‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 21 sur 107 · I.E DIX-HUIT MARS · texte numérisé non relu

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moyenne, et aussi ses préjugés et ses antipathies. Cet avocat'rassis, représentant le type légendaire du bourgeois, se trouva, par l'absence regrettable de Jules Ferry dans la journée du 22 janvier, disposer d'une autorité dont il ne sut pas user avec assez de présence d'esprit pour conjurer le désordre, en évitant l'ettusion du sang. Ces natures d'aspect placide sont susceptibles d'emballement, et le dicton sur les moutons cnra?és fut souvent vérifié dans les discordes civiles. L'attitude qu'il prit, en présence des délégués qu'on lui envova à plusieurs reprises, a pu rendre vraisemblable l'imputation d'avoir fait tirer, qu'il paya de

EUGÈNE RAZOUA

Chaudey, à l'exposé des griefs et des vœux de T Alliance Républicaine, que formulait avec bonhomie Tony Rev.llou, assurément persuadé que tout allait s'arranger, répondit que le gouvernement était en communion d'idées avec rVllianceRépublicainepourécartertoutepenséedecapitulation et pour essaver de maintenir le calme dans Pans, mais qu'il était absolument opposé à l'élection d'une Commune. Il déclara qu'il opposerait la force à toute tentative de violence, qu'il était seulà l'Hôtel-de-ViUe, qu'il avait la responsabilité de l'ordre, et qu'il réprimerait èncrg.quement tout mouvement contre le siège de la municipalité. Il ajouta, a dit Louise Michel, cette menace imprudente: « Si l'on en vient à recourir aux armes, les plus forts lusiUeront les autres 1 » (Louise Michel, la Commune. P.-V. Stock, éd., 1808, p. 101.) ^, , fi,

A l'appui de ses paroles comminatoires, Chaudey ht accompagner Tony RéviUon et les autres membres de la délégation, de façon à leur faire voir les préparatifs de

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défense à l'intérieur, les mitrailleuses commandant les escaliers, les mobiles bretons aux fenêtres, prêts à faire feu au commandement, qu'il se déclarait résolu à donner si on l'attaquait.

Deux autres délégations, l'une du XV» arrondissement (Grenelle), conduite par Léo Meillet, l'autre composée de différents groupes de la rive gauche, furent également reçues et éconduites par Chaudey. Les divers délégués, de retour sur la place de l'Hôtel-de-Ville, ayant fait connaître l'insuccès de leur démarche, furent conspués. L'un de ces délégués était Razoua, ex-commandant du 61» bataillon de Montmartre. Razoua avait été cassé de son grade à la suite du 3i octobre, mais son procès était pendant. A Buzenval, il avait suivi son bataillon, conservant ses galons, mais portant le fusil, pour faire le coup de feu, comme un simple garde. Au 22 janvier, il exerçait le commandement de fait. Se.s hommes l'avaient, en partie, suivi ; des gardes isolés des autres bataillons de Montmartre s'étaient joints à lui.

Eugène Razoua était un ancien soldat d'Afrique, très brave, homme d'action, nullement politicien. Avec sa barbiche en fer à cheval,son visage sec et anguleux, son allure martiale et son franc-parler, il avait acquis une certaine popularité. 11 avait publié des Souvenirs d'un chasseur d'Afrique, et Delescluze l'avait accepté au Réoeil, où il rédigeait à la bonne franquette des « entrefilets » sur les choses militaires. Il ne craignait point ce qu'il appelait « un coup de chien » ; il était même venu au rendez-vous, donné à la Reine Blanche, dans l'intention de parlementer le moins possible, et, au premier mot de Delescluze, d'enfoncer à coups decrosses les portes de l'Hôtel-de-Ville. Il ne dissimulait pas son désir, mais il craignait d'entraîner les hommes qui l'avaient suivi dans une embuscade. Intro-

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duit auprès de Chaudey, il avait pu se rendre compte de l'inutilité de démarches conciliatrices, et en même temps de l'impossibilité, avec le peu de monde dont il disposait, de pénétrer de vive force dans l'Hôlel-de-Ville, pour y installer un nouveau gouvernement. Il alla retrouver Delo>scluze et les autres chefs réunis chez Lelebvre-Roncier. 11 leur fit part de ses hésitations, leur rendit compte de l état de défense où il avait trouvé l'Hôtel-deVille, et les avertit qu'il avait jugé prudent défaire éloigner les gardes nationaux de Montmartre, vu leur petit nombre. Us eussent ete exposés à une fusillade meurtrière, partie des soupiraux et des fenêtres de rHôtel-de-Ville, que les bretons garnissaient. 11 avaitdonc rangé ses gardes nationaux, en bon ordre, près du square de la Tour-Saint-Jacques, le long de la grille, avec la consigne d'attendre les événements.

Eugène Razoua,élu député par la Seine aux élections tlu 8 février, donna sa démission. Il fut commandant de 1 bcole militaire, pendant la Commune. Il s'était réfugie a Genève, où il est mort en 1878.

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