‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 16 sur 126 · REFUS DE L'ACCORD · texte numérisé non relu

REFUS DE L'ACCORD

Quand, à dix heures du matin, le lundi 20, MM.Bonvalet, André Murât et Denizot se rendirent à l'Hôtel-de-Ville pour en prendre possession, ils se heurtèrent à un refus formel.

Un membre du Comité Central, Viard, arrivait de la Gorderie, où siégeaient les membres du Comité des Vingt arrondissements, dit Comité de Vigilance. Ce Comité, d'où était sorti le Comité Central de la garde nationale, avait une influence prépondérante. Il s'était rassemblé, dès les premières heures de la matinée, et avait délibéré sur les faits qui s'étaient accomplis à la réunion des maires et députés.

Dans ce local de la Corderie, aux membres du Comité des Vingt arrondissements, s'étaient joints des personnalités révolutionnaires, parmi lesquelles des blanquistes énergiques comme Eudes, Ferré, Tridon, Levraud, Da Costa, Trinquet, Chardon.~On y avait blâmé la complaisance des délégués, et affirmé qu'ils avaient été les dupes des maires, lesquels, bien loin de vouloir une transaction, ne cherchaient qu'à org-aniser la résistance, pour laquelle la possession de l'Hôtel-de- Ville et des mairies était nécessaire. Eudes et Ferré dirent que des préparatifs se faisaient à la mairie du II«, où l'on s'efforçait déjà de rassembler des forces, une véritable armée, pour défendre un camp retranché de la réaction au centre de Paris. Edmond Levraud fit observer que si les maires et députés contestaient la légalité du Comité Central, aucun d'eux n'avait osé mettre en discussion la légalité de l'Assemblée nationale, qui, son mandat rempli, sa tâche terminée avec le vote de la paix, n'avait qu'à se dissoudre, ne pouvait, qu'en commettant une usurpation, conserver ses pouvoirs.

Un des plus jeunes membres, un étudiant, probablement Gaston Da Costa, s'exprima dans le même sens avec véhémence. D'après Da Costa, qui assistait à la séance, cet étudiant aurait dit :

Les ruraux ont accompli leur mission. Il faut qu'ils s'en aillent de bon gré ou de force. Comment ! ce sont ces usurpateurs, d'ailleurs résolus à renverser la République, qui viennent contester les pouvoirs du Comité Central ! Et il se trouve des députés répucains, tels que Louis Blanc, Lockroy, Clemenceau, pour les approuver, et pour exjo-er que nous abandonnions l'Hôtel-de-Ville 1

Citoyens, n'écoutez pas les promesses perfides. Vous avez repris vos canons, gardez-les ! Vous avez l'Hôtel-de-Ville, gardez-le !

(Gaston Da Costa — La Commune vécue — t. I, p. 186.)

Le résultat de ,1a délibération, malgré les objections de

LE COMITE CF.NTIVAL lu'

quelques membres du Comité Central, insistant pour que les délégués ne fussent pas désavoués, et demandant que l'on exécutât les engas;-ements qu'ils avaient pris, tut que le Comité Central resterait à l'Hôtel-de-Ville tant que les élections n'auraient pas eu lieu.

La résolution suivante fut immédiatement votée :

Le Comilé Central, dans les circonstances actuelles, est responsable des conséquences de la situation et ne peut se dessaisirni du pouvoir militaire ni du pouvoir civil.

Viard (i) fut délégué à l'effet de communiquer cette résolution écrite aux membres du Comité Central et aux délégués des maires. Il se rendit aussitôt à l'Hôtel-de- Ville.

