CHAPITRE V. S
le râle des mourants, les protestations des citoyens courageux qui avaient gardé leur sang-froid, et par-dessus tout le murmure immense qui s'échappait de la foule et montait vers le ciel.
Après avoir laissé le public approcher, sans sommations, sans avertissement, on avait tiré froidement sur des hommes inoffensifs. Les fédérés tiraient si précipitamment qu'ils tuèrent quelques-uns des leurs; naturellement ils accusèrent la manifestation. Maljournal, lieutenant d'état-major de la place et membre du Comité central, reçut une balle à la cuisse. VOfficiel raconta le lendemain que c'était une balle de revolver, mais ce fait fut aussitôt démenti * par le docteur Guyot, médecin de l'hôpital Saint-Antoine, qui écrivit au Temps que le projectile sortait d'un chassepot. M. H. de Pêne fut blessé très-gravement au bas-ventie, M. Gaston Jollivet eut le bras cassé par une balle.
La place fut bientôt évacuée. Partout on voyait des chapeaux, des képis joncher le sol. Des cadavres étaient étendus dans des mares de sang, et les fédérés, fiers de leur victoire, riaient de la terreur que ce crime allait jeter dans Paris. Cependant YOfJkiel déclara qu'on avait fait une enquête et qu'il était prouvé que les premiers coups de feu étaient partis des rangs de la manifestation. Ce mensonge ne trouva aucune créance, le Comité en fut pour plusieurs crimes de plus.
l. Il a été démenti également par le père de M. IfaljournaV qui a écrit aux journaux une lettre à ce sujet.
L'amiral Saisset, nommé la veille par le gouvernement général de la garde nationale, se trouvait parmi les manifestants. Les fédérés qui tirèrent sur la foule appartenaient aux 80% 122% 176« et 215® bataillons.
En même temps que l'amiral Saisset, le colonel Langlois avait été nommé colonel d'état-major, et le colonel Schœlcher, commandant de rarlillerie de la garde nationale. Ces choix prouvaient de la part du gouvernement l'intention louable d'arriver à une entente dont le Comité ne voulait pas entendre parler. L'état-major de l'amiral fut installé provisoirement place de la Bourse. Il fit afficher une proclamation dont nous donnons la dernière phrase :
Groupez-vous autour de moi; accordez-moi votre confiauce, et la République est sauvée.
Ma devise reste celle des marins : honiNeur et patrie.
Lé Comité r.ommait, le 24, le général Bergeret commandant en chef de la garde nationale, et Lebeau, directeur de XOfficieL En même temps, pour contrebalancer l'influence que pourrait avoir la proclamation de M. Saisset, il en fait afficher une qui récapitule ses demandes : suppression de l'armée, droit accordé à la garde nationale de nommer tous ses chefs sans exception, abolition de la préfecture de police. Cet étrange factum était signé des membres du Comité.
Les nommés Eudes, Brunel et Duvalsont créés généaux et remplacent Bergeret, qui ne jouit qu'un jour de