‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 77 sur 107 · L'INTERNATIONALE ET LE DIX-HUIT MARS. OPI- NIONS DIVERSES · texte numérisé non relu

L'INTERNATIONALE ET LE DIX-HUIT MARS. OPI- NIONS DIVERSES

Des opinions diverses et contradictoires ont été émises sur la participation de l'Internationale aux événements du Dix-Huit Mars. Il est intéressant de les connaître. Vo.ci les

principales : •1,111

M Jules Favre, le personnage le plus considérable de l'époque après M. Thiers, interrogé par le président de la Commission d'Enquête, répondit :

Ouelle a été la part de l'Internationale dans '« «rr^jf "^ ^J" 18 mars? Franchement, je serais bien embarrasse de le due. Je crois que celte part a été beaucoup plus grande que ne le pou valent prévoir ceux qui gouvernent cette société.

L'Internationale, tout le monde l'a vue naître, et, quand elle s'est formée, elle paraissait avoir un but utile.

Ouand i'ai vu les ouvriers chercher à s'unir pour comprendre leurs"intérèt8, régler ou empêcher les luttes violentes j a. trouve qu'il y avait là une bonne pensée. Elle s'est surtout formée après les expositions de 1863 et de 1867.

C'est à l'Exposition de Londres qu'elle s'est constituée ; elle a pris pour marque l'idée dont je viens de parler: celte idée ne me paraissait pas inquiétante ; puis sont arrives es contres dans lesquels tout a changé de face. On y a prêche le communisme, l'athéisme; j'ai toujours considéré ces choses '^T,'"" ^'^1'"'' tière h déclamation, mais comme n'étant pas soc.a ement dangereuses : je me trompais. Pendant le siège et après le siège, entre l'armistice et le 18 mars, rinternationale a prépare ce mouvement, c'est incontestable, mais je croyais qu'elle n avait pas une très trrande action sur la population, ce ne sont pas les membres de l'iDtcrnatlonnle qui ont été les instigateurs du mouvement; U est venu de Dclescluze, de tout ce résidu de Jacobins, d hommes

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qui ont peut-iître une certaine bonne foi, mais qui croient qu'il faut étoutïer une classe par l'autre. Ils ont employé la garde nationale pour réaliser certaines idées politiques, l'élection à tous les degrés, l'obéissance passive, le mot d'ordre, tout ce qui constitue le jacobinisme; mais c'est la Révolution politique qui a commencé le 18 mars ; ceux qui ont enlevé lea canons les ont défendus, et ont cherché à grouper des éléments de résistance devant lesquels le Gouvernement a cru prudent de se retirer à Versailles, c'étaient des hommes politiques, sans instruction, qui ne paraissaient pas fort dangereux, mais je crois que l'Internationale n'est entrée en scène que plus tard, quand elle sut qu'il n'y avait plus rien devant elle, que les maires de Paris qui ont lutté. Je crois qu'il faut être très réservé, quand on blâme même ceux qui ont paru pactiser avec l'émeute.

Je crois que l'Internationale a été pour beaucoup dans le 18 mars, qu'elle l'a discipliné, et lui a donné une forme autoritaire, mais que ce n'est pas elle qui a organisé le 18 mars, qui a été la première sur la brèche ; elle n'a qu'organisé la victoire.

Voilà, Messieurs, tout ce que j'avais à vous dire, je suis prêt à répondre aux questions que vous voudrez m'adresser.

Le président, le comte Eteru, malgré cette réponse très catégorique d'un des principaux membres du gouvernement, qui devait être bien renseigné, et n'était pas suspect de vouloir défendre l'Internationale, persista à maintenir l'opinion erronée que partageaient beaucoup de ses collègues, disant :

Il nous est difficile de croire que l'Internationale n'ait pas été, dès le premier jour, à la tête du mouvement du 18 mars, nous voyons sa main dans l'insurrection, dès le début, nous la voyons à la fin, allumant les incendies.

