‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 76 sur 107 · INTERNA TIONAUX ALLEMANDS ET FRANÇAIS · texte numérisé non relu

INTERNA TIONAUX ALLEMANDS ET FRANÇAIS

Au moment de la déclaration de guerre, la section parisienne de nmernationale, peut-être naïvement, peut-être

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aussi avec l'amertume au cœur de la réalité, mais obéissant au sentiment idéal de la fraternité des peuples et de rhorreur pour la g'uerre, qui devait être commune aux prolétaires des deux pays en conflit, adressa aux Internationaux d'Allemagne et d'Espagne l'appel suivant :

Frères d'Allemagne,

Au nom de la paix, n'écoutez pas les voix stipendiées et servilesqui chercheraient à vous tromper sur le véritable esprit delà France.

Restez sourds à des provocations insensées, car la guerre entre nous serait une guerre fratricide.

Restez calmes, comme peut le faire, sans compromettre sa dignité, un grand peuple courageux. Nos divisions n'amèneraient, des deux côtés du Rhin, que le triomphe complet du despotisme.

Frères d'Espagne,

Nous aussi, il y a vingt ans, nous crûmes voir poindre l'aube de la liberté ; que l'histoire de nos fautes vous serve au moins d'exemple. Maîtres aujourd'hui de vos destinées, ne vous courbez pas comme nous sous une nouvelle tutelle.

L'indépendance que vous avez conquise, déjà souillée de votre sang, est le souverain bien ; sa perte, croyez-nous, est pour les peuples majeurs la cause des regrets les plus poignants.

Travailleurs de tous pays, Quoi qu'il arrive de nos etlorts communs, nous, membres de l'Internationale des travailleurs, qui ne connaissent plus de frontières, nous vous adressons, comme un gage de solidarité indissoluble, les vœux et les saluts des travailleurs de France.

Les Allemands répondirent par le manifeste suivant, signé Gustave Kwasniewski, au nom des membres de l'Association internationale des travailleurs, à Berlin :

Frères de France, Nous aussi, nous voulons la paix, le travail et la liberté ; c'est pourquoi nous nous associons de tout notre cœur à votre protes-

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ation inspirée d'un ardent enllwusiasme contre tous les obstacle» is à TOir^ développement pacifique, principalement par les sau- Tjs (guerres. Animés de sentiments fraternels, nous un.s.ons >os mains aux vôtres, et nous vous affirmons comme des homn.e honneur et qui ne savent pas mentir, qu.l ne se t-uve pas dans ,os cœurs la moindre haine nationale, que "-« -^'^"^ '» ^orce, et n'entrons que contraints et forces dans les b'^des guer- -kres qui vont répkndre la misère et la ha.ne dans les champs

^tluTaSsnrurTmmes hommes de combat, mais nous vou Ions combattre en travaillant pacifiquement et de toutes nos orces pour le bien des nôtres et de Ihumanité ; nous voulons combattre Eur la liberté, l'éRalité et la fraternité, combattre contre le des- ZLe des ty;ans'qui oppriment la sainte liberté, contre le measonge et la perfidie, de (luelque part qu ils v.ennen .

Solennellement, nous vous pron>ettons que,n> le bru t des tambours, ni le tonnerre des canons, m victoire, m defa. e, ne nous détou;neront de notre travail pour l'union des prolétaires de tous

les pays.

Nou; aussi nous ne connaissons plus de frontières. P^;<=e qu« nous savons que des deux côtés du Uh.n, que dan a ..e e Europe comme dans la jeune Amérique, vivent nos f-,"-. ^^^^ lesquels nous sommes prêts à aller à la mort pour le but de nos effo u: la république 'sociale. Vivent la paix, le travail, la h-

liberté I

On ne peut relire sans un hochement de tête me ancolioue accompagné d'un sourire glacé d'ironie, cette double phraséologie, sincère d'intention assurément, mais pompeuse et vaine. On doit admettre que les frères allemands itaient aussi véridiques que nos internationaux, quand ils exprimaient le désir commun de rester chacun chez soi, et de ne point courir les aventures de guerre. Les Allemands ajoutaient que rien ne les détournerait de travailler à l'union des prolétaires. Ces belles déclarations avaient toute l'importance des protestations de dévouement, de considération et d'offres de service, qu'on a 1 habitude de

