CHAPITRE H
tresse des canons. Des piquets des 45«, /|6* et 137* de ligne gardaient les boulevards extérieurs et les voies qui conduisent aux buttes. On descendit les pièces, mais il paraît que les chevaux destinés à les emmener arrivèrent près de deux heures en retard. Le Comité en profita pour mettre en campagne ses affidés, qui se répandirent dans les groupes, s'approchèrent des soldats, les firent boire, en un mot les mirent dans Timpossibilité de recevoir les ordres de leurs officiers.
Devant cette foule en partie hostile et agissante, en partie indifférente et inerte, les troupes ne savaient trop quelle contenance garder. On criait : Vive la ligne! ne tirez pas sur vos frères ! Les femmes surtout se montraient les plus animées, et dans tout le cours de ce récit on les verra toujours au premier rang pour commettre les crimes les plus odieux. Les canons furent repris et remontes sur les buttes.
A neuf heures, un mouvement se fait dans la foule ; on a tiré sur la troupe, des officiers et des gendarmes sont tués ou blessés. Le général Lecomte ordonne aux soldais de marcher, mais il est trop tard. Les régiments de ligne éparpillés ne purent se réunir, les hommes étaient gris, la plupart levaient la crosse en l'air; ils appartenaient aux 46** et 88«. La cavalerie, l'artillerie et les gendarmes, ne se sentant plus en force, durent se replier. Le Comité était le maître.
M. Thiers et les ministres avaient fait afficher le matin une proclamation. Ils demandaient le concours de la garde nationale de Vordre. Ce concours leur
manqua, c'était tout naturel. La garde nationale n'a jamais réprimé aucune insurrection. Toujours mal commandée, elle est impuissante pour rétablir Tordre, et en revanche elle laisse s'accomplir les choses les plus monstrueuses par des minorités infimes. On disait bien que la loi sur les échéances avait été la cause de son inertie. Le Comité a beaucoup parlé de cette loi malheureuse qui exposait le petit commerce parisien à une faillite générale; mais ce prétexte était faux» Dans tous les cas, lorsque la situation est aussi tendue qu'en France avant le 18 mars, le gouvernement n'a pas le droit de commettre des fautes qui sont alors des crimes. Cette loi avait excité une réprobation générale. M. Dufaure devait ou la modifier ou donner sa démission; il s'entêta, ses adversaires exploitèrent admirablement sa maladresse.
La crise du 18 mars fut considérée par beaucoup de commerçants comme une cause qui amènerait un changement dans la loi; les désastres qu'ils redoutaient se trouvaient au moins retardés.
Du côté de Montrouge, de Belleville, de Ménilmontant, la troupe fraternisait avec les émeutiers, c'està-dire qu'elle acceptait à boire et laissait prendre ses armes.
Au milieu de cette cohue, le général Lecomte avait été enlevé de son cheval et conduit au Château-Rouge, où siégeait le Comité. Le général Clément Thomas, qui se trouvait dans la foule, fut reconnu, arrêté et emmené avec son collègue. Un jugement des plus sommaires les