‹ Histoire de la communeChapitre 25 sur 178 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

MASSACRES DE LA PLACE VENDOIfF.

L'assassinat des généraux Clément Thomas etLecomte devait avoir un pendant. Le 22 mars, .une manifestation en faveur de Tordre eut lieu. Dans beaucoup de quartiers le clairon sonna le rappel, les gardes nationaux sans armes et la plupart non costumés se dirigèrent vers la place Vendôme. Ils avaient commencé à se réunir le matin. Vers dix heures, quelques groupes se mirent en route. Mais chaque groupe faisait boule de neige, les simples curieux s'y mêlaient, et ce torrent humain marchait au même but, poussait le même cri, était animé des mêmes pensées.

Les fédérés qui gardaient l'Hôtel de ville regardaient tout ce monde descendre la rue de Rivoli, marchant du côté des Tuileries. Sur la rive gauche, le pont Neuf, le pont des Arts, le pont des Saints-Pères, étaient couverts des masses épaisses des manifestants. Il en descendait

de Montmartre et des hauteurs du quartier de Notre- Dame-de-Lorette.

Cette protestation pacifique au lendemain de la vie- < toire ne laif sa pas d'inquiéter le Comité. Ses agents lui rendaient un compte fidèle de ce qui se passait. Les fameux deux cent quinze bataillons fédérés étaient noyés dans cette multitude immense, et, chose grave, la France entière allait avoir la preuve matérielle que ces bataillons ne représentaient que l'infime minorité de la garde nationale parisienne. C'était la perte du prestige de la Commune. 11 fallait saisir un prétexte pour arrêter la manifestation et l'empêcher de se développer.

Plus on approchait de la place Vendôme, plus les groupes devenaient compactes. Les boulevards, les rues de la Paix, Neuve-Saint-Augustin, Neuve-des-Capucines, de Rivoli , étaient encombrés. Les consommateurs quittaient les cafés, les boutiquiers leurs magasins et suivaient la foule.

On ne voyait pas une arme.Chacun criait ;Vive Tordre ! Aucune menace n'était proférée. Sur la place Vendôme on apercevait les officiers de la Commune à cheval au^ milieu de leurs soldats. Ces derniers paraissaient trèssurexcilés. Mais la manifestation était calme et digne-, son attitude n'était nullement provoquante, elle défilait tranquillement, lorsque des fusils se baissant un mouvement de recul eut lieu dans les premiers rangs de la foule. Des détonations retentirent; ce fut un sauvequi-peut général. Mais les fédérés continuaient de tirer. Chaque balle portait; on entendait les cris des blessés.

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