déposer au bas des lettres. Elles ne sauraient eng-aiçer celui qui les adresse, et celui qui les reçoit serait un niais s'il les prenait au sérieux. Français et Allemands, démocrates et pacifiques, appartenant à la même association de travailleurs, échang-eaient, avant les balles et les obus, des politesses et des so\ihaits d'entente, ceci est tout à leur honneur.comme d'ailleurs leur ferme résolution de les oublier, quand le drapeau, sur les deux ligues, serait déployé. L'enseiijnement à tirer de ces inutiles appels à une paix qui n'était déjà plus possible, c'est qu'à Paris comme à Berlin les paciKstes n'étaient qu'une minorité impuissante, non écoutée, sans mandat ni autorité. L'Association internationale, malgré sa réputation, et l'influence considérable qu'on lui prêtait, ne disposait nullement d'une force mystérieuse pouvant déchaîner ou contenir les masses populaires. Elle n'était qu'un groupement propageant d'intéressantes conceptions théoriques susceptibles, sur des points isolés et désignés, de soulever tt d'entretenir une agitation gréviste, mais incapable d'arrêter une guerre extérieure prête à éclater, comme il n'était pas dans ses moyens d'action d'organiser et de décréter la guerre civile.

L'Internationale n'eut même pas la puissance d'atténuer les horreurs irréparables de la guerre de 1870-71, ni de modérer la brutalité des vainqueurs sur le sol français. Il devait pourtant se trouver des adhérents à l'Internationale dans les rangs des troupes saxonnes, bavaroises, prussiennes. Ils auraient pu, tout en se soumettant à la discipline, et en obéissant à leurs généraux, se montrer plus fraternels pour des populations vaincues, recommandera leurs camarades la modération et la pitié. Nulle part on ne mentionne une intervention, même subalterne, de quelque membre allemand de l'Internationale, pour adoucir « la misère et la ruine que répandaient les bandes guerrières de Bismarck

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dans les champs paisibles de nos pays >,, comme s'expliquait le manifeste des internationaux d'Allemagne. ^ La vérité est que, pas plus pour armer les Pans>ens en ,87. que pour désarmer les Prussiens en ,870, 1 Internationale n'avait la puissance et le nombre. L'.ntent>on, dans des conionctures aussi formidables, ne suffat pas.

Bien loin d'avoir fait la Commune, on pourrait dire que c'est le mouvement communaliste de 187., et l'éphémère victoire proléUuienne du 18 mars, qui donnèrent à 1 As.sociation internationale, existant de fait déjà depuis plusieurs années,une imporUnce polit.que,en France et à 1 étranger, qu'elle n'avait pas avant, qu'elle ne put conserver après. Le retentissement dans le monde entier du soulèvement pansien où l'on voulait voir la main, le levier de 1 Internal.onale' profita à cette association. Son nom fut répandu dans des milieux jusque-là fermés à toute pénétration socialiste Elle devint synonyme de Révolution sociale universelle Tous les Etats se crurent, ou se dirent, menaces par elle La réaction, dan.s toute l'Europe, usa de cet épouvantai) On et peur aux civilisations aristocratiques et bourgeoises, aux organisations capitalistes et guerrières de l'approche de ces Barbares qui se vantaient de donner l assaut à toutes les forteresses de la société. On se servit longtemps de ce spectre effarouchant pour achever l écrasement du prolétariat vaincu à Paris, partout on il tentait de se montrer, non plus audacieux et combatif, mais seulement respirant encore, désarmé, se faisant inoffens.f et doctrinaire. Les Internationaux, après 187., ne furent plus que des professeurs du socialisme, des casuistes plutôt, renonçant aux actes, mais se chamaillant sur des théories, disputant h propos de systèmes, dévorés par des rivalités d'écoles et ressuscitant les controverses haineusesde la scolastlque. Us parurent renoncer à toute action. Bakounine

