KARL MARX
Karl Marx est l'initiateur du mouvement qui devait Aboutir à la fondation de l'Association internationale des Travailleurs. C'est une des plus importantes personnalités du xix'- siècle. Il était né à Trêves, en i8i 8. Etudiant k Bonn et à Berlin, il vint à Paris, et entra en relations avec les philosophes et les principaux socialistes de i848. Retourné en Allemagne, il écrivit plusieurs livres et brochures qui l'exposèrent à des poursuites. Il publia en iHby, à Londres, où il avait cherché asile, son grand ouvrage le Capital, qui devait devenir la Bible du socialisme contemporain.
La doctrine du célèbre théoricien, qui a donné naissance et nom à une des grandes écoles du socialisme, le Marxisme, dont Jules Guesde est le représentant contemporain le plus influent, a été ainsi résumée par Gabriel
Deville, qui a publié en 1877 une traduction française du Capital.
« En menant à bien l'étude de la société, Karl Marx n'a pas prétendu être le créateur d'une science inconnue avant lui. Il a, le premier, préconisé Télude des phénomènes sociaux, basée sur la seule conception réelle, sur la conception matérialiste.
« L'histoire, a-t-il exposé, n'est que l'histoire de la guerre des classes. Ce sont les intérêts matériels qui ont toujours motivé la lutte incessante des classes privilég-iées, soit entre elles, soit contre les classes inférieures aux dépens de qui elles vivent. Ce sont les conditions de la vie matérielle qui dominent l'homme, ce sont ces conditions, et par suite le mode de production, qui ont déterminé et détermineront les mœurs et les institutions sociales, économiques, politiques, juridiques; dès qu'une partie de la société a accaparé les moj'eus de production, l'autre partie, à qui incombe le fardeau du travail, est obligée d'ajouter au temps de travail commandé pour son propre entretien, un surplus pour lequel elle ne reçoit aucun équivalent, destiné à entretenir et à enrichir les possesseurs des moyens de production.
• «La mission historique de la cla.sseactuellement exploitée, du prolétariat, est d'activer l'œuvre de destruction commencée par le développement des antagonismes sociaux. Il lui faut tout d'abord, révolutionnairement, arracher à ses adversaires de classe le pouvoir politique, la force par eux consacrée à conserver intacts leurs monopoles économiques.
« Maître du pouvoir politique, le prolétariat pourra, en procédant à la socialisation des moyens de production, réaliser le travail universel et l'abolition des classes. »
Pour réaliser ce programme collectiviste Ivarl Marx comptait beaucoup sur le mouvement communaliste de 1871,
aussi la défaite de Paris socialiste fut-elle, pour ses idées, pour ses espérances, pour son œuvre aussi, l'Association internationale, un coup terrible. Sa lutte avec Bakounine, etla scission qui en fut la conséquence, marquèrent ses dernières
années.
Il est mort à Londres en i883.
LA SECr/ON FRANÇAISE
S'inspirant d'une partie de ce prot^ramme et des idées d'organisation proclamées par Karl Mar.v, les délégués français, Tolaiu, Limousin et Perrachon, fondèrent la section française de l'Internationale. Elle eut son siè-e rue des Gravilliers. Les premiers adhérents qui se joignirent à eux, Camélinat, Fiibourg, Héligon, Murât, Varlin, Benoit Malon, avaient soutenu, en février i864,le principe de la candidature exclusivement ouvrière. C'était la mise en pratique des théories agitées à Londres, et dont les statuts do l'Internationale allaient préciser les formules.
Il s'agissait alors de nommer deux députés à Paris en remplacement de Jules Favre, élu dans la Seine et dans le Rhône, et de Léonor Havin, directeur du Siècle, une puissance inintelligente et plutôt grotesque, mais redoutable par le nombre des lecteurs de son journal, élu dans la Seine et dans la Manche. Les compétitions que soulevèrent ces deux vacances eurent pour conséquence, d'abord une rupture entre les députés de Paris, dont les uns, comme Jules Favre, soutinrent la candidature de Garnier Pages, que d'autres repoussaient, et ensuite l'adoption d'une candidature ouvrière. Carnot et Garnier Pages passèrent (21 mars i864).
