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CHAPITRE XXXII

Après avoir la veille demandé deux milliards à l'emprunt qui nous en avait ofiFert cinq, nous montrions le lendemain à l'Europe une armée de cent mille hommes, pleine de vaillance, admirablement commandée, et qui venait de sauver la civilisation. La France, déshabituée du bonheur depuis les désastres accumulés sur elle par les fautes de l'Empire, commençait à se reconnaître et à se sentir.

Après ces détails officiels, nous résumerons nos impressions personnelles.

La gare Saint-Lazare, les bureaux d'omnibus étaient envahis par un public nombreux et empressé.

A partir de midi, la station des bateaux-omnibus, au quai des Tuileries, était encombrée. La foule, arrêtée sur le ponton, suivait le bas port, décrivait une courbe, s'étageait sur Tescalier et se terminait tout près du pont Royal.

On voulait voir la revue tant de fois remise, qui allait enfin avoir lieu par un temps admirable. Plusieurs bateaux faisaient le service des Tuileries à Longchamps. Les départs se succédaient à des intervalles très-rapprochés, la foule ne paraissait pas diminuer.

Le pyroscapbe descendait rapidement la Seine sans s'arrêter à aucune station. Au pont de Grenelle, on voyait sortir de Teau la cheminée d'une chaloupe canonnière. Au viaduc d'Auteuil paraissaient les ravages de la guerre civile. Des parties entières des balustrades brisées par les obus; les bastions du Point- du -Jour démolis; c'est à peine si Ton distinguait la place des embrasures. A Tîle Saint-Germain, les bâtiments des entre-

pots encore troués. Sur la rive gauche de la Seine émergeant, au milieu des masses de verdure, des maisons dt^truites, et, couronnant le plateau, les ruines de ce qui fut le fort d'Issy.

Le parc du château de l'Épine abattu, ainsi l'avait voulu le génie militaire. Mais la nature, plus forte que rhomme, reprenait en partie ses droits. Des touffe? de verdure couvraient la terre; encore quelques années, et ces brindilles seront des taillis épais.

De longues crevasses livides sillonnant le terrain en pente rappelaient les tranchées du siège. Creusées pour défendre aux Prussiens les approches de Paris, elles avaient servi aux fédérés et ensuite aux troupes du gouvernement lorsqu'elles eurent forcé les gardes nationaux à reculer.

Les villages d'Issy et des Moulineaux semblaient en ruine. Cependant les blessures se cicatrisaient, de larges taches blanches indiquaient la place où avaient frappé les obus.

Plus loin, Brimborion, écrêté pour l'établissement d'une redoute; puis les ruines de Saint-Cloud.

Sur la rivé droite, la foule qui sortant de Paris à pied formait une immense procession dont la tête était au champ de courses.

Les bateaux s'arrêtaient en face de Longchamps. Des gardes du bois de Boulogne, armés de chassepots faisaient le service. Les curieux munis de cartes entraient dans l'enceinte ; les moins favorisés se promenaient, s'asseyaient sur l'herbe et regardant les

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