‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 32 sur 107 · LES ELECTIONS · texte numérisé non relu

LES ELECTIONS

La capitulation de Paris avait abattu tout le monde, mais n'avait surpris personne.

Pourquoi la reddition de celte ville populeuse, célèbre entre toutes, la première de France sans doute, mais non l'unique et dernier boulevard de la défense, entraînait-elle la capitulation de toute la Patrie? Pourquoi si Paris, ce qui était exact, ne pouvait plus tenir, renonçait-on à se défendre, à l'abri de ces lignes presque inforçables de l'Auvergne, des Cévennes, de la Bretagne, de la Vendée ? Les envahisseurs ne pouvaient espérer occuper toute l'immense surface du pays. Les jeunes armées de plus en plus aguerries, des levées nouvelles, car la France était loin d'avoir épuisé son réservoir d'hommes, un surcroît d'énergie se produisant dans les départements, eussent prolongé la lutte jusqu'au printemps et usé la victoire prussienne. Un pays n'est conquérable, et vraiment vaincu, que lorsqu'il se lasse de la bataille et qu'il soupire après le repos. Cet abattement était malheureusement général, et la France semblait fatiguée à la suite d'un effort qu'elle n'avait fait qu'à demi. La

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province parut accepter facilement que la capitulation de Paris fût celle de toute la France.

Il faut affirmer, en principe, que la chute de Paris ne devait pas entraîner la fin de la guerre, et que les patriotes enflammés qui réclamaient la .lutte jusqu'au bout étaient logiques; mais ilconvient aussi de reconnaître que la France était à bout de vigueur, morale et physique, et que les défenses désespérées, à la russe et à l'espagnole, ne correspondaient ni à nos mœurs, ni à nos tempéraments, ni surtout à nos intérêts.

On ne peut qu'applaudir au langage véhément de Gambetta, télégraphiant de Bordeaux aux préfets, le 3i janvier, à 1 1 heures et demie du soir :

... Paris inexpugnable, vaincu par la famine, n'a pu tenir en respect plus loniçtemps les hordes allemandes... toutefois Paris, en succombant, nous laisse le prix de ses sacrifices héroïques. Pendant cinq mois de privations et de souffrances, il a donné à la France le temps de se reconnaître, de faire appel à ses enfants, de trouver des armées et des armes, de formerdes armées jeunes encore, mais vaillantes et résolues, auxquelles il n"a manqué jusqu'à présent que la solidité, qu'on n'acquiert qu'à la longue.

Grâce à Paris, si nous sommes des patriotes, nous tenons en main tout ce qu'il faut pour nous venger et nous affranchir, mais comme si la mauvaise fortune tenait à nous accabler, quelque chose de plus douloureux que la chute de Paris nous attendait. On a signé, à notre insu, sans nous avertir,sans nous consulter, un armistice, dont nous n'avons connu que tardivement la coupable légèreté, qui livre aux troupes prussiennes des départements occupés par nos soldats, et qui nous impose l'obligation do rester trois semaines au repos, pour réunir, dans les tristes circonstances où se trouve le pays, une Assemblée Nationale...

Gambetta protestait d'avance contre l'élection « d'une chambre réactionnaire et lâche que rôve l'étranger ». II appelait, de ses vœux, une assemblée voulant la paix, si ta

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paix assurait l'honneur, le ranj^, l'inlégrité du pays, mais « capable aussi de vouloir la guerre, plutôt que d'aider à l'assassinat de la P'rance ».

Ces nobles pensées de résistance jusqu'à la mort, de « î^uerre à outrance », comme on désignait avec un ironique dédain, avec crainte aussi, la passion de ceux qui se refusaient à admettre la mutilation de la France, étaient partagées par des groupes aclii's, par des individualités militantes.

Le Comité de la Défen.se, de la Gironde, prenait, le 3 1 janvier, la résolution suivante :

Convaincu qu'il est du devoir du gouvernement de presser tous les préparatifs pour faire une guerre à outrance, à moins que la France n'obtienne des condilions de paix honorables, le comité adjure la délégation de rester à son poste, et il lui ofire de nouveau le concours le plus actif et le plus dévoué.

A Toulouse, dans une réunion nombreuse, la déchéance du gouvernement de la Défense fut acclamée. Un ordre du jour fut voté réclamant la constitution d'un comité de salut publicavec Gambetta à sa tète, pour « rejeter l'armistice, continuer la g-uerre et assurer le régime républicain ».

Les préfets desBouches-du-Rlione etdesBasses-Pvrénées lancèrent des proclamations, dans le sens de la résisUnce à outrance.

Lvon affirma catégoriquement sa volonté de continuer la guerre, plutôt que de consentir au démembrement delà France. Dans cette ville, raisonnable et raisonneuse, on peut s'étonner de rencontrer des manifestations aussi hardies, émanant non de groupes révolutionnaires, mais du Conseil Municipal même, dont le président était l'ancien, « Cinq », M. Hénon.

Avant môme de savoir la nouvelle de la reddition de

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Paris, le conseil municipal de Lyon délibérait : « Considérant que la guerre à outrance était la seule voie de salut, la commune de Lyon cesserait d'appuyer le g'ouvernement, le jour où il consentirait le démembrement de la France. »

Le conseil municipal lyonnais affirmait en outre que : (£ Lyon devait être le centre de la résistance )>, et il engageait le gouvernement à venir s'y établir. Cette dernière considération, la possibilité de devenir capitale intérimaire, ont dû peser d'un certain poids dans la délibération lyonnaise.

Mais, dans son ensemble, la France abattue, devenue passive, soupirant après le répit, ne protesta que du fond du cœur contre cet armistice, qui faisait prévoir la paix définitive et à bref délai. Elle allait, par son vote, témoigner de son indiiïérence relative pour le régime politique, et de son désir passionné du retour à la vie normale et pacifiée.

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