Celte obstination à soutenir une opinion que les faits et les témoignages compétents venaient démentir était telle, que le même Daru, in.sistant, crut devoir produire cette allégation du reste oiseuse :

On a trouvé des pièces importantes chez la maîtresse de Paschal Grousset !

LK DIX-HUIT MARS

A cette affirmation en l'air, Jules Favre opposa un nouveau démenti net et prijcis :

On m'a apporté des papiers saisis chez cette fille, qui avaient été pris au ministère des Atlaircs étrangères. Je ne sais pas en quoi cela pouvait m'intéresser. Je n'ai rien trouvé sur l'Internationale. (Déposition de Jules Favre dans l'Enqucte, t. II, p. 47')

M. Ernest Picard, ministre de l'Intérieur, s'attire, au milieu de sa déposition dans l'Enquête, cette interruption de l'un des commissaires, M. de Massy :

Vous no paraissez pas donner une large part à l'Internationale?

Il répond tranquillement :

— Je crois que sa puissance est un peu gonflée.

Jules Ferry, le maire énergique de Paris, qui avait tenu tête aux insurgés du 3i octobre et du 22 janvier, déclare nettement à la commission :

Je voudrais réaçir dans une certaine mesure contre l'opinion, qui me paraît très répandue aujourd'hui, que l'insurrection du 18 mars serait le résultat d'une conspiration très anciennement organisée, et oriçanisée par une société dont le nom est aujourd'hui célèbre, l'Internationale...

M. Edmond Adam, ancien préfet de police, ayant cessé ses fonctions au 3i octobre, dit :

L'Internationale est indifférente à la question politique ; le saintsimonisme, le fouriérisme, deux grandes écoles de socialisme, qui ont beaucoup contribué à In naissance de l'Internationale, professaient l'indifférence en matière politiiiuc. L'Internationale parait avoir hérité d'eux sous ce rapport, elle a des préoccupations exclusivement sociales.

Une déposition fort significative est celle d'un bonapartiste, M. Ansart, resté fidèle au gouvernement qui l'avait

nommé, servant cependant le gouvernement du 4 septembre avec un grand zèle professionnel. M. Ansart chef de la police municipale, et qui, en cette qualité, a sur^edlé tous les groupements politiques et les personnages obscurs ou notoires qui se sont trouvés mêlés aux événements depuis la chute de l'empire, est questionné par le président sur l'Internationale. Il répond que c'est une société très habile et très prudente, dont le point de départ, ramélioration du sort de la classe ouvrière,'était parfaitement honorable. On lui demande si on trouve parmi les membres de l'Internalionale les chefs de l'insurrection du 18 mars. Et M. Ansart de répondre avec une sincérité évidente :

Ce ne sont plus les mêmes hommes du tout. Quelque temps avant le 18 n.ars, surfirent une foule d'individus qui étaient auparavant inconnus. Ceux d'autrefois, nous ne les retrouvons pas dans l'affaire du Dix-Huit mars.

M François Favre, maire du XVIIe arrondissement (Batignolles), ayant eu pour adjoint Benoît Malon,l'un des principaux membres de l'Internationale, répond clairement à la question réitérée :

A mon avis, le rôle de l'Internationale a été secondaire dans l'insurrection :

Et il ajoute, quand on lui demande si c'est sous l'influence de l'Internationale que le Comité Central a été organisé :

Je ne le crois pas ; le Comité Central s'est formé, à mon avis, sous une influence plus spécialement blanquiste que sous 1 influence de l'Internationale...

Cette réponse, qui ne correspond nullement aux idées de la commission, fait poser cette question par un membre :

N'y a-t-il pas eu fusion entre le groupe blanquisle et

l'Internationale ?

M. François Favre répond simplement :

Je pease qu'on a pris quelques membres de l'Iolernationale.

M Desmarest, bâtonnier de l'ordre des avocats et maire du q« arrondissement, après une longue et intéressante déposition sur les pourparlers avec les maires qu> précédèrent l'élection des membres de la Commune, est interpellé par le président, en ces termes :

Je vous demande la permission de vous faire une dernière question : Quel rôle rinternalionale a-l-elle joue dans les élections du 8 février?

