VA TTA QUE EST DECIDEE
Pourquoi Thiers brusqua-t-il le mouvement ? Il pouvait temporiser encore, comme il aurait pu ordonner plus tôt une a taque décisive. Il n'avait pas voulu, sans être présent ommencer l'exécution de son plan. U lui avait paru TcLaire, tandis qu'il éUiit à Bordeaux, de prépai.r operation de permettre l'incubation de la résistance. De là les ent" ves des jours précédents. Elles avaient averti, comme le voulait, les gardes nationaux. Il ne désirait pas que les canons fussent enlevés par surprise et trop facilement, lis i^ ne convenait pas non plus de propager trop longtemps l'expectative. Il avait peloté en attendant partie, Tp ésentS fallait jouer. Retarder l'opération defin.Uv r'était risquer de la rendre inutile. La lassitude des gar dien d s arcs éult visible, déjà notoire. L'opinion sou- Situn Sénouement pacifique, attendait une transaction, u" accord était dans l'air.et soit que les gardes nationaux
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A deux heures du ">»""' ^"""Vles Ba 'uoîles.tout était tranquille. ^:;^î:îult'^f^!^:HSl'^^Cèt\"î-.redoruiait.
lIISTOinE DE LA COMMUNE DE 1 87 1
par abandon, lui fissent trop aisée la tâche de sauveur de l'ordre, soit qu'une proposition de céder les canons à l'artillerie, ou de les répartir entre chaque bataillon, comme l 'avait indiqué le colonel Lang-lois, fût, aux yeux de tous, trop avantageuse et trop loyale pour pouvoir être refusée, s'il tardait encore, il manquait l'occasion cherchée d'un coup de force. Le combat, et en même temps la répression, lui échapperaient. Il était encore à même d'entamer une lutte le samedi i8, mais, le dimanche 19, il serait peut-être trop tard.
Le second motif qui fit choisir cette date, ce fut la réunion prochaine de l'Assemblée. Elle venait siéger à Versailles le lundi 20 mars. C'étaient deux jours pleins devant soi. Ce délai était suffisant pour agir et vaincre. La résistance, .sur Isquelle Thiers comptait, ne pouvait se prolon-^er plus de trois jours. C'est la durée normale des insurrections parisiennes. Le dimanche verrait sans doute le fort de la lutte, et le lundi matin, les rebelles seraient écrasés, les barricades prises ; alors l'armée, maîtresse de toutes les positions, ne rencontrerait plus devant elle que des fuvards et des prisonniers. Ce serait l'œuvre de la police de continuer la victoire. Quant à lui, avec une modestie triomphale, dès l'ouverture de la séance, il monterait à la tribune et apprendrait à l'Assemblée le commencement et la fin de l'émeute : Paris soumis, et plus de canons braqués sur la ville ! Non seulement les factieux allaient être immédiatement désarmés et châtiés, mais même les bataillons restés fidèles remettraient leurs fusils, ceux-là volontairement.
Le rôle de la garde nationale serait donc fini. L'Assemblée, avec plus de sécurité qu'au temps où Changarnier s'eft'orçait de la rassurer, pourrait délibérer en paix. Il n'aurait pluslui,Thiers,qu'à recueillir les applaudissements et les félicitations de la représentation nationale, heureuse
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d'être délivrée, et toute à la discrétion de son libérateur. Le pays joindrait ses acclamations.
Enàn une rousidération financifcre pressante le poussait à hâter au moment où rAssemblée reprenait ses séances, la fin du malaise et de l'indécision, dont, à cause de ces canons, les banquiers arguaient pour ajourner le. combinaisons permettant de faire l'emprunt et de payer les Prus-
siens.
Beaucoup de personnes, déposa Thiers, s'occupant de 1. question Hnancièrc, disaient qu'il fallait songer a W" 1« Prussiens Les gens daffaircs allaient répétant partout : vous ne ferez jamais d'opérations financières, si vous n'en finissez pas avec ous ces scélérats, si vous ne leur enlevez pas ^^^.^ f .'^--•, » ff" en finir, et alors, on pourra traiter d'affaires L idée qu il allaU enlever les canons était en effet dominante, et d était difficile d y résister.
