‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 19 sur 107 · LES DÉLÉGATIONS A UHOTEL-DE-VILLE · texte numérisé non relu

LES DÉLÉGATIONS A UHOTEL-DE-VILLE

La foule était assez grande sur la place, mais elle semblait plutôt un rassemblement de badauds qu'une troupe prête à se battre. Les bataillons attendus ne venaient pas. L'Alliance, par son manifeste cité plus haut, avait répandu les idées de conciliation. Elle envisageait une entente probable avec le gouvernement. Tout appel à la force était par elle écarté. Elle le montra bien, quand, au lieu de convoquer, comme ses membres l'avaient annoncé, des bataillons en armes, qui eussent enveloppé l'Hôtel-de- Ville, prêts à donner l'assaut et à installer un nouveau gouvernement, elle se contenta d'envojer une délégation sans armes, et borna son action à la remise d'un placet par un orateur amène. Rien de plus pacifique, ce jour-là, que l'attitude et l'intervention de l'Alliance.

La délégation avait pour porte-paroles Tony Révillon. Avec sa haute taille, sa face léonine et souriante, sa physionomie sympathique et intelligente, qu'un encadrement de longs cheveux, à la mode romantique, dépouillait de tout aspect martial, malgré la moustache gauloise ombrageant la lèvre épaisse et sensuelle, Tony Révillon, journaliste populaire très apprécié, vulgarisateur des faits et gestes de la première République, orateur chaleureux, applaudi dans les clubs, mais qui n'avait de révolutionnaire que l'organe, n'était nullement l'homme qui convenait pour intimider un personnage aussi têtu, aussi féru de son autorité, si désireux de maintenir l'ordre, que l'adjoint Ghaudey, auquel il eut affaire. La délégation avait demandé à s'en-

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tretenLr avec le maire de l'aris, Jules Ferry. Celui-ci étant absent, ce fut Ghaudey, pour soa malheur, qui le remplaça.

Tony RéviUon, avec sa douceur habituelle, exposa, non sans fermeté cependant, les revendications des délégués et les propositions de l'Alliance. Elles consisUient, principalement, à repousser toute idée de capitulation, à subordonner le gouvernement militaireau pouvoir civil, et à convoquer immédiatement les électeurs pour la nomination de la Commune. Mais il ne parla pas du recours à la force, si CCS propositions étaient refusées ou éludées, ce qui était probable. Il s'efforça de persuader, quand il aurait fallu menacer. Il est vrai qu'il ne se sentait pas soutenu, et qu il ne disposait que de la force morale de l'Ailiance, ce qui ne valait pas une dizaine de bataillons déterminés, pour obtenir une réponse favorable de Chaudey, ou du moins pour ôter à ce maître intérimaire de l'Hôtel-de-ViUe la tentation de faire usage de la force.

Chaudey répondit avec hauteur. Ce personnage, de valeur médiocre et d'importance secondaire, a dû sa notoriété à sa fin tragique.

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