se dresse contre Karl Marx, les congrès se battent à coups de résolutions; ils excommunient réciproquement leurs délégués à la Haye et à Saint-Imier; les jurassiens afKrment l'autonomie et l'indépendance des sections contre la centralisation fédérale; le principe, vivifiant pour un parti et redoutable pour la société bourg'eoise, de la conquête du pouvoir politique, afin d'arriver à la transformation sociale, est battu en brèche, et considéré comme un compromis honteux, comme une tromperie nuisible. Les dissidents voient dans l'avènement au pouvoir des travailleurs, c'est-àdire de leurs chefs, de leurs avocats, la substitution d'un Elat à un autre, une pratique aussi dangereuse pour le prolétariat que tous les gouvernements existants. Ces divers ferments de dissolution, de faiblesse et d'impuissance, réduisent alors à néant, ou à peu près, les efforts et la capacité révolutionnaire de l'Association internationale. Les royaumes, comme les républiques, dénoncent, traquent, emprisonnent ses membres disjoints et désarmés. Ces craintes et ces poursuites ont gardé toutefois un certain prestig-e à ce nom d'Internationale. La peur exagérée, et calculée souvent, que l'on montrait du nom seul, a conservé jusqu'à nous une apparence de vie, de force et de mystère à une organisation, qui, en réalité, a disparu. Le goût du merveilleux, la tendance à supposer une puissance secrète, et comme une providence, matérialiste celle-là, intervenant dans les affaires des hommes et en disposant, ont ainsi maintenu une croyance vague à l'existence et à la force de cette Internationale, qui, en réalité, s'est tellement transformée avec l'industrialisme, les syndicats et les facilités des communications modernes, par la presse, les moyens de transport, les congrès, que Bakounine et Karl Marx, revenus parmi nous, se réconcilieraient, et, se reconnaissant isolés et impuissants dans un monde ouvrier nouveau,

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d^îlil^^^^ue ri.ternatiouale n'apparlient plus qu'au

passé.

M. THIEHS ET VINTERNATIONALE

Ce qu'il convient de retenir pour l'époque qui va de Rfi8 date de la loi des coalitions, à mai .871, époque de la

Tl:nvient donc, pour la recherche d^c^guies^t^^ causes de la Révolution -mmunahs e de .87 , e n pour suspecte l'opinion ^e-n -iq^^^^^^^^^^^^^^^ ,^^^^^

;s:i:^o:°;;^£a::p:^oire.écut.^

'^"^ :,tdTstn Ipbié in-tenso de cette fameuse Téda;:;;:: qui a ai re^odulte et acceptée partout comme 'tSr;ltt::!:!Lud'enquéte,le comte Daru.

auld -voir exécutif, introduit devant les commissaires, adressa une allocution préliminaire, disant .

Monsieur le chef du pouvoir ^:^::^^ ;£Z ne pas achever ses travaux -^ J^^^J^^^ ^ Jet ses cluses. Il avoir à lui dire sur l--"-in,,ti/'::"plète, si elle n'alai a semblé q- s- ejK,"êle ne - U^^^^^^^P^^^^^ ^ ,^„ig„,. vait pas, en quelque sorte, PO"y^ pu réunir tous

.e... 11 est évident que nous u avons P'^^ ^^«^^ P^^ ,„ élé- L matériaux de '^^f^^^^^^^Z del'.nt'ernatlonale menls nécessaires pour établir les ranuui.

niSTOIRE DE LA COMMUNB DE 187I

pour toute la France. Nous avons dû faire faire par les premiers présidents de Cour d'Appel et par les chefs des administrations publiques, des enquêtes portant sur des point éloignés, et nous n'avons pas encore tous les rapports qui nous sont annoncés. Nous avons nommé notre rapporteur, et nous sommes obligés de le prier de se hâter, parce ([ue l'assemblée saisie de diverses propositions, et notamment de votre loi sur l'Internationale, nous presse, et nous demande, avec raison, de la renseigner sur la puissance et les manœuvres de l'Internationale, comme sur l'état des esprits dans les provinces.

M. Thiers répondit en ces termes :

Avant d'entrer dans le récit des faits, permettez-moi sur l'Internationale quelques notes qui serviront de courte préface à ce que je dois vous dire.

