‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 73 sur 107 · DÉCLARA TIO.VS A U NOM DE L'INTERNA TIONALE · texte numérisé non relu

DÉCLARA TIO.VS A U NOM DE L'INTERNA TIONALE

Ce fut Germain Casse qui, dans le grand procès fait à l'Internationale, dit le procès des Trente, formula la pensée g-énérale de ses co-accusés, bravant le ministère public et renonçant à discuter juridiquement :

Nous ne cherchons pas, dil-il, à échapper à quelques mois de prison : la loi n'est plus qu'une arme mise au service de la vengeance et de la passion ; elle n'a pas droit au respect. Nous la voulons soumise à la justice et à l'égalité.

Combault, prenant la parole après lui, exposa les idées égalitaires et réformatrices de l'Internationale dans une forme hardie, mais où, par moments, le ton moralisateur devient prétentieux et où la préoccupation vertueuse s'affirme dans unlang-ag-e désuet :

Chacun de nous est libre et agit librement. Il n'y a aucune pression de pensée parmi nous. J'ai d'autant plus de peine à comprendre la persistance du ministère public à nous accuser de ce que nous n'avons pas fait qu'il pourrait largement nous accuser de ce que nous reconnaissons avoir fait. . . Vous poursuivez les ouvriers parce qu'ils sont socialistes, parce que, hommes de labeur, ils veulent une société relevant du contrat juridique librement consenti par tous les intéresscs,et appuyée sur la hberté, l'égalité, la solidarité, la réciprocité et le respect de la dignité humaine dans toutes les individualités. Ils veulent une société où le travail soit la seule source de la richesse.. . Ils flétrissent donc les loteries dont la liourse et le turl sont l'ordinaire et immoral

LK DIX-HDIT MARS

théâtre. Tandis que les fils de la classe, qui se prétend notre supérieure salissent leurs noms avec les Phrynés les plus éhonlées qu'ils vont en voilettes aux champs de courses, que leur decre, pitude précoce atteste la dégénérescence de toute une classe delà nation, au point qu'il y aura bientôt putréfaction, si toutes cesdécadences ne viennent puiser une vie réffénératrice dans l'énergie populaire ; des ouvriers qui, depuis l'à^ïe de huit ans, travaillent pour donner des loisirs et de l'instruction à cette jeunesse qui en a fait un si noble usaçe.ont voulu tenter l'instauration de l'équité dans les rapporta sociaux par la science, la libre étude des questions économiques, et l'association indépendante.

Ce programme, en dépit des déclamations rappelant les formules emphatiques el moralisantes de CLaumette, à la Commune de gS, était précis. 11 posait le principe de l'antagonisme des classes, et Combault le résuma ainsi, en terminant :

C'est contre l'ordre juridique, économique et religieux que doivent tendre tous mes efforts. Nous voulons la révolution sociale et toutes ses conséquences !

Quand l'avocat impérial Aulois eut donné ses réquisitions, et après les plaidoiries pour les accusés qui avaient fait choix d'un avocat, les défenseurs étaient M" Lachaud, Bigot, Rousselle, Lente, Laurier, l'un des prévenus, Chalain. au nom de tous, eut la parole et prononça la déclaration suivante, véritable déclaration de guerre sociale :

Il y a en ce moment une sainte-alliance des gouvernements et des réactionnaires contre l'Internationale. Que les monarchistes et les conservateurs le sachent bien, elle est l'expression d'une revendication sociale trop juste et trop conforme aux aspiraiions contemporaines pour tomber avant d'avoir atteint son but. Les prolétaires sont las de la résignation; ils sont las de voir leurs tentatives d'émancipation toujours repoussées, toujours suivies de répressions; ils sont las d'être les victimes du capital, las de se voir condamner au travail sans espoir, voués à une subal-

35l HISTOIRE DE LA COMMUNE DE 187I

lernisation sans limites, las de voir toute leur vie dévorée par la fatigue, par les privations, las de ramasser quelques miettes d'un banquet dont ils font tous les frais. Ce que veut le peuple, c'est d'abord se gouverner lui-même sans intermédiaire et surtout sans sauveur, c'est la liberté complète. Quel que soit votre verdict, nous continuerons, comme par le passé, à conformer ouvertement nos actes et nos convictions. Vous pouvez frapper les hommes, vous n'atteindrez pas l'idée, parce que l'idée survit à toute espèce de persécution.

A cette ferme déclaration, le tribunal répondit en prononçant les condamnations suivantes : Combault, Benoît Malon, Varlin, Pindy, Helig-on, Murât, Johannard, à un an de prison et loo francs d'amende; Avrial, Sabourdy, Franquin, Passedouet, Rocher, Lang-evin.Pag-nerie, Robin, Leblanc, Carie, Aliard, Theisz, Collot, Germain Casse, Chalain, Mengold, Ansel, Bertin, Rover, Girode, Delacour, Durand, Duval, Fournaise, Giot, Malézieux à 2 mois de prison et 25 francs d'amende.

Flabaut et Landeck furent acquittés, comme n'avant pas donné leur adhésion à l'Association internationale des travailleurs, avant les poursuites. Les condamnés furent en outre privés de leurs droits civils.

Page 1