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LE DECHET DE BORDEAUX

Une des clauses de la convention portait qu'une convocation des électeurs aurait lieu immédiatement, en vue de nommer une assemblée nationale. Un dccretdu 29 janvier, signé des memlires de la Défense, convoquait les électeurs à Veffet d'élire l'Assemblée Nationale, pour le dimanche 5 février, dans le département de la Seine, et pour le mercredi 8 février, dans les autres départements.

Un conflit s'éleva entre le gouvernement de Bordeaux et celui de Paris à l'occasion de la convocation. Dans le but, louable en soi mais contraire au.x principes du sulïrage universel, d'exclure de l'assemblée future nombre d'ennemis avérés de la République, tous partisans déclarés d'une paix honteuse, la Délégation de Bordeaux fit suivre le décret de convocation d'un autre décret, établissant des cas

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d'inéligibilité. Les anciens ministres, conseillers d'Etat et préfets de l'Empire, ainsi que les députés ou candidats au Corps lég-islatif, ayant accepté la candidature officielle sous Napoléon III, se trouvaient frappés d'inélig-ibililé.

Ce décret déconcerta Bismarck ;ilcfl'raya Jules Favre et ses collèg'ues. Son effet assurerait une majorité dans l'Assemblée, sinon pour la continuation de la guerre, du moins pour le maintien de la République. Les membres de la Défense prirent aussitôt leurs mesures, et un second décret contraire fut rédigé, que promulgua Jules Simon. Celui-ci s'était rendu aussitôt à Bordeaux. Il s'appuyait sur l'autorité de Bismarck. Le chancelier allemand avait protesté « contre des élections faites, disait-il, sous un régime d'oppression arbitraire. Ces élections ne pourraient conférer les droits que la convention de l'armistice reconnaissait aux députés librement élus ».

Les élections allaient donc se faire dans le sens que prévoyait, que voulait Bismarck. Jules Simon se faisait 1 humble serviteur du vainqueur. Comme Gambetta était l'homme que Bismarck et son impérial maître détestaient le plus, Jules Simon, pour mieux faire sa cour, qualifia publiquement le grand patriote de « fou furieux », et parla de le mettre en arrestation.

Gambetta riposta par une proclamation, dans laquelle il disait que m le décret d'exclusion du 3i janvier avait déjoué les espérances de la Prusse. L'insolente prétention du ministre prussien d'intervenir dans la constitution d'une assemblée française était la justification la plus éclatante (les mesures prises par le gouvernement «. Il maintenait donc le décret, en contestant les pouvoirs de Jules Simon, en ce qui concernait le règlement du cas particulier des incompatibilités.

Bismarck vint au secours de ses alliés nouveaux. Dans

LE DIX-HUIT MARS

sa protestation, adressée à Jules Favre, il insinuait que, doutant de la liberté des électeurs, il demandait s'il ne serait pas plus juste de convoquer le Corps léçislalif de l'empire, qui, selon lui, « représentait une autorité élue légalement par la voix du suffra^jce universel ».

En rappelant les hommes impopulaires, oubliés, évanouis, qui, non seulement avaient contre eux le vote de la g'ucrre, et surtout l'incurie et la sottise avec lesquelles ils avaient voté cette guerre terrible, sans l'avoir préparée, sans avoir contrôlé l'état des arsenaux, sans avoir vérifié les affirmations de Lebœuf et des ministres, mais qui, par leur retour même, faisant présager le rétablissement de l'empire, provoqueraient une effroyable guerre civile, Bismarck était sûr d'avoir la majorité qu'il souhaitait. Jules Favre eut la pudeur de refuser, et, en assurant à Bismarck la sincérité des élections, il rapporta le décret de Gambetta.

Il faut reconnaître qu'il était difficile de le maintenir, étant données l'acceptation de l'armistice dans toutes ses clauses, et la convocation d'une Assemblée Nationale, qui en était le résultat et la condition. Bismarck ne ménageait pas la menace : « Nous ne saurions reconnaître aux personnes élues sous le régime de la circulaire de Bordeaux, disaitil, les privilèges assurés par la convention d'armistice aux députés de l'assemblée. »

Le décret fut donc rapporté, et les élections eurent lieu comme le voulait Bismarck, alors véritable maître de la France.

Si la province, en grande majorité, .se montrait satisfaite de la cessation des hostilités, et se préparait à voter pour des députés chargés de traiter, de maintenir provisoirement le statu quo républicain, et de renvoyer les Prussiens chez eux, Paris conservait dans sa population, mobile et

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ardente, une anùre et confuse pensée de revanche spéciale, personnelle, pour ainsi dire locale et séparatiste.

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