Je crois que l'action de l'Inlernstionale est très réelle, qu'elle est continue, et cela depuis bien des années, mais en même temps que cette action est très occulte. Bien que cette société ait la prétention de ne s'occuper que de ce qu'elle regarde comme étant de son domaine et do son intérêt, c'esl-à-dire de violenter la liberté des transactions, d'altérer le pri.x de la main d'œuvre, bien qu'elle affecte de dire qu'elle ne se mêle pas de politique, au fond, partout où se produit un trouble social, l'Internationale intervient pour l'aggraver. Partout, elle se fait l'inévitable auxiliaire du désordre. Je sais bien que les branches étrangères de l'Internationale blftment la branche fran(;aise de son "immixtion dans les afl'aires politiques. « Cela, disent-elles, ne regarde pas la société. Elle n'a pour but que d'assurer le bien-être du peuple. » Mais ce que ces gens-là appellent assurer le bien-être du peuple, consiste à changer le prix naturel de la main-d'œuvre, par des émeutes, par des coalitions de bras et d'argent, et ils ne s'aperçoivent pas qu'en agissant de la sorte ils ruinent les ouvriers en même temps que les entrepreneurs, et qu'ils créent la misère universelle. Le caractère vrai de cette société, c'est donc, tout en affectant de ne pas se mêler de politique, là où il y a un peu de désordre, de s'y jeter avec empressement. Nous l'avons vue figurer dans les événements de France, et surtout dans ceux de Paris, sans qu'on puisse dire qu'elle en est la causedirecte,(|u'elle les a encouragés, qu'elle les a fait uailre,sans qu'on puisse dire le

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''c'esrsous ce r.ppnrt que la situation actuelle est grave. Il est

ht des p " r e,„ents .n'odcrés. des gouvernements sensé '• sav:nt'n.anier le pouvoir. Le temps cal-e les espnts Ma nmernationale est un agent continu, ''^^''''''}' ''^'"^ titre infiniment redoutable, elle rayonne sur loul« 1 Lurope

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^'"jenc'cro,. pas ù ce que vous disiez tout à l'heure, que les es :i:rsCue!:t tous .e^^ours ^-ps^ /« J. >^e^ .e cj.. a^ contraire qu'ils te,^«U ^.^ ^'^^ ^^^^^el^tr^r: dans SX mois, dans un an, silny a pasuc .„c\élé se

dinaires qui viennent tout bouleverser de nouveau, la sooele

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trouvera dans un meilleur étal qu'aujourd'hui. Mais je reconnais que le mal, et un mal inconteslable, résulte de l'existence même de l'Internationale, qu'il est vrai que sa sphère d'action s'étend, et qu'elle sort même des classes industrielles pour entrer dans les classes agricoles. Oui, il y a un mal des plus graves, c'est pour cela que nous vous avons proposé la loi, et nous l'avons faite avec la ferme intention de l'appliquer.

Le gouvernement possède actuellement une force matérielle assez grande pour vaincre toutes les résistsinces. Je ne crains nulle part des désordres matériels, et je ne crois pas que les partis songent à tenter quelque chose, et s'ils l'essayaient, je réponds qu'ils seraient écrasés à l'instant même.

Mais la lutte contre l'Internationale sera certainement une entreprise longue, difficile. Je considère comme un devoir de conscience pour tous les amis de l'ordre social en Europe de tenter cette lutte. Nous commenrons pour notre part, en proposant la loi qui vous est soumise. Nous verrons si l'application donnera les résullats que nous espérons. Cette loi n'est d'ailleurs que le point de départ d'une série de mesures que nous vous demanderons de nous autoriser à prendre si la nécessité l'exige.

Cette déposition haineuse et comminatoire, où Tiiiers affirmait surtout le désir d'obtenir des moyens de répressioa exceptionnels contre les républicains socialistes, sous le prétexte d'affiliation à l'Internationale, prouve, non pas que les tronçons de cette association fussent redoutables, mais qu'il était de bonne g-uerre de paraître les redouter. C'était une parodie du spectre rouge de décembre 5i, que Thiers, et les ruraux de Versailles à sa dévotion tentaient là. En s'efforçant de constituer une Sainte-Alliance des états monarchiques contre l'Internationale, bien tranquille, bien inoffensive dans les pays étrangers, où elle s'accommodait parfaitement avec les régimes militaires et aristocraques,avec le pouvoir royal héréditaire, Thiers et la réaction versaillaise se proposaient seulement d'armer contre les républicains français toutes les fractions de l'opinion cléri-

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,ale royaliste et autoritaire, en leur signalant des périls imaginaires, en leur garantissant l'appui et la sympathie de tous les cçouvernements monarchiques.

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