CHAPITRE XIV
se prendre au sérieux. On se rappelait le discours adressé aux Romains par Memmius, pendant la guerre de Jugurtha :
(( ... Mais que sont-ils donc, ces oppresseurs de la République? Des scélérats couverts de sang, d'une cupidité insatiable et qui font trophée de leurs crimes; probité, honneur, devoir, ce que l'honnêteté avoue, ce qu'elle rejette, tout est pour eux trafic. Ils se font un rempart, ceux-ci, de l'assassinat de vos tribuns, ceuxlà, des tortures auxquelles ils vous ont injustement soumis... »
Memmius terminait ainsi son discours :
«... Vis-à-vis de votre ennemi le plus implacable, on a trahi l'autorité du sénat, trahi votre souveraineté. La République, au dedans et au dehors, a été vendue. Si l'on ne procède point à une enquête, si justice n'est pas faite des coupables, il ne nous reste plus qu'à vivre sous la dépendance de l'arbitraire, car enfin faire impunément ce que l'on veut, c'est agir en roi.
« Est-ce à dire pour cela, Romains, que vous deviez être plus désireux de condamner vos concitoyens que de les absoudre? Non. Mais gardez-vous, en amnistiant les pervers, de compromettre tous les honnêtes gens. D'ailleurs, en politique, il vaut mieux se montrer indifférent pour le bien que pour le mal.
« L'honnête* homme méconnu se refroidira peut-être, tandis que le méchant n'en devient que plus dangereux. Au surplus, en empêchant le mal, on se dispense de lui résister. »
Ces passages n*ont-ils pas un certain rapport avec le temps où régnait la Commune? Les Delescluze, les Rigault et leur bande ont des ancêtres dans les gredins de tous les pays qui préparent la guerre civile, compromettent l'existence de leur patrie pour satisfaire une ambition, une rage de jouissances poussées jus^ qu'à la folie.
M. Rochefort, dans le Mot (Tordre, avait parlé du trésor de Notre-Dame ; les autres journaux de la Commune ne laissèrent pas passer une si belle occasion d'exciter au pillage de la cathédrale; ils dirent même que des armes y étaient cachées.
Ce fut donc sous ce prétexte qu'un ordre de perquisition fut donné, et que des gardes nationaux se rendirent au temple. Le sacristain raconte comment opérèrent les fédérés :
« Dans les perquisitions faites le vendredi saint à Notre-Dame, comme armes, on n'a pas trouvé le plus chétif canif; comme munitions, pas une amorce de fusil, et comme pillage du trésor, après un minutieux inventaire, les mandataires avaient commencé à faire charger une voiture de ce que Notre-Dame possède comme trésor, ornements, etc.; mais par l'initiative prise auprès du Comité central par le capitaine qui commandait le piquet des gardes nationaux, dont je regrette de ne pouvoir vous dire le nom, car on ne saurait trop répéter le nom des hommes de cœur, un membre du Comité, le citoyen Lavalette, je crois, est venu faire remettre tous les objets en place, et, après