TIRARD
Une soixantaine de personnes se trouvaient à la mairie du II" arrondissement (rue delà Banque), quand les délégués du «'omité Central se présentèrent. Il y avait là toutes les notabilités démocratiques, des illustrations même, comme Louis Blanc, arrivé de Londres dans la soirée. L'esprit de ces vétérans de 48, de ces proscrits de décembre, de ces triomphateurs dans la lutte contre l'empire, tous amis des hommes du 4 septembre, indulgents à leur égard, était la crainte de la population ; ils en connaissaient le républicanisme inquiétant. Ils éprouvaient aussi une défiance dédaigneuse envers ces hommes nouveaux, que le Dix-huit mars leur suscitait comme des rivaux, et qui venaient leur disputer l'autorité, leur ravir la popularité.
M. Tirard arriva et prit la présidence de la réunion. Ce personnage, de sa profession commissionnaire en orfèvrerie d'imitation et en bijoux faux, était un genevois. Il était né en 1827 de parents dauphinois. Venu à Paris en 1846, entrédansles services des Ponts etChaussées, il était
devenu chef de bureau, en i83i. Suspect comme républicain, il donna sa démission cl se livra au commerce. Membre du conseil des Prudbommes en 1868, il se fit remarquer dans les réunions parmi les adversaires de la candidature d'Emile Ollivier, dans la 3° circonscription do Paris. Son adhésion au Comité Bancel l'ayant signalé comme militant, il fut, au 4 septembre, désig-né pour la mairie du Ile et fut élu ensuite maire, au vote qui suivit le3i octobre. Il s'était montré ardent partisan de Trochu. Aux élections du 8 février, il fut envoyé à l'Assemblée nationale, l'un des derniers de la liste parisienne. Il vota contre la paix.
Il ne faut pas trop prendre au sérieux ce vote énerjjique. Ce dauphinois, élevé à Genève, passait pour un finaud. Il se doutait bien qu'une majorité écrasante se prononcerait contre la continuation de la guerre. Tout en souhaitant de ne pas voir son vole l'emporter, il voulait, vis-àvis de ses électeurs parisiens, dont il connaissait les sentiments, conserver le bénéfice d'un patriotisme irréductible, qui ne consentait pas à démembrer la patrie. Il vota donc la guerre, enchanté de n'être pas pris au mot.
11 fut l'âme de la résistance réactionnaire, après le Dix- Huit mars. Ce fut lui qui organisa, soutenant le débile Saisset, le commencement de guerre civile dans les quartiers du centre, que la mollesse et le peu de goût pour la bataille, que manifestèrent les gardes nationaux, dits de l'ordre, firent piteusement avorter.
Il fut élu membre de la Commune, le 26 mars, dans son arrondissement, par 6.386 voix. Il se présenta hardiment le jour de la première séance à l'Hôlel-de-'Ville, et courageusement protesta contre le Comité Central et contre l'usurpation des droits politiques par la Commune. Cette attitude ne manquait pas de crânerie. C'était une provocation qui pouvait, sans doute, servir les desseins de M. Thiers, mais
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susceptible aussi de lui attirer plus que des ennuis. Il lonna, comme conclusion de sa protestation, sa démission L'assemblée négligea de faire arrêter séance tenante cet ïudacieux açent de provocation. On le laissa partT etil se rendit aussitôt à Versailles.il fut félicité par M. Th.ers, dont il avait adroitement servi les combinaisons, en prolongeant la résistance des maires et en retardant les élections communales.
M Tirard eut par la suite une heureuse carrière parlementaire. Plusieurs fois réélu, il fut président de la commission des douanes et fit partie de divers cabinets. Un avait recours à lui, quand, au cours de crises ministérielles, on ne savait comment dénouer la situation. Il était devenu le président du conseil en 1889, au moment de 1 Exposition pendant l'agitation boulangiste, qu'il contribua à laisser croître. Il est mort sénateur inamovible.
Tirard est Thomme néfaste qui. en refusant de siéger à la Commune, où son attitude entraîna d'autres défections, a fortement contribué à la victoire définitive de Versailles. Son autorité et sa modération eussent contribue a imposer à M Thiers et à la province, une transaction. Sa retraite et son exemple ont amené la lutte implacable. 11 doit demeurer l'un des parlementaires les plus responsables, devant la postérité, du sang versé et des ruines lamentables.