On était loin des précédentes interrogations, et l'enquête sur le Uix-Huit mars semblait perdue de vue. L bonorable bâtonnier répondit : « Je n'en sais rien! »

Ainsi non seulement les déposants ne purent préciser l'intervention de l'Internationale dans les événements du DiK-Huit mars, mais on n'établit même pas qu elle se tût mêlée activement aux élections à l'Assemblée Nationale

Le président Daru, qui devait représenter et interpréter les sentiments de la commission, était si imbu de la prétendue participation de l'Internationale à l insurrection qu'obligé de répondre à un policier ignorant complètement L bommes et les événemenls.le nommé Ossude qui emettaitcelte sottise: « Je crois que Blanqui est de 1 Internationale: Non! Blanqui n'en faisait pas partie», ce qui était su de tout le monde,s'empressa d'ajouter cette contrad.cUon . « Blanqui et l'Internationale ont fait ensemble la Corn-

mune! » i ii i n,»

Cet Ossude avait élécliargé de larmemeut etde 1 habille-

ment de la g-arde nationale au 4 septembre. Il joua ensuite le rôle d'ag-ent secret au 3i octobre, et à la rentrée des troupes de Versailles devint prévôt, c'est-à-dire chargé de procoder aux arrestations et aux exécutions sommaires dans le Vil" arrondissement. C'est le seul déposant qui sig-nale la participation de l'Internationale au Di.x-Huit mars. Il est vrai qu'il lui adjoint le Comité Central, qui, de l'aveu unanime, fut pris au dépourvu par l'attaque de Montmartre, et ne parut à l'Hôtel-de- Ville que dans la soirée.

Le Comité Central a pris naissance vers la fin de février, dit ce policier, le Comité Central et rioternalionale pour moi c'est tout un.

(Enquête parlementaire. Séance du 18 août 1871, t. II, p. f^i.)

Ainsi le témoignag-e d'un espion, d'un homme de sang, comme le prévôt Ossude, est le seul, dans le gros volume de l'Enquête parlementaire, qui dénonce l'Internationale comme ayant joué un rôle dans l'insurrection du 18 mars. On pèsera la valeur de cette allégation, avec les déclarations nég-atives de témoins, adversaires aussi de la Commune, mais honorables, tels que MM. Jules Ferry, Jules Favre, Ernest Picard, Edmond Adam, Desmarest, etc.

PROCÈS- VERBA UX DE L'LVrERiVA TIOXA LE

Mais il est un témoignage autrement convaincant de la non-participation de l'Internationale au Di.x-Huit mars. Il ne s'agit plus de dépositions, assurément loyales et sincères, de personnages considérables, ayant été à même de voir de près les événements. Ces témoins peuvent avoir été influencés, comme les membres de la Commission, mais dans un sens différent, par des renseignements inexacts, par des lectures, par des récils, et avoir rapporté des im-

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pressions et des opiaions erronées. On a heureusement un document .ncontesUble : ce .ont des P— /-'^-^ ^^; séances du ConseU fédéral de l'Assoc.at.on nternaUonale qui ont été saisU, et publiés dans le tome III de 1 Enquête parlementaire sur le Dix-Huit mars.

11 résulte de ces procès-verbaux, de la section française de rinlernalionale, siégeant au n» 6, place de la Gorder.edu Temple (où le Comité Central et les Associations ouvrières tinrent également séance) que non seulemeat llnlernationale ne prépara nullement la révolution du Dix- Huit mars, et par la suite la Commune, mais qu elle témoigna pour celte insurrection, quelle n'avait ni concertée ni prévue une indifférence métiante qui conHnait à 1 hostilité.

