LA PLACE PIGALLE
La place Pigalle fut le théâtre de l'unique collision sanglante, dans cette matinée si mouvementée et si élrançe(i). Celte place était occupée,dans sa partie touchant à l'ancien Paris (9* arrondissement), par un escadron de chasseurs à cheval. De lont^ues files de baraquements, ayant servi au logement des mobiles,pendant le siège,occupaient le terreplein ou allée centrale, entre les deux voies du boulevard de Cr.chy. Des gendarmes, des soldats de la ligne étaient postés derrière les baraquements. De l'autre côté, sur la chauss.e du boulevard Clichy, numéros pairs, aux abords de la rue Houdon, Germain-Pilon et du passage de l'Elysée des Beaux-Arts, une foule était massée, foule sans armes, curieuse, grondante, impressionnée, piétinant dans l'attente, comme si un corlè-e allait passer. Il y avait des enfants, beaucoup de femmes, des ménagères du quartier. Au bas de la rue Houdon, très rapide, quelques gardes nationaux, placés en avant-garde, guettaient, prêtaient
10 L'auteur a assisté, par hasard, aux divers incidents de la place PiUle. Entendant battre le rappel dans la matmce, b.en que n appartenant pas à la sarde nationale, il sortit de chez lui, «^''""^ .\^",'^;7^ J avait projeté, avec un ami, qu-il devait prendre aux Bat.jnoUes pour di;:ùn3e;e rendre aux 'obsèques de Charles Hugo, dont le corp éU il ramené de Bordeaux, ce jour-lh. Passant par la rue de I.aval Ia^Î>urd'hui rue Vic.or-Massé,, il débouchait rue Frochot, donnan sur a place Pigalle, quand il vit des gendarmes, sortis d un P0«' d '» " « Bréda saPprèter à tirer. 11 se rangea le long de la Rr.lle delà cte Frochot, e! entendit le coup de feu qui .ua le capUame des chasseurs. 11 vit ensuite les hommes du 88» se retirer, par la rue Duperrc.
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l'oreille, attendant des renforts. Un peu plus haut, dans la rue Houdon, vers le mur des jardins de l'asile de la Providence, une masse compacte de gardes nationaux s'apprêtait à barrer le passag-e à la troupe, si elle faisait mine d'avancer. Il n'y avait là ni barricades, ni pièces de canons.
Le général Susbielle était en personne sur la place, auprès d'un marchand de vins, à l'angle de la rue Duperré, dont la boutique et les salles adjacentes occupaient tout le rezde-chaussée. Il donna l'ordre de dégager la place et l'entrée de la rue Houdon. Le capitaine charge d'exécuter cet ordre crut bon d'employer le procédé usité par la garde de Paris dans les fêtes publiques et les cérémonies, lorsqu'il s'agit de déblayer un endroit encombré.
11 commanda à ses cavaliers de tourner leurs montures, de façon à ce que la croupe des chevaux étant en contact avec la foule, elle fut contrainte de céder la place, à mesure que les chevaux reculeraient. C'était une manœuvre inotfensive, et qui pouvait être efficace.Elle était plus humaine qu'une charge en avant, sabre au clair. Mais la foule ne comprit pas la bonne intention. Elle interpréta cette poussée sans danger comme une véritable reculade. Elle hua les cavaliers. Le capitaine, il se nommait Saint-James, perdit alors le .sang-froid, et, furieux, fit faire volte-face à ses chasseurs. Il commande : en avant! Les cavaliers hésitent, s'arrêtent. La capitaine répète son commandement, et, bravement, lance son cheval en avant. Arrive sur la foule, il veut la sabrer. Mais les rangs de cette foule, jusque-là désarmée et à peu près paisible, s'étaient grossis de gardes nationaux, ayant avec eux des lignards du 88% entraînés depuis la rue Muller. Les lignards s'avancent, parant les furieux coups de sabre du capitaine avec leurs baïonnettes. Un de ces soldats est cependant blessé; irrité, il recule,