‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 79 sur 107 · LA BUTTE MONTMARTRE · texte numérisé non relu

LA BUTTE MONTMARTRE

LE VIEUX MONTMARTHE

Montmartre actuel, et ce détail topographique est donné pour ceux qui ne sout jamais venus à Paris, et aussi pour les personnes qui, ayant visité le Sacré-Cœur, ne connaissent que le i8« arrondissement nouveau, est fort différent de l'ancien, celui de 1870. C'était, dix ans après l'annexion de hi banlieue comprise entre les anciens boulevards dits « extérieurs » et l'enceinte fortifiée, un plateau à l'accès ardu, aux pentes très raides, avec, au centre, le mamelon glaiseux et inculte désig-né sous le nom de lîutle-Montmartre, par abréviation familière la Butte. Tout autour de la Butte, s'étendait la plaine, commençant à l'ouest, à l'ancienne barrière Clichy, à l'est à l'ancienne barrière Rochecbouart, chaussée Clignancourt, au nord k la rue Marcadet. Cette plaine reliait Clii^nancourt et le quartier de la Cliapelle- Saint-Deuis à l'avenue de Saint-Ouen et aux Batig-nolles. Les pentes du côté nord étaient tranchées comme des falaises, finissaient brusquement à pic. De ce côté, la Butte surplombait la vaste plaine Saint-Denis, qui communi- (piaitavec d'autres plaines, celles d'Arijenteuil et deGenne-

viUiers au nord celles de Pantin et d'Aubervilliers à 1 est. Du versant sud descendaient des rues très rapides, vers Paris La montée vers le plateau montmartrois commençait à Notre-Dame de Lorette (rue des Martyrs), à la Chaussée d'Antin (rues Blanche et Pigalle), au faubourg Montmartre (place Cadet, rue Rochechouart). A partir des boulevards dit extérieurs, où se trouvaient avant lanuexion le mur d'enceinte et le chemin de ror.de pour l'octroi, avec les barrières de Louis XV, trois rues principales donnaient accès à la Butte : la rue Lepic (ancienne Barrière Blanche), la rue Neuve-Pigalle, actuellement rue Houdon (ancienne barrière Pigalle), la chaussée Clignancourt (ancienne barrière Rochechouart). La chaussée des Martyrs, prolongement de la rue du môme nom, qui montait de l'ancienne barrière des Martyrs à la rue dite de la Maine, aujourd'hui rue Lavieuville, était accessible aux voitures jusqu'à cette rue • mais quand on était parvenu à ce sommet, pour atteindre la Butte même, il fallait gagner, à droite, la rue des Trois-Frères. Là le passage carrossable se trouvait barré par deux escaliers, l'un de bois, le second de pierre, débouchant sur la place du Tertre. On pouvait par la gauche, en prenant la rue de l'Abbaye, aujourd'hui des Abbesses, atteindre la rue du Vieux-Chemin, aujourd'hui de Raviffoan très rapide, et qui conduisait au fameux Moulin de la Galette La chaussée des Martyrs, la voie la plus directe, en ligne droite depuis le carrefour Notre-Dame-de- Lorette, était impraticable, ainsi que toutes les rues secondaires longitudinales, pour une attaque comme celle que Thiers et Vlnoy avaient combinée. Il n'y avait donc que deux grandes voies d'accès à la Butte. A gauche: la rue Lepic, prolongement de la rue Blanche et de la rue Notre-Damede-Lorette; à droite la chaussée Clignancourt et la voie parallèle, récemment ouverte, le boulevard Ornano (aujour-

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d'hui boulevard Barbes) partant des anciennes barrières Rocliechouart et des Poissonniers.

La Butte était complètement abrupte sur le flanc oriental. Là se trouvaient des noyers, quelques vignes, avec des guinguettes, et les balançoires de la Tour Solterino. Elle supportait, sur son flanc occidental, un certain nombre de maisons et constructions. Sur le flanc nord, une rue rapide, la petite rue Saint-Denis, depuis rue du Mont-(Jenis, descendait vers la plaine, aux Portes-Blanches. Le front sud, faisant face à Paris, où s'étend aujourd'hui la masse imposante de la basilique, était dégarni, avec une herbe rare, des ouvertures béantes et barrées, qui étaient d'anciennes carrièresde gypse, des creux et des espaces incultes où jouaient les gamins. En bas, s'étendait la place Piémontési, devenue l'actuelle place Saint-Pierre. L'ancienne tour du télégraphe de Ghappe, la Mire, et les constructions du Réservoir se dressaient sur ce plateau dénudé, avec le clocher et les tours de l'ancienne église Saint-Pierre de îlontmartre, à laquelle était accoté un jardin, dit Calvaire. La se trouvait le Champ Polonais, où les canons avaient été transportés, lors de l'entrée des Prussiens, où ils étaient, depuis, gardés avec un zèle qui allait décroissant.

Devant la cour de l'église, que fermait une grille, plantée de quelques arbres noirs et tristes, un peu en retrait, vers le sud, la place du Tertre, semblable à toutes le.s places de villages, s'étalait comme une mare mise à sec. Des rues tortueuses y conduisaient. Parmi celles-ci, la rue de la Fonteuelle, dans laquelle débouchait la rue des Rosiers, vouée à une sanglante célébrité. On s'imaginait être très loin, et l'on se sentait dépaysé, quand, la pénible ascension faite, on atteignait ce centre pittoresque du Vieux Montmartre. La mairie de Montmartre s'élevait alors au centre de la rue actuelle des Abbesses, avec une petite place plantée

d'arbres. On pouvait y accéder, et encore avec une facilité relative, du côté ouest, par la rue Lepic, du midi par la rue Neuve-Pigalle, du côté est par la rue-chaussée des Martyrs. Ces moyens de communication, peu aisés sont restés les mêmes, mais la mairie a été transférée rue Ordener,au bas de la Butte orientale.

Etant données la topographie des lieux et la difficulté matérielle que comportait la descente de lourdes pièces d'artillerie de ces hauteurs, sans tenir compte de 1 aléa que présentait ce transport dans des rues habitées par une population patriote et surexcitée, supposée hostile, la première préoccupation ;de ceux qui combinaient cet enlèvement devait être de se procurer, en quantité suffisante, des bêtes de trait, des attelages, des prolon-es, enfin, le matériel d'équipage nécessaire pour déplacer et charroyer canons et

caissons .

Or ni Thiers, ni Vinoy ne s'occupèrent de s assurer que les attelages seraient rendus sur place, aux endroits désignés, quand les canons seraient aux mains de la troupe. M le défaut ou le retard de ces attelaf^es furent la cause de la déroute.

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