heure.
— Comment! vous voulez donc m'assassiner? répondit Chaudey.
— On va vous fusiller, répliqua l'autre, et tout de suite.
Mais les gardes nationaux du poste, qu'il requit
d'abord, se refusèrent à cette odieuse besogne, et il alla lui-môme hors de la prison chercher des bourreaux plus dociles. Il les trouva.
Le prisonnier fut amené devant eux.
Raoul Rîgault, tirant son épée pour donner le signal, les fusils partirent, et Ghaudey tomba.
Les balles avaient porté trop haut. Ghaudey n'était que blessé.
Un sergent l'acheva en lui déchargeant dans roreille deux coups de revolver *.
D'autres otages furent également exécutés. M. Evrard, qui échappa aux balles de la Gommuné et fut témoin oculaire de ces crimes, les raconte ainsi :
« Monseigneur Darboy occupait, à la Roquette, la cellule n<> 21 de la k* division, et je me trouvais à quelque distance de lui, dans la cellule n<> 26. La cellule occupée par le respectable prélat était autrefois le cabinet d'un surveillant. Ses compagnons de captivité étaient parvenus à lui procurer une table et une chaise. La cellule était elle-même plus vaste que les autres.
«Le mercredi 2l\ mai, à sept heures et demie du soir, le directeur de la prison, un certain Lefrançais, homonyme du membre de la Gommune, et ayant séjourne six années au bagne, monta dans la prison à la tête de cinquante fédérés, parmi lesquels se trouvait un pompier, et occupa la galerie dans laquelle étaient enfermés les prisonniers principaux. Ges fédérés se
i. Nous empruntons ces détails au Siècle, dont M. Ghaudey était le collaborateur.