‹ Histoire de la communeChapitre 178 sur 178 · CHAPITRE XXXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIL

députés et les ministres qui arrivaient et allaient prendre place aux tribunes.

Le ciel était pur, Teau brillante, à peu de distance on entendait un bouillonnement : c'était la Seine qui fuyait à travers le barrage de Suresnes.

A deiJx heures précises, M. Thiers, se rappelant que l'exactitude est la politesse des rois, arrivait. Les pièces d'artillerie placées sur le bord de l'eau tonnaient; le maréchal de Mac-Mahon, suivi de son étatmajor, passait devant la tribune occupée par le chef du pouvoir exécutif et son ministère. Les deux autres pavillons, à droite et à gauche, étaient surmontés de nombreux drapeaux tricolores. On se montrait, au milieu des députés, les envoyés de l'empereur de Chine. M. le général Valentin, délégué à la préfecture de police, — comme le citoyen Rigault, — se montrait trèsempressé près de ces mandarins et faisait avec eux assaut de politesses. Un de ces habitants de l'empire du Milieu fut un instant perdu dans la foule. Les vêtements de soie, et surtout un gigantesque chapeau ressemblant à une ombrelle, le firent retrouver. Un monsieur ayant à la boutonnière un nœud tricolore le conduisit aux banquettes réservées. Aussitôt toutes les lorgnettes de se braquer sur cet être exotique, on oublia un instant le déûlé.

L'amiral Pothuau, ministre de la marine, était derrière le chef du pouvoir exécutif. On remarqua que les marins manquaient à la revue. Lorsque tout fut terminé, que le public eut repris le chemin de Paris,

on entendit bien des cris de : « Vive la France I » mais un seul de : « Vive la République! »

Les députés paraissaient enchantés. M. Bethmont disait que la journée lui donnait la plus entière confiance dans l'avenir du pays.

Les beaux jours du bois de Boulogne semblaient être revenus. Les allées étaient remplies de voitures et de promeneurs : les cascades lançaient leurs gerbes d'eau. Mais, en approchant des fortifications, on apercevait des souvenirs de la guerre : les arbres abattus; des gabions couvrant le sol, et au-dessus du grand lac on voyait les ruines d'une batterie.

Les belles grilles de la porte de l'Impératrice n'étaient pas encore remises en place, et l'avenue avait ses contre- allées détruites. Les soldats campaient sur le gazon ; les barrières en bois avaient été brûlées. Mais sur la chaussée on voyait antant d'équipages que lorsqu'elle était le rendez-vous du beau monde de l'Empire.

Cette revue, qui terminait si dignement la grande et douloureuse campagne de Paris, offrit un spectacle plein d'une dignité rare. Le public savait que quelques mois auparavant l'empereur d'Allemagne avait assisté au même endroit à un défilé de ses troupes, et ce souvenir lui brisait le cœur autant q^ie celui de l'épouvantable guerre civile terminée le 28 mai 1871.

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