Les séances du mois de janvier .871 sont peu intoresressantes et même languissantes. 11 convient de remarquer que depuis le mois de septembre, la section française est privée de communications avec Londres, c'est-à-dire que le conseil général de l'association ne peut m donner ses mstruclionsau Conseil fédéral, ni recevoir des demandes de secours en hommes et en argent de la section parisienne Uolée. Ceci suffit déjà pour réfuter certaines suppositions absurdes sur rinlervealion de l'étranger, et un mot d ordre venu de Londres, pour les émeutes du 3. octobre et du

22 janvier. r. 1 . 1 >

Les premières séances de janvier du Comité f.deral sont consacrées à l'étude d'un journal à lancer qui serait 1 organe de l'association. Une commission est nommée pour s'entendre avec deux organes déjà existants mais peu répandus- la Lulie à outrance, et la Section des Batignolle$. Les citoyens Franckel, Varlin, Noro, Boudet et Goullé sont nommés membres de celte commission (séance du

5 janvier 71). . .

La commission fait son rapport à la séance suivante. La

Lutte à outrance est acceptée par i4 voix (sections) avec I voix nulle, de la section des Ternes. Le citoyen Varlin parle des difficultés que présenterait la publication d'un journal quotidien. Les ressources font défaut. « Il nous faut un org-ane qui explique clairement nos idées, dit Frankel, comment voulez-vous que l'ouvrier qui ne sait rien apprenne ? On lui parle aujourd'hui de Commune, ce mot l'effraie, il ne sait ce que c'est. Depuis la République nous n'avons rien fait. » 11 est décidé que la Lutte à outrance aura un sous-titre indiquant que ce journal sera l'org-ane des travailleurs, de l'Internationale. Le citoyen Lucas dit : « Nous ne voulons pas suivre la ligne de la Patrie en danger (journal très énergique et très patriote rédigé par Blanqui, pendant le sièg-e). Le président Bachruch dit : « Blanqui a souvent des idées justes, mais c'est un journal socialiste que nous faisons, et quoi que je pense de Blanqui, je ne veux pas m'écarter de cette ligne » (Séance du la janvier).

Voilà une réfutation de l'opinion, produite devant la commission d'enquête, que Blanqui avait fait alliance avec l'Internationale. C'eût été possible en vue d'un de ces coups de mains que Blanqui préconisait, seul moyen, .selon lui, de faire la révolution. Il aurait pu, pour la tentative du 32 janvier, se concerter avec les internationalistes. On voit qu'il n'en fut pas question au Conseil fédéral, et qu'au contraire il y avait froideur et défiance entre les membres de l'Internationale, révolutionnaires sociaux et les blanquistes, considérés comme des révolutionnaires politiques. Nous retrouverons, quand la Commune aura le pouvoir et sera installée comme un gouvernement voulant être régulier, cet antagonisme entre les blanquistes et les internationaux.

Dans la séance du 19 janvier, le Conseil fédéral s'occupe du travail de nuit des boulangers. Les boulangers deman-

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dent l'appui de l'Internalionale. Le concours de l'assemblée est acquis <\ ces travailleurs.

Dans la même séance, on discute le manifeste que doit publier ta Lutte à outrance, le nouvel organe de l association ce Le manifeste de la Société internationale des Iravailleurs,déclare solennellement le citoyen Chalain,devra sou enir nettement la liquidation sociale ...Lacord propose que les séances deviennent quotidiennes. » LInternalionale dit-.l ignore sa force réelle,elle est considérable; le pub ic la croit riche et unie. « Le citoyen Rouveyrol conteste et dit que les sections sont ruinées et que les membres en sont disperses. Il ajoute : « Si le public savait tout cela, il jugerait combien nous sommes faibles, et l'association sombrerai du coup )) Cet aveu pessimiste ne soulève aucune protestation. On réclame seulement la lecture du manifeste qui a ete rédigé. Le citoyen Armand Lévy, rédacteur de la Lutte à. outrance, trouve le manifeste bon comme idées, mais pas assez dans le sens actuel. « Ce qui a fait la force de 1 Internationale, ajoute-t-il, ça a été de ne pas se limiter à combattre pour les travailleurs français, mais des étendre au prolétariat de l'univers. ,. Le Conseil décide qu .1 y aura désormais séance les mardi, jeudi et samedi, a huit heures

