‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 112 sur 126 · AVANT L ATTAQUE · texte numérisé non relu

AVANT L ATTAQUE

A l'heure où Paris, de plus en plus crédule et pacifique, .apprêtait à acclamer, sur la place de l'HMel-de- Ville, le nouveau gouvernement sorti des urnes populaires, le ministre de rintérieur répandait, par toute la France, la dépêche

suivante :

Versailles, 37 mars.

Vne partie considérable de la population et de la garde natio- ,|e de Paris sollicite le concours des départements pour le reta- Missement de l'ordre. .

Formez et orstanisez des bataillons de volontaires, pour re-

! nondre à cet appel et à celui de l'Assemblée nationale.

i ' Picard

En même temps les journaux publics à Versailles, notamment le Gaw/ojs, donnaient la nouvelle suivante :

Le ççouvernement est plus que jamais convaincu qu'il finira ,,.,r dominer la situation et par rétablir l'ordre dans Pans. 11 denande huit jours pour arriver à ce résultat. A ses intimes.

M. Thiers a exposé son plan. Nous croyons savoir en quoi il consiste, mais la discrétion est recommandée.

Et aussitôt après cette amorce à la curiosité, on lisait ces deux lignes explicatives :

Hier matin, de grandes reconnaissances de'cavalerie ont été efFectuées jusqu'aux portes de Paris.

C'était la dernière répétition avant le lever du rideau sur la tragédie. Dans une atmosphère de gaîté et d'espoir Paris cependant, sans alarmes, tout à la joie de la paix, fier du scrutin vainqueur, heureux du nouveau régime qui était le triomphe de la République, de la sienne, de la République des plébéiens, acclamait, sur la place de son Hôtel-de- Ville, l'entrée en scène de ses élus, vers qui montaient un cri de confiance et un hommage spontané. Au milieu des vivats, des clameurs d'enthousiasme et des salves d'honneur de l'artillerie, la foule commentait les discours mal entendus dans le jojeux vacarme de la cérémonie, regardait et se désignait les nouveaux chefs triomphants, alignés sur l'estrade pavoisée. Nul dans ce peuple en liesse ne se préoccupait de prêter l'oreille au cliquetis d'armes, faible et lointain encore, qui s'élevait du côté des bois de Versailles. Il était étouffé, insoupçonné, le piétinement sourd des escadrons de Vinoy et de Gallifet s'aventurant en reconnaissance dans les villages bordant Paris. Ainsi, dans Byzance cernée, les habitants insoucieux acclamaient les vainqueurs du cirque faisant le tour de l'arène en costume de parade, tandis que déjà les chevaux de Mohamed, flairant le sang, hennissaient aux portes de la ville.

Page 1