(Enquête parUmintairc. - Dcposilion de M. Thiers, t. II, p. .1.)
On lui ordonnait d'en finir ! Injonction terrible de la réaction elTravée, à toutes les époques de lutte contre les forces populaires. Le plus tôt qu'il en finirait serait donc le plus avantageux, pour aborder la question de 1 emprunt, pour les ressources à trouver afin de payer et de renvoyer les Prussiens.il comptait saisir l'Assemblée, dès sa réunion à Versailles, des moyens financiers qu'il avait en vue. II était donc nécessaire d'agir immédiatement.
Il n'avait pu engager plus tôt l'action qu'il méditait, parce que d'abord il voulait être là pour tout décider, pour donner des ordres aux généraux, pour faire de son cabinet un quartier général, d'où il dirigerait les opérations, la stratégie étant sa marotte. Eu art militaire il s'estimait seul compétent, n'était-il pas l'historien des batailles de Napoléon ? Avant raconté les campagnes de l'empereur, il
finissait par croire qu'il les avait faites. II n'aurait pu commeacer plus vite sa campagne de Paris, parce qu'il n'avait pas suffisamment de troupes sous la main. Depuis plusieurs jours, des renforts, réclamés d'urgence, lui arrivaient. En même temps, il pressait le renvoi des soldats désarmés, logés chez l'habitant, vaguant dans Paris, et dont le contact avec la population civile l'inquiétait. Débarrassé de ces éléments douteux susceptibles de renforcer l'insurrection, disposant des régiments qu'il avait fait venir do province, de Gap, d'autres garnisons du sud-est, ayant déjà la division Faron qui avait conservé ses armes, et dont il était sûr, il estima que l'heure d'agir était venue. Il convoqua Vinoy pour le 17, dans la matinée, à son cabinet:
Si l'on ne réussissait pas, a dit M. ïhiers, il faudrait sortir de Paris, mais auparavant, il fallait tenter le combat, et chercher à enlever les canons à tout prix. Nous étions à l'un de ces jours où il faut tout risquer. Le général Vinoy, que je consultai, me me répondit : Nous avons bien peu de monde, mais enlever les positions n'est pas impossible. Ordonnez, je suis soldat, j'obéirai !.. .
[Enquête Parlementa r . Id.)
Il ordonna, et Vinoj' obéit, mais mal.
Ni lui, ni personne dans le conseil qui fut réuni dans la journée de vendredi, et qui approuva le plan d'attaque délibéré entre Vinoy et le chef du pouvoirexéculif,n'avaient prévu trois facteurs de l'échec du lendemain : les mauvaises mesures prises par les généraux, notamment en ce qui con. cernait l'envoi des attelages pour emmener les pièces d'artillerie, puis l'intervention en masse de la population montmartroise, et enfin la débandade d'un régiment, le 88' de marche.
M. Thiers souhaitait la résistance, sans laquelle il n'au-
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rait pu faire qu'une épuration, à ses yeux insuffisante, mais il ne devinait pas qu'elle deviendrait aussi formidable. 11 partag'eait l'opinion des g;'énéraux sur la garde nationale, et croyait qu'elle serait incapable de tenir contre les troupes plus de 48 heures, du samedi au lundi. Aussi avait-il refusé tout concours des gardes nationaux, dits de l'ordre. D'un cœur, non pas lég-er, mais lourd de haine contre la démocratie, contre le peuple, qu'il avait appelé la vile multitude, il déclara à Paris la guerre. Il ne se doutait pas qu'elle durerait deux mois, qu'elle ferait couler des flots de sang du côté de l'armée, qu'il entraînait cette armée dans une seconde campagne inutile et sans gloire, et que sa victoire retardée aboutirait à ces deux résultats qui n'étaient point ceux qu'il cherchait: la république consolidée et sou fauteuil de président donné au maréchal Mac-Mahon, l'exécuteur de ses hautes œuvres.
A trois heures du matin, les troupes mises sur pied sortaient silencieusement des casernes, et se dirigeaient vers la Butte Montmartre.
Aux premières lueurs de l'aube indécise le plan de M.Thiers avait reçu un commencement d'exécution.