du soir. ,■ -,

On remarquera que ce jour-là, .9 janvier .87., se livrait la bataille de Buzenval, suprême effort et première action de la garde nationale parisienne, point de départ de 1 exaspération qui devait aboutir à l'insurrection et à la Commune, et qu'il ne fut pas question un seu instant de ce grand et tragique événement, au cours de la longue délibération du Conseil fédéral de rinleinationale. Les Prussien, la grande sortie, la garde nationale vaincue, la capitulation dès lors justifiée et certaine, les internationaux n'en avaient cure. Ils pensaient uniquement à leur journal,

et à la lutte sociale contre la bourg-eoisie. On conçoit leur dt'd;iin pour Blanqui, pour sa préoccupation delà Patrie en dancjer. L'Internationale, en France, vivait donc dans un isolement, et au milieu d'abstractions socialistes, qui l'empêchaient de s'intéresser aux faits qui se passaient sous ses jeux. Elle élarg-issait tellement son horizon, au delà des frontières, qui étaient alors le Bois de Boulog-neet le Bois de Vincennes, qu'elle perdait de vue Paris.

Le Conseil se réunit le 22 janvier. Non seulement l'Internationale n'est pour rien dans l'insurrection, mais elle ne veut pas qu'on parle de cette échauffourée sans importance pour elle. Sur une allusion de GouUé disant que la population est pourrie, Frankel dit : « Occupons-nous moins du 22 janvier, et plus de l'avenir .«'Le Conseil est tout entier à l'affaire du journal qui n'a pas pu continuer sa publication faute de fonds. Varlin dit : « La République des Travailleurs eX, la Liilie à outrance ne reparaîtront probablement plus. Cherchons donc les moyens de faire un nouveau journal. »

A la séance du i5 février, c'est l'époque si décisive des réunions au XV» arrondissement et au Waux-Hall, où la fédération de la garde nationale s'orgtinise, où le Comité Central est en gestation, véritable conception de la Commune et genèse de la Révolution parisienne, leConseil général écoute les déclarations vagues et générales de Theiss :

L'InterDationale doit devenir le g^ouvernement social lui même, dans l'avenir, les sociétés ouvrières se groupant diflicilement aujourd'hui. Les sections ouvrières sont vouées fatalement à la lutte quotidienne dusalarial. Nous savons combien cette tâche est rude, embarrassée de mille détails absorbants. Les sections, avec un bon esprit politique et social, sont appelées à exercer une grande domination sur l'opinion publique. Je demande donc au Conseil fédéral de marcher résolument vers l'aveair, et, pour

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ouvrir la voie, je propose la nomiQatioa d'une commission spécialement con;acréeà faire une enquête, au sem même de chaque section, et à adresser un rapport qui vous sera soumis.

Une commission, une enquête, un rapport, voilà toute la beso-ne révolutionnaire que se donne cette Internationale, en qui l'on a voulu voir la génératrice de la grande révolution parisienne. .

Un membre qui fit partie du Comité central, Sera.ller, émet celte observation : « A Londres, l'Internationale est une puissance politique de premier ordre; qu'un mouvement socialiste éclate, l'Internationale est prête, en Angleterre. En France, en est-il de même?» On ne lui répond que par un silence qui est une négation.

On a vu l'importance que prirent les manitestations à la Bastille, à l'occasion de l'anniversaire du 24 février. Ce fut là que la garde nationale eut une cohésion, et que le Comité Central acquit et manifesta sa puissance. L'Internationale se désintéressa de ces démonstrations patriotiques et républicaines. Un membre du Conseil propose de s'y associer. Frankel répond : « H est urgent de s'occuper d'études et d'or-anisations. Nous devons approfondir les questions spéciales, celles des loyers et du chômage général. Je demande qu'on repousse toute discussion sur la manifestation du a4 février, par l'ordre du jour. « L'ordre du jour est volé, et, sans plus s'occuper de l'agitation populaire et de la garde nationale se fédérant, des Prussiens dont 1 entrée à Paris est imminente, sans penser un seul instant aux canons abandonnés dans le périmètre d'occupal.on, oa écoute Fraukel disant: « Je ne me lasserai pas do demander au Conseil fédéral la création d'un organe de l'association. » (Séance du 22 février.)

