‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 106 sur 126 · APPRÉCIATION DES RÉSULTATS · texte numérisé non relu

APPRÉCIATION DES RÉSULTATS

Le journal Le Temps apprécia, avec modération, les conséquences de ces élections, qui ont donné, selon lui, au Comité Central « un caractère de légalité relative».

Il est clair aujourd'hui, dit-il, dans son numéro daté du jeudi 30 mars, qu'il fallait ou s'ru tenir à l'abstention la plus complète et la pins riiçoureuse, ou procurer à un scrutin le plus grand nondjre de participants possible. L'un et l'autre résultats eussent mieux valu que ce qui arriva, ni l'un ni l'autre n'a pu être obtenu.

Le premier laissait aux auteurs de l'insurrection toute la responsabilité des conséquences de leurs actes, et leur faisait voir à eux-mêmes qu'ils étaient en minorité. Le second pouvait modifier considérablement les résultats du scrutin, et dans tous les cas, il amenait la plus grande somme de chances à cette transaction pacifique entre Paris et le pouvoir central de la nation, que le comité insurrectionnel a déclaré lui-même être dans ses vues. Sous le régime du suffrage universel, il ne faut jamais reculer devant le vole, quelles que soient les circonstances où il se présente...

Cependant l'abstention, mais l'abstention complète, avait, nous le répétons, aussi ses avantages et surtout sa dignité. Mais de la manière dont les circonstances se sont enchaînées il faut reconnaître qu'elle n'était pas possible. Pour l'assurer, tout d'abord, il eût fallu que l'amiral Saisset n'ébranlât pas l'opinion par ses mani. festes contradictoires, et surtout que les maires se démissent tous, comme M. Vachcrot, au lieu d'intervenir par des démarches, de l'intention la plus louable, mais d'une constante maladresse, au lieu de capituler finalement. Lenr intervention, leur capitulation, et la mauvaise victoire de l'Assemblée contreParis. devaient forcément produire ce demi-concours et cette dend-abslention, d'où est sorti le nouveau conseil municipal.

Cette solution a pu ajourner, conjurer même un péril momentané, et c'est là quelque chose, mais elle laissa toutes les difficultés intactes, elles les compliqua même, car les élections ont donnés au Condté Central un caractère de légalité relative.

Les populations partout, et à Paris plus qu'ailleurs peut-

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être, contiennent des éléments capricieux et variables; les fluctuations du peuple souverain sont mobiles comme l'onde, d'autres diraient comme la femme. Les écrivains réactionnaires ont mauvaise grâce à nier cette variabilité toute féminine. Nous reconnaissons, avec eux, qu'après la cruelle victoire de M. Thiers et l'épuration sanglante du corps électoral, le vote parisien fut acquis à la réaction : le pauvre Vautrain préféré à Victor Hugo pour représenter Paris, c'était là une affirmation évidente des tendances alors rétrogrades de Paris expurgé et terrorisé; mais Paris, au 26 mars approuva la Commune et donna, comme dit /e Temps, une légalité relative au Comité central.

Paris, dans sa majorité, fut donc communard, au moins le jour de l'élection de la Commune. Et il avait raison, et il était logique, en faisant crédit à ce gouvernement nouveau, en l'acclamant formidablement le mardi 27 mars, à l'heure solennelle et superbe de la proclamation sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Celte confiance était rationnelle. Il faut se souvenir de l'impopularité de l'Assemblée nationale, de ses provocations et de ses outrages à Paris, du mépris où le gouvernement de M. Thiers était tombé après sa fuite misérable, de l'hostilité rageuse manifestée par les ruraux contre Paris, contre la République, des lois urgentes et an.xieusement attendues parlant de malheureux inquiets ou lésés, lois sur les échéances, lois sur les loyers, disputées, ajournées, finalement refusées ; enfin il ne faut pas négliger les bruits de nomination du duc d'Aumale ou du prince de Joinville à la tête des armées. Nouvelles fausses mais vraisemblables, pouvant être tenues pour exactes, et devant, à la prochaine occasion favorable, devenir officielles. En rassemblant tous ces griefs, tous ces chefs d'antagonisme, on ne pourra s'étonner que, lournanl le dos à Versailles, Paris, pris dans son ensemble et non pas seu-

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lement dans ses quartiers révolutionnaires, se soit porté Ters rassemblée communale présentée au peuple sur l'estrade de l'Hôlel-de-Ville. et en ail salué les membres de ce double cri : Vive la République ! Vive la Commune !

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