‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 2)Chapitre 88 sur 107 · I.B DIX-HUIT MARS · texte numérisé non relu

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brig-ade Lecomte. Il ne parut pas y song-er. Cependant il n'avait pas eu, comme Lecomte, à surprendre des sentinelles, à s'emparer d'un poste comme celui de la rue des Rosiers, ni à enlever les canons des deux parcs d'artillerie superposés, encore moins à repousser une attaque comme celle des gardes nationaux venus de Clignancourt.

Il se trouvait, assez tardivement, à mi-côte de la rue Lepic, au tournant, vers le Moulin de la Galette, quand, par la rue Gabrielle, rue transversale, parallèle au front de la Butte et de niveau avec le parc d'artillerie, mais au-dessous du Champ Polonais, les premières pièces enlevées par les troupes de Lecomte lui arrivèrent, traînées à bras, puis menées par les quelques attelages dont disposait ce général. La foule, peu à peu, s'était amassée dans la rue Lepic. L'encombrement était vite devenu considérable. Les artilleurs furent entourés, interpellés, sommés de rendre les canons, suppliés aussi de remonter les pièces, ou de les abandonner, de ne pas susciter une bataille, car, disaient ceux et celles qui parlementaient ainsi, les gardes nationaux allaient venir en force ; ils ne laisseraient pas emporter leurs pièces, et il y aurait combat. Ces exhortations et ces menaces impressionnaient les artilleurs. La rue, à cet endroit, était courbe et très montueuse. Avec le peu de chevaux dont ils disposaient, ils ne pouvaient que difficilement dégager leurs pièces. La manœuvre était pénible et prenait du temps. Un demi-bataillon de gardes nationaux était arrivé; les artilleurs furent entourés et bloqués. On leur cria de dételer. Intimidés et démoralisés, comme les lignards do la tour Solférino, ils se disposaient à obéir à la foule, quand un officier de la garde nationale, doué d'une forte voix, monta sur un afl'ût et parvint à se faire entendre, dans le tumulte. Il dit : « Il vaut mieux couper nousmêmes les traits, pour que les chefs ne puissent pas punir

ces braves gens, pour avoir dételé leurs chevaux I Ce sont des soldats en service commandé, il faut qu'ils soient considérés comme ayant cédé à la force ! Coupons les traits et dételons, citoyens! « Les gardes présents, et la foule, accueillirent ce'langage, et, suivant le conseil donné, se mirent à trancher les traits et à dételer. Les pièces furent ensuite poussées et hissées jusqu'au moulin de la Galette. Les rangs de la foule s'ouvrirent pour laisser les artilleurs libres, et leur permettre de redescendre vers les boulevards extérieurs.

Là aussi l'opération était manquée, et sans combat. Par la non-résistance des troupes, le peuple et la garde nationale restaient maîtres des canons et gardaient leurs positions. Paturel revint trouver, place Clichy, son général de division Susbielle et son général en chef Vinoy, sans avoir rien tenté pour reprendre les canons, ou pour secourir le général Lecomte, en ce moment entouré et désarmé par ses soldats et par les gardes nationaux accourus.

Les troupes du général Susbielle couvraient, au pied de Montmartre, toute la ligne des boulevards extérieurs. Elles ne s'étaient pas encore débandées; elles pouvaient, en fort peu de temps, gagner la large voie du boulevard Ornano (Barbés) et par les rues Marcadet, Ramey, Myrrha, du Château, prendre la Butte à revers, gravir la rue MuUer, réoccuper la tour Solférino, tenir toute la Butte. Ce mouvement tournant eût permis dedégager legénéral Lecomte, ou, s'il était déjà trop tard, de le délivrer, en entourant le Châleau-Uouge, en dispersant la foule massée autour, en balayant ses abords. Cette foule sans armes et les gardes nationaux en trop petit nombre n'eussent pas tenu devant ce retour offensif. Mais, ni Paturel, ni Susbielle, ni Vinoy n'eurent cette initiative ou ne voulurent tenter de ressaisir la victoire qui leur échappait. Les généraux semblaient, en

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cette heure critique, aussi démoralisés que leurs soldats. Ils se résignèrent facilement à la défaite, à la retraite. La déroute était dans l'air, dans les esprits, dans les rangs, partout.

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