Mais on est au premier mars. Le jour de deuil est arrive. L'armée prussienne entre dans Paris. La ville est comme

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figée dans sa douleur et son humiliation. La vie ordinaire est suspendue. Toute réunion, toute discussion sont ajournées. La cité est plong-ée dans l'obscurité, et le silence domine. L'Internationale lient cependant séance ce soir-là. Elle discute une communication du Comité Central de la garde nationale. Le Comité demande que les internationaux, fassent leur possible pour se faire nommer délégués dans leurs compagnies, afin de siéger au Comité Central.

Celteavance est accueillie froidement. Varlin dit: « Allons à cette chambre fédérale, non pas comme internationaux, mais comme gardes nationaux, et travaillons à nous emparer de cette assemblée. Frankel résiste: « Ceci ressemble à un compromis avec la Bourgeoisie, je n'en veux pas ! » Lacord fait remarquer que ces gardes nationaux viennent à eux par suite de l'influence morale qu'a conquise l'Internationale, pourquoi les repousser? Frankel continue à montrer de la méfiance, et dit qu'on ne peut engager l'Internationale avant que chacun ait consulté sa section. La discussion se poursuit. Elle est intéressante :

GouLLÉ. — Il n'y a pas à engager l'InternatioDale. Il s'agit d'avoir des Internationaux dans les délégués des compagnies, puis quatre membres dans le Comité Central, pour y agir en leur nom individuellement, et venir donner des renseignements au Conseil lédéral.

Clamens. — Ce sont des socialistes qui sont à la tête de l'affaire.

Vahlin. — Les hommes du comité qui nous étaient suspects ont été écartés et remplacés par des socialistes qui désirent avoir parmi eux quatre délégués, servant de lien entre eux et l'Internationale. Si nous restons seuls en face d'une telle force, notre influence disparaîtra; si nous sommes unis avec le Comité, nous faisons un grand pas vers l'avenir social.

Babick. — Acceptons le concours qu'on nous ofFre et usons-en avec la réserve commandée par la prudence. Je veux que, dans tout ceci, rinternatioualc soit à l'abri.

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,.,„„ Il n'y a pas d'inconvénient à nommer quatre délégués avec le mandat qui vient d'être fixé, et il y en aurait à ne ooint le faire, car si les socialistes de ee Comité ont a marcher en avant, ce serait une folie que l'Internationale leur refusât son concours réservé. . . ■

Cb.rbonne.u - Vous dites que le Comité est devenu socialUté A son début, il était réactionnaire. Je reste défiant. En consétTuence j'appuie la nomination de quatre membres, mais avec un mandât déterminé ; ils ne se mêleront à l'action que pour une lutte sociale.

En conséquence on vota la nomination d'une commission de quatre membres, déléguée auprès du Comité Central de la ffarde nationale, avec cette condition que l'action de cette délégation serait individuelle et expressément réservée, en ce'qui concernait l'Association internationale des travailleurs. (Séance du i" mars 1871.)

11 résulte de cette délibération que l'Internationale consentait bien à envoyer quatre délé-ués au Comité Central, mais qu'elle n'entendait nullement 'adhérer à un comité politique, et que les délégués ne devraient se mêler à l'action de ce comité que pour une lutte sociale. Ceci fournit la démonstration que l'Internationale demeura étrangère à toute l'action politique du Comité Central, et ne participa nullement à l'affaire des canons de Montmartre.

La séance du i5 mars ne contient aucune allusion à un moiivement éventuel quelconque, pour le cas où le gouvernement voudrait prendre de vive force les canons. On y discute l'envoi d'une rectification au Paris-Journal à propos d'une lettre de Karl Marx, dont on suspecte l'authenticité, et l'on y décide d'adresser les communications à plusieu'rs journaux en attendant que l'Internationale ait un journal lui appartenant entièrement.

Le 18 mars est passé. Paris est en pleine révolution. Le Comité Central, dès le 19 mars, s'est manifeste comme seule

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autorité révolutionnaire. C'est le gouvernement provisoire de l'insurrection. Le Conseil fédéral se réunit le 22 mars.

Que décident alors les internationaux ? Rien. On émet des doutes sur le résultat d'une conciliation entre les municipalités et le Comité Central. Goullé fait observer que l'Internationale n'a qu'un membre dans ce Comité. Varlin ajoute : « Donc, elle est dég'ag'ée de toute responsabilité. » Un membre renchérit sur la défiance exprimée et dit : « Il faut savoir si le Comité ne compromet pas la République. »

Dans la séance du a3 mars, Frankel propose un manifeste dans lequel on invitera à voter pour la Commune. Dans ce manifeste on ne s'occupera que des élections à la Commune. Un membre dit : « Si nous nous occupions du ComitéCenlral,dans notre manifeste, nous aurions à endosser la responsabilité que la réaction mettrait sur nous, si nous avions un échec. » Aubrj s'étonne de ne pas trouver une liaison intime entre la Fédération ouvrière et le Comité Central. « Cependant, dit-il, la Révolution du 18 mars est toute sociale,et les journaux dans toute la France citent l'Internationale comme ayant pris le pouvoir. Nous savons qu'il en est différemment. Je crois que l'on coordonnerait le mouvement en invitant le Comité Central à adhérer à l'Internationale. »

Enfin, dans la séance du 29 mars, la Commune installée comme g-ouvernement à l'Hôtel-de-Ville, à la veille du jour où le canon va tonner, où le sang' va couler, la discussion suivante s'engage :

Bebtin. — Une des plus grandes questions qui doivent nous préoccuper, c'est celle relative à l'ordre social ; notre rérolulion est accomplie. Laissons le fusil et reprenons l'outil.

GouLLE. — Il faut se tenir sur ses gardes.

Hamet. — La garde est facile à établir, le travail l'est moins ;

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prenons nos outils, au premier coup de tambour nous saurons reprendre nos fusils. r , , ■ •

Frankkl. — J'appuie cette idéi. Nous voulons fonder le droit des travailleurs, et ce droit ne s'établit que par la force morale et la persuasion ; laissons les despotes faire respecter le droit qu'ils entendent à leur façon, par la mitraille.

C'était l'abstention, c'était la dispute théorique, et l'élaboration d'utopies et de formules sociales, sans sanction, que rinternatlonale adoptait en approuvant l'orateur. Nous verrons parla suite qu'elle s'y montra fidèle, et que, si plusieurs membres derinternationale.enmèmetempsmembres du Comité Central et de la Commune, votèrent des mesures énergiques, soutinrent la lutte, les armes à la main, c'étaient individuellement qu'ils agissaient. L'Internationale, en tout état de cause, a toujours suivi une li^ne parallèle à celle de la Commune. Elle futcntraînéo dans une chutecommune, mais elle ne fit rien pour l'empêcher.

Au Dix-Huit mars, il est bien démontré que la section française de l'Association internationale, représentée par son Conseil fédéral, demeura dans l'inaction, et même dans une indifférence touchant à l'hostilité. Le mouvement qui éclata, après l'attaque de jMontmartre, fut à la fois patriote et politique, — ce fut l'esprit même de la Commune, — et l'Internationale, fidèle à ses principes, à son nom, ne s'intéressait guère qu'aux réformes sociales, aux conditions du travail et sa sollicitude s'étendait aux étrangers.en négligeant les intérêts nationaux.

RÉSUMÉ DE LA SITUA TION AU DIX-HUIT MAIiS

Il résulte de ce qui précède que :

1» Le Comité Central et l'Internationale n'ont été pour rien dans le Dix-Huit mars, ni dans l'insurrection qui en fut la conséquence immédiate ;

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