‹ Histoire de la Commune de 1871 (volume 3)Chapitre 17 sur 126 · DIFFICULTÉ DE L'ENTENTE · texte numérisé non relu

DIFFICULTÉ DE L'ENTENTE

Il est permis de regretter que les démarches et les entrevues dans uu but conciliateur aient ainsi abouti à une rupture, au maintien d'un sUtu quo antagoniste. Le Comité Central, en cédant, eût conservé le beau rôle et eût laissé à Thiers et à l'Assemblée celui d'irréductibles adversaires de Paris. Mais le Comité eùt-il abandonné l'Hôtel-de- Ville et livré Paris aux mandataires de Versailles, que M. Thiers

n'eût pas été satisfait; il n'eût certainement pas désarmé. Il ne se serait pas contenté de cette soumission qui laissait subsister la garde nationale et ses cadres. Ce qu'il lui fallait, c'était non pas un accord, pour lui insuffisant, ou plutôt nuisible, mais une résistance qu'il pourrait briser. Il ne cherchait point un traité de paix avec Paris et ses chefs, mais la défaite complète de ceux en qui ses yeux ne voyaient que des insurg'és, avec lesquels on ne traite pa.*, et dont il poursuivait, avec une implacable ténacité, l'écrasement total, suivi de la soumission définitive de la population entière par le massacre et la terreur. Son plan se déroulait, et il comptait sur l'indécision des Parisiens et sui' les alternatives d'espoir de paix et de craintes de guerre, pour g-agner encore quelques jours. Cela lui permettait d'attendre les renforts d'Allemagne.

Si le Comité Central, acceptant tout, cédait la place aux maires, leur remettait l'Hôtel-de- Ville et les municipalité?-, et s'il eût ainsi replacé les choses dans l'état où elles se trouvaient à la veille du Dix-Huit mars, aurait-on acquis la pacification? Evidemment non: la question du désarmement de la garde nationale restait intacte, et sur ce point ni M. Thiers ni l'Assemblée n'entendaient céder. Le Comité Central, de son côté, ne pouvait raisonnablement consentir à une abdication entière, à une disparition qui équivalait à un suicide.

Son départ eût laissé subsister, aussi vivaces, aussi douloureuses, les véritables causes de l'insurrection du 18 mars : l'antagonisme entre la France rurale et Paris, l'inquiétude sur le sort de laRépublique livrée à une assemblée en majorité monarchiste, et dont les divisions dynastiques empêchaient seules le choix d'un roi. Malgré la soumission du Comité et delà garde nationale, demeuraient non solutionnés les problèmes menaçants des échéances, des loyers et

LE COMITi CBNTHAI.

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du chômage. L'Assemblée restant en place, l'insurrection du Dix-Huil mars devait reprendre son cours, n ayant pas eu son résultat Ionique, c'est-ù-dire la substitution d un régime nouveau, accepté par toute la France, comme au 27 juillet i83o, comme au 24 février 1848, comme au 2 décembre i85., comme au 4 septembre .870, avaient été admis et acclamés les gouvernements issus d'un coup de force. La bataille, un instant interrompue par une sorte d armistice de fait, devait continuer, et rien ne pouvait arrêter son cours sanglant, que la victoire d'un côté ou de l'autre La victoire fut malheureusement du côté de la réaction. Etait-elle possible pour les républicains parisiens ? Oui, assurément. Elle était même facile jusqu'au 20 mars. Elle devenait difBcilc, mais possible encore, durant les premières semaines de lutte. Elle apparut impossible, comme la suite de cette Histoire l'expliquera, lorsque le combat se rapprocha de l'enceinte parisienne, lorsque les forces, sans cesse grossissantes et victorieuses de Versailles, ne permirent plus de croire que M. Thiers renoncerait au triomphe sanglant qu'il était à la veille d'obtenir. L'espo.r que certains optimistes gardèrent que M. Thiers désarmerait, ou que la province enfin désabusée, revenue à d'autres sentiments, interviendrait, se soulèverait, était bien faible au moment de l'élection de la Commune ; il s'évanouit bientôt après. La province ne pouvait être, avant de longues années, détrompée. Elle assisterait, impassible, au bombardement de Paris et au massacre des Parisiens, voila ce dont on ne put douter quand les hostilités commencèrent. Aucun secours, du jour de la rupture des négociations, n'était donc à attendre des départements, et Pans était perdu en vertu du principe émis par Vauban, et tant de fois vérifié, que toute place investie doit être réputée prise, si elle n'est secourue h temps.

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Le 20 mars, à l'Hôtel-de-Ville, quand les délégués des maires se furent retirés sans avoir obtenu les concessions qu'ils exig'eaient, et qui, consenties, eussent montré tout l'odieux du plan de Thiers refusant, et suscité l'intervention des départements, Paris se trouva livré à ses seules ressources : comme les troupes commençaient à l'investir, il pouvait être considéré déjà comme pris.

Voilà pourquoi on doit reoretter que le Comité Central ne se soit pas résig'né à subir les exig'ences de M. Thiers et do ses mandataires, les maires de Paris. Il eût été plus habile en cédant, en remettant son sort aux mains des maires et des députés. Alors il poussait au pied du mur le fourbe de Versailles, et l'obligeait à faire savoir au monde entier qu'il ne voulait pas pacifier Paris, mais le bombarder, le vider de ses meilleurs républicains, et lui faire subir un traitement de ville vaincue, qui avait répugné même à la brutalité prussienne. Le résultat pour les républicains parisiens eût été le même, mais, pour la postérité, toute la responsabilité du sang versé fût retombée sur M. Thiers et ses ruraux.

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