L'élection de C'irnier P.nçès était déi)Iorable,dit Emile OlUvier.
Je ne sais qui remportait en lui de l'imbécillité ou de l'efFrontene [Empire libéral).
La candidature ouvrière, celle d'un typographe, nommé Blauc, ne réunit qu'un petit nombre de voix, mais elle avait affirmé, devant tous les partis politiques, devant le public aussi, la candidature do classe.
Un manifeste, portant soixante signatures ouvrières,avait accompag-né la présentation du candidat, c'était comme la déclaration des Droits de l'Ouvrier. Ce programme réfutait d'abord la formule courante : il n y a plus de classes depuis 1789. Il protestait ensuite contre le sophisme de l'égalité des citoyens. Cette prétendue égalité, cette égalité théorique, faisait partie du verbiage électoral. On use encore de ce terme fallacieux. Comme si le capital n'établissait pas une évidente distinction, ne mettait pas une séparation infranchissable entre les citoyens, comme si le pauwc était dans la société l'égal du riche, comme si l'homme qui n'a comme moyen d'action que ses bras, peut être considéré comme libre! Ces soixante» prolétaires hardiment repoussaient ces mensonges politiques, répétés et soutenus par les députés elles journalistes de l'opposition, d'avec lesquels ils se séparaient audacieusement.
Les soi.tante affirmaient, en outre, qu'ils n'étaient pas représentés, et que des députés issus de la classe bourgeoise ne pouvaient ni obtenir ni même réclamer les réformes, d'où devait sortir l'aflFranchissement des travailleurs.
Nous ne sommes pas représentés, disaient-ils, car, dans xme séance récente du Corps Législatif, aucune voix ne s'éleva pour formuler, comme nous les entendons, nos .Tspiralions,nos désirs et nos droits. Nous ne sommes pas représentés, nous qui refusons de croire que la misère soit d'institution divine. Nous ne sommes pas représentés, car personne n'a dit que l'espril d'antagonisme
S'affaiblissait tous les jours dans les classes ouvrières. Nous maintenons qu'après douze ans de patience le moment opportun est venu En 1848, l'élection d'ouvriers consacra un fait, 1 ega île politique; en ISC.i, cette élection, consacrerait l'egalUe sociale.
Ce manifeste, d'une forme modérée, — Tolain en avait été le rédacteur — souleva la fureur des députés, déchaîna les colères de la presse, et excita contre les novateurs toute l'arrière-garde de l'opposition. On reprocha à ces néoopposants, avant--arde compromettante, de faire avec la question sociale, inopportunément agitée, une diversion favorable aux candidats ofKciels, nuisible aux candidats d'opposition, hostile aux chefs de la gauche. On les considéra presque comme des traîtres et des mouchards. Mais ils eurent l'approbation de Proudhon, dont malheureusement la fin était prochaine. Le puissant philosophe publia alors son ouvrage remarquable Sur la Capacité des classes ouvrières. i i • La déclaration ouvrière eut une sanction pratique : la loi dite des coalitionslfut votée, après un brillant effort oratoire d'Emile Ollivier. C'était l'abrogation des dispositions du code pénal, punissant l'entente des ouvriers en vue d'une grève à déclarer. Emile Ollivier proposa, et fit voter, la liberté pour les travailleurs de se concerter, avec cette restriction que la liberté de celui qui ne voudrait, ni se coaliser, ni cesser le travail, serait respectée. Un article amena une discussion assez vive. Jules Favrc et Jules Simon combattirent le texte visant les atteintes à la liberté du travail. Emile Ollivier répondit :
S'interdire à soi-même le travail est un acte de liberté, l'interdire aux autres est un acte de tyrannie : la loi permet 1 acte de liberté et réprime l'acte de tyrannie.
Cette loi autorisait les grèves, mais comme elle conti-
33o HISTOIRE DE LA COMMUNE DE 1871
Duait à défendre les réunions et les associations, elle ne donna qu'une incomplète satisfaction à la classe ouvrière.