Quand il eut donné connaissance de la décision prise à la Corderie,!es membres du Comité présents dirent: «C'est vrai! nous n'avons pas traité! » Bonvalet, l'un des maires envoyés pour prendre possession de l'IIùtel-de-Ville, protesta contre cette attitude nouvelle : « Les députés, dit-il, vont demander à la séance de ce jour, comme il a été convenu, les franchises municipales. Les maires les accompagneront à Versailles pour appuyer leur demande. Si l'on ne peut déclarer que l'IIôtel-de-Ville et les services de Paris sont déjà remis aux municipalités, ayant reçu à cet effet mandat du gouvernement, les négociations ne pourront aboutir. Vous devez faire honneur à l'engagement pris par vos délégués. Ils sauvent la nation, ils vous sauvent vous-mêmes ! »

— Nous n'avons pas besoin d'être sauvés! répondiren

(i) Viard, membre du Comité Central, élu dans le VII» et le XX« membre de la Commune. Néijociant, parent de l'inventeur du siccatif le chromo-duro-phanc. A été délégué aux subsistances. N'eut iju'un rùle efface à la Commune. Se spécialisait dans les fonctions d'administrateur des vivres. .V voté pour le Comilé de salut public et toutes les mesures les plus énergiques.

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plusieurs membres du Comité, que ce lang-age légèrement comminatoire indisposait.

— « Si nous abandonnons l'Hôtel-de-Ville, dit Edouard Moreau nous ne sommes plus rien, et la révolution est désarmée. Je proteste contre l'intervention de la Corderie et contre l'injonction de l'Internationale. Si celle-ci est aujourd'hui avec nous, il n'en a pas toujours été ainsi. Nous n'avons pas d'ordre à recevoir d'elle, pas plus que des autres g^roupes de la Corderie. Nous ne dépendons que de la garde nationale. C'est en son nom, c'est pour elle, que nous occupons l'Hôtel-de- Ville, nous y resterons ! »

Bonvalet et ses deux collègues essayèrent encore d'obtenir l'acceptation du Comité, mais devant la fermeté des opposants, ils renoncèrent. D'un ton assez raide, Bonvalet dit : « Nous sommes venus ici pour prendre possession de l'Hôlel-de-Ville et non pour discuter, nous n'avons plus qu'à nous retirer. » Ce qu'il fit aussitôt, suivi de MM. André Murât et Denizot. Ainsi .se termina le premier essai de conciliation.

PREMIÈRE CONVOCA TION DES ELEC TEURS

Le Comité Central, considérant que toutes négociations étaient rompues, maintint alors sa décision première, fixant au mercredi 22 mars la date des élections municipales, et fit aussitôt afficher le décret de convocation, avec l'appel suivant aux électeurs :

Le Comité Central de la garde nationale a convoqué pour mercredi prochain, 22 du coui'ant, les électeurs des vingt arrondissemenls dans leurs comices, afin de nommer le conseil communal de Paris.

Tous les citoyens comprendront l'utilité et l'importance de ces

LB COIUTÉ CBNiaAt- 'O^

éleclions, nui assureront d'une manière régulière tous les services publics et rndministralion de la capitale, dont le besoin est si urgenl dans les graves circonstances présentes.

En votant pour des républicains socialistes connus, dévoue», intelliffcnls, probes et courageux, les électeurs parisiens assureront non seulement le salai de la capitale et de la République, mais encore celui de la France.

Jamais occasion aussi solennelle et aussi décisive ne s est présentée pour le peuple de Paris; il tient son salut dans ses mains; du vote de mercredi prochain dépend son avenir.

S'il suit le conseil que nous lui donnons, il est sauve ; s il vote pour des réactionnaires, il est perdu.

Il ne peut donc hésiter : il donnera une nouvelle preuve d mlelligence et de dévouement, en consolidant à jamais, par son vote, la République démocratique.

Le Comité Central, en tant que jouvernemenl provisoire insurrectionnel, avait toute autorité pour convoquer les électeurs. Tous les pouvoirs précédents, en des circons- Unces nnaloçues, avaient procédé de môme. Il n'avait pas à demander l'autorisation de M. Thiers, du ministre de l'intérieur Picard ou de l'Assemblée, pas plus que le gouvernement de i848 ne s'était soucié de la permission de Louis-Philippe, quand il avait décidé de faire nommer une Constituante. On ne saurait donc reprocher au Comité Central l'illégalité